‹ Les médications psychologiques (volume 2)Chapitre 61 sur 118 · Vigouroux, op. cit., p · texte numérisé non relu

Vigouroux, op. cit., p

pas les organes digestifs et ne réclame d'eux que le minimum de travail, qui ne soit pas toxique, qui soit pauvre en substances puriques, mais qui cependant laisse des déchets de cellulose assez abondants pour supprimer la constipation '. ))

Beaucoup de mes. observations confirment ces remarques : un grand nombre de psycliasténiques, hypocondriaques, phobiques et surtout algiques et môme des épileptiques sont visiblement améliorés par une réduction sérieuse du régime alimentaire. Le fait est frappant en particulier, pour ne prendre qu'un exemple entre cent, chez Lema. Cette femme de 'lO ans, migraineuse, dolente, immobilisée depuis vingt ans par la phobie de la fatigue, souffrait constamment de l'estomac et de l'intestin à la suite de suralimentation. Une alimentation fortemejit réduite pendant plusieurs mois lui donne plus de force et chose curieuse détermine une augmentation de poids. A plus forte raison cette réduction alimentaire esl-elle indispensable (|uand on constate les signes physiques et moraux d une auto-intoxication grave. Une alimentation réduite et (juelquefois môme des périodes de diète hydrique constituent un élément indispensable du traitement de désintoxication. Ce traitement a été appliqué rigoureusement pendant plus d'un an à des malades comme Pépita ou le., f. 35. J'ai déjà fait remarquer combien il était difficile dans des cas de ce genre de réduire l'obésité. Ces femmes j)euvent rester des semaines et même des mois à des régimes d inanition sans perdre de leur poids dune manière appréciable. Il faut • beaucoup de patience et de persévérance pour obtenir la désintoxication et l'amaitirissement. Mais dans des cas de ce t;t^''H'e le lialtement est en général plus compliqué et la simple réduction alimentaire n'en est (ju'un élément, mais c'est peut-être l'élément le plus important.

Faut-il également chez c(!S malades se préoceM|ier de la nature des aliments et exiger tel ou tel régime particulier. Je crois d unimanière générale que la nature des aliments est ici moins imj)orlantf! (jue I(;ur ({uantité et que c'est celle-ci surtout (|ui doit être I surveillée et réduite, (k'pendanl on peut reinarijuer que saul des cas spéciaux où I àgf^i l'état des forces, les maladies surajoutées 1 iclament tel ou tel régime, il est bon de rapprocher autant fjue possible ces malades d'un n'-gime végétarien mitigé. M. Lagrange

I. .1. I.;iiimoiiifr, i'rail"rii<ril lir lii piirtsso. Hullflin (jénérat de thêrapeutiijui'.

recommaiulail déjà le régime végétarien dans le traitement de la fatigue. La suppression des alcools, la réduction des viandes, des albumines, quelquefois celle du sel de cuisine ou du pain, semblent avoir de bons effets; Les laitages, les farines, les légumes, les fruits qui diminuent certainement les intoxications conviennent à la majorité de ces malades. Dans certaines observations j'ai pu constater de grandes améliorations de l'état physique et de l'état moral après quelques mois de régime végétarien strict. L'observation la plus remarquable a ce point de vue est celle de Fe., f. 32, névropathe scrupuleuse et hvpocondriaque qui se suralimentait de la manière la plus ridicule depuis plusieurs années ; elle absorbait de préférence les aliments les plus indigestes et abusait quelque peu de l'alcool. Son état mental était loin de s'améliorer, elle avait des crises de psycholepsie avec angoisses et sentiment de dépersonnalisation, des attaques hystériques, des obsessions (le jalousie et de persécution! ^Llis en outre elle souffrait de toutes sortes, de troubles gastro-intestinaux et sa peau froide, sèche et pulvérulente finit par se couvrir d'urticaire. Celte éruption d'urticaire qui durait depuis plus d'un an était vraiment remarquable ; il suffisait de frotter légèrement une partie quelconque de la peau ou simplement de l'exposer à l'air pour déterminer en quelques instants l'apparition d'énormes placards urticariens avec d'atroces démangeaisons. Les douleurs déterminées par cette urticaire amenèrent enfin la malade à accepter un régime sévère ; le régime végétarien strict, de quantité réduite supprima l'urticaire au bout d'un mois et contribua à transformer l'état physique et moral après trois mois.

Dans (|uelques cas particuliers qu'il n'est pas facile d'interpréter, mais qui font songer aux phénomènes d'anaphylaxic de iNL Ch. Richet, il y a une véritable idiosyncrasie vis-i»-vis de certains aliments. Plusieurs malades, comme Irène, supportent très mal le lait même en petite quantité et présentent rapidement après en avoir absorbé une grande diarrhée séreuse et nous connaissons les grandes intoxications de Pépita dès (ju'elle a absorbé du lait, des unifs. ou du btuiilloii de viande sous une forme (|uelcon(jue. Il y a donc des cas où ces substances c|uand leur.eifel a été bien rec»)nnu doivent être soigneusement exclues, .l'ai été très frappé ii ce propos par l'observation de Ef. , f. id, (|ui présentait déjà depuis plusieurs années des accès épileptiques, des crises hvstéiiques, un caractère agité, instable et insuppor-

table. Après avoir essavé inutilement plusieurs régimes j'ai été amené par la lecture des articles de M. Lœper sur les intoxications de certains enfants à supprimer complètement de son alimentation" le lait et les œufs; le changement a été vraiment surprenant et pendant plus d'un an cette enfant dont le caractère était fort amélioré n'a plus eu d'accès convulsif.

Le plus souvent cependant il nest pas nécessaire d'être aussi sévère ; la plupart des malades utilisent avantageusement les laitages et tolèrent fort bien les œufs et la viande prise en petite quantité à un repas par jour. On trouvera des indications très détaillées sur ce régime modéré et moyen et sur les menus qu'il comporte dans les ouvrages de M. de Fleury, de M. Deschamps et dans les menus publiés par MM. Léon Derecq et (j. Gallois dans le Journal de diététique.

Pour nous diriger dans l'organisation de ces régimes, rien n est plus iinj)ortant que lanalvse des matières fécales qui est faite aujourd hui d'une manière Instructive. Do toiles analyses devraient toujours être faites dans les cas d'entérite muco-membraneuse et dans les cas d'auto-intoxication persistante. Elles ne, nous montrent pas seulement les éléments anormaux, les parasites des excrétions intestinales, mais elles ont surtout pour objet de nous faire connaître l'état final de digestion des principaux aliments, du tissu conjonctif, des fibres musculaires, de la cellulose, de I amidon, des graisses, des acides, des savons. Suivant ces indications nous pouvons facilonient régler lo régime du malade en supprimant momontanément les aliments (|ui sont incomj)lèteniont digérés et en insistant sur les autres. Ces précautions permettonl d'arrêter les crises aijjui's de l'entérite et aident à attendre le nu»ment où le rétablissement des forces et le rétablissement de la rirculation normale suppriment la disposition à l'entérite.

Bien entendu toutes ces maladies de l'estomac et de l'intestin comportent en même tmips un traitement médicamenti-u\ qui n est pas toujours très puissant (]uand il s'agit de névrnp;ithes, (|iii doit toujours ètro subordonné au traitement général de la névrose et au régime, mais f|ui n e>t pas sans utilité. (^uel<|iies xeitants, quohjuos adjuvants de la sé<"rélion gastriijiii', les luCrs, l'acide ph()Spli<»ri(iuo, l'ipéca, la pepsiiio, l;i papaïne, »'tc... '■ndent des services au moins momentanés, La réduction des boissons aux re[)as, la position couchée après les repas, les ceintures abdoniinales. la saiiirle de Ciléiiard soulagent beaucoup coiix

qui présciitcnl des ploses viscérales. Bien des douleurs épigastriques avec grandes réactions nerveuses sont supprimées par ce traitement facile. .J'insiste aussi sur les fortes doses de bismuth et sur les alcalins qui en particulier chez les névropathes ont une grande importance, parce qu'ils calment les douleurs et les réflexes de l'hypersthénie gastrique dont nous avons vu la gravité chez ces malades. Non seulement des acidités gastriques, mais encore des douleurs dans le thorax, dans le dos, des tics, des hocjuets de toutes espèces, des vertiges et même des crises de sommeil ont été supprimés par le simple bicarbonate de soude ou par le carbonate de chaux. Mais ici encore il faut se méfier de l'exagération propre à ce genre d'esprits qui prend vile la manie d'un médicament dès qu'il soulage, et j'ai souvent observé de véritables alcalinomanies qui ne sont pas sans dangers. Aujourd'hui on est disposé à intervenir chirurgicalement dans bien des cas de maladies chroniques de l'estomac et dans les diverses formes de ptôse abdominale '.' Il ne faut pas le faire trop vite quand il s'agit de névropathes chez lesquels il n'est pas toujours facile d'apprécier la gravité réelle des symptômes. Je crois cependant que dans certains cas il ne faut pas hésiter à le faire cl je regrette en relisant une de mes anciennes observations, celle de Marceline, de n'avoir pas fait opéi-er à temps un ulcèie chronique de l'estomac-.

Quelques médicaments rendent service dans les entérites nerveuses: les laxatifs, les lavements dont il ne faut pas abuser, surtout les lavements d'huile qui soulagent beaucoup, les calmants, l'opium et surtout la belladone chez les spasmodiques, les excitants de la sécrétion biliaire, les divers extraits biliaires, lamylo-diastase, etc. Il faut réserver une grande place aux médications purgatives chez des malades gravement intoxiqués. -Sans aller peut-être aussi loin que M. Gucipa qui purge fortement les malades plusieurs jours de suite et les condamne en même temps à la diète la plus complète, j'ai souvent fait usage des pnigations répétées (diez les confus, chez les intoxiqués, chez les obèses et le résultat m'a toujours paru très favorable. Ce sont les purgations qui ont visiblement tiré de leur confusion une dizaine de malades et qui ont permis de lutter contre des ol)ésités et des intoxications.

I. Cr. V. Paucliot, (îasiroplosc, IrailcMiKiil. La Presse médicale, ii avril i()i!^. a. Lue Félida artificielle, fî/a/ inenUil des liystérhjues, 2' édition, 1911, p. ÔO^.

LES MÉDICATIONS 1'^Y(:H0 Pin SIOI.OMQUKS 3.t:

Beaucoup de ces malades, comme Pépita, ne se sentent jamais aussi bien que lorsqu'ils viennent d'être purgés fortement. Il v a là une indication importante qu'il ne faut jamais oublier dans le traitement des névropathes.

Le traitement des troubles circulatoires serait encore plus important; il est malheureusement encore peu connu et je ne puis qu'indiquer ici le résultat de quelques essais qui mont paru intéressants. Les excitants et les toniques du cœur chez les malades dont la circulation est languissante sont plus indiqués qu'on ne le croirait chez des névropathes et de petites doses de strophanthus ou digitale produisent souvent un excellent effet. D'autre part j'ai eu souvent l'occasion d'utiliser les médicaments qui régularisent les pulsations cardiaques et la circulation artérielle et j'ai été heureux de constater les effets remarquables signalés par beaucoup d'auteurs des sels de quinine. Le cas de .Ig. , est vraiment tvpique : ce jeune homme de 3o ans, aboulique et timide, présentait depuis deux ans à la suite du bombardement de son usine un état émotif permanent avec des obsessions hvpocondriaques, avec un tremblement continuel, une tachycardie énorme, iio à i3o pulsations à peu près continuellement, des troubles digestifs, une grande entérite encore aggravée par des tics d'aérophagie. En un mot, ce malade ajoutait à l'état mental psychasténique l'état physiologique du Basedow incomplet sans goitre et sans exophtalmie. Le traitement par le repos et par l'excitation ont joué un rôle ; mais c'est la quinine qui a eu la plus grande paît dans son rétablissement rapide. Il est curieux de constater comment des malades de ce genre supportent l'usage prolongé de ce médicament. Après avoir commencé par des doses élevées de iC'.ôo et même 2 grammes par jour pendant un mois, il a dû continuer l'absorption d un gramme par jour pentlant un an et ce n'est que dans les derniers mois (ju'il peut se contenter de 0,70 ou o,5o par jour. En elfet après (juelques jours d'usage de la quinine la tachvcardie baissa rapidement ; après le premier mois elle était supprimée, mais elle réapparaissait pour la moindre interruption du traitement. L'état mental s'est transformé aussi bien que l't'lat phvsique et l'on s'étonne de voir que le malade supporte de prendre part a des conseils de famille sur ses all'aires, qu'il est capable de travailler :i reconstruire son usine, tandis qu'il ne pouvait voir entrer personne dans sa chambre sans avoir des

Jamt — \cqui». |>«Ylh. III

.■î:{8 les A(.iU ISITIONS I'>Y(.lI01.(>r.lOLES

crises violentes et dangereuses de palpitations. Je constate également une heureuse influence de la quinine chez deux autres malades du même genre mais d'une manière peut-être moins frappante. Chez d'autres malades du même genre les sels de calcium et en particulier le chlorure de calcium m'ont paru donner des résultats très satisfaisants. C'est là un médicament précieux chez les névropathes dont il régularise la circulation et diminue I agitation. Les médicaments qui luttent contre les congestions passives comme l'Hamamelis virginica et l'Hydralis canadensis sont également utiles. Ils ont eu chez quatre malades des efTets très nets. Les injections d'émétine d'un emploi récent me semblent avoir une action remarquable non seulement sur les diarrhées amibiennes, mais encore sur les entérites nerveuses par congestion de deux autres.

Beaucoup de névropathes présentent de l'hypertension avec ou sans signes de début d'artériosclérose : le régime et le traitement habituel doivent être appliqués, -mais le nitrlte d'amyle, la trinitrine comme l'indique en particulier Iluchard', la thiosinamine, la teinture de cratsegus oxyacantha, conseillées par M. L. Rénon, ont une action favorable. M. Rémond (de Metz) et AL Voivencl'- font «)bserver que l'angoisse et des troubles analogues doivent être en rapport avec une ischémie cérébrale due à la constriction des vaisseaux de l'écorce et ils proposent de modifier cette circulation par l'usage delà trinitrine. .lavais essayé, comme je l'ai dit, des expériences du même genre en faisant respire i- au malade des ampoules de nitrite d'amyle. J'ai répété les expériences de M. Rémond en faisant absorber quelques gouttes de la solution de trinitrine qu'il propose. Les résultats m'ont semblé favorables, quoique la disparition de l'angoisse ne soit pas aussi rapide qu'avec les ampoules de nitrite d'amyle. Ce traitement cependant présente l'avantage de pouvoir plus facilement être prolongé quelque temps.

Inversement, et cela est un lait beaucoup plus général, beaucoup de psvchasténi(|ues présentent une tension très basse. M. Miirtinet, qui a justement insisté sur la fréquence de ce svndroine. a montré l'utilité des traitements par l'adrénaline, les extraits d hypophyse et la strychnine que nous allons retrouver à propos d'autres médications.

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