‹ Les médications psychologiques (volume 2)Chapitre 65 sur 118 · I. Névrose» et idées Jixes, i8ij>S, I, p. aoij · texte numérisé non relu

I. Névrose» et idées Jixes, i8ij>S, I, p. aoij

Tig LES ACQUISITIONS PSYCHOLOGIQUES

difficulté à la tentation, nn^mc en vivant dans des cabarets, devenir alcooliques à la suite d'une maladie infectieuse, fièvre typhoïde ou légère atteinte de tuberculose, tomber dans l'alcoolisme comme on tombe dans la dépression à la suite de surmenage physique ou moral, à la suite d'un changement de milieu, ou d'un changement de situation, à la suite d'une querelle, dune rupture, d'un chagrin d'amour, etc. Ag., h. 52, par exemple, s'est livré à un travail excessif au milieu de grandes angoisses quand son usine a traversé une crise dangereuse. Au moment où le danger est conjuré, quand la prospérité revient, il succombe au surmenage et c'est à ce moment qu'il se met à boire. Une femme de [\0 ans, Bh., a un travail excessif dans la maison de commerce où elle travaille, elle a des inquiétudes parce qu'elle a peur qu'on ne songe à la renvoyer : « L'inquiétude, dit-elle, m'a rendue malade, je me suis mise à pleurer et à boire. » C'est la tristesse, le mal du pays, le regret de ses montagnes qui détermine l'alcoolisme de Cg., h. 5o, comme le changement de métier, le regret de sa machine amène celui de Fm., h. 82. Lav., f. 29, heureuse d'être fiancée, voit sur les affiches de la mairie publier les bans de son fiancé avec une autre, Ff. , h. 28, attrappe la syphilis et doit renoncer h un bon mariage déjà décidé, Gg., f. 3o, est abandonnée par son amant, Ct., f. 26, est abandonnée au milieu de sa grossesse, If., h. 82, trouve sa maison dévalisée et sa femme partie avec les voleurs : tous deviennent malades à propos de ces émotions et bientôt commencent à boire dune manière dangereuse. Jh., h. 27, jaloux de sa maîtresse, Kg., f. 6/|, battue par son mari et insultée par son fils, fg., f. io, tourmentée par son mari bizarre et h moitié fou, Mg., f. 00, obligée de vivre seule après la mort de ses enfants, etc., se mettent à boire. Dans la plupart des cas d'alcoolisme, si on veut bien remonter à l'origine, on trouvera des débuts de ce genre, c'est là plus qu'on ne le croit la règle générale.

Pour comprendre l'apparition de l'alcoolisme après ces accidents de la vie, il faut insister sur un fait très important qui passe en général inaperçu. C'est que ces maladies, ces surmenages, ces .émotions ne donnent pas naissance uniquement à l'impulsion à boire de l'alcool. Le plus souvent même ils ne déterminent cette impulsion f[ue assez tardivement au moins quand l'individu n'était pas prédisposé à cette impulsion par des crises d'alcoolisme antérieures. Ces faits donnent naissance à un ensemble de trou-

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bles fort divers, quelquefois analogues à des troubles névropathiques antérieurs, quelquefois nouveaux que le malade n'avait pas- encore éprouvés sous cette forme. Chez mes malades, j'observe dans trois observations des crises convulsives, dans 9 des phobies, de l'agoraphobie, de la claustrophobie, la peur des maladies ou la peur de devenir fou, dans 8 observations des algies diverses de 1 estomac, du dos, de la tête et de grandes angoisses, dans 7 des manies mentales, en particulier la manie de l'extrême qui joue un rôle dans les ivresses de If., h. 82, des tics, de la crampe des écrivains, des agitations, dans 5 autres enfin des obsessions de crime, de suicide, de persécution : « Je deviens un mannequin dont mon mari tire les ficelles » répète Ex., f. 35, après les malheurs qui ont détermé la dépression.

Ces malades ont tous ii un haut degré les sentiments d'incomplétude si pénible que fait naître la dépression, sentiments d inquiétude, d'ennui, de vide, de vague, de rêve, de peur, d incapacité, de fausse reconnaissance, de défaut d intérêt, de désorientation, de dépersonnalisation, de détresse, de mort, etc. : « C est triste et c'est honteux, répète Dr., f. 33, quand on sent perpétuellement qu il n'y a rien dans la vie, rien qui vaille la peine de vivre, de faire un ell'orl ; je suis si étonnée quand je vois des gens qui pleurent, qui se fâchent pour quelque chose, qui trouvent (jue cela en vaut la peine. » — « Je me sens tout le temps en train de mourir, disait XoL, f. 20, je meurs faute de secours. »

Nous retrouvons toujours au fond de ces états les troubles de la volonté, les impuissances d action, surtout les impuissances sociales qui sont l essentiel de la dépression. Ces malades sont tous devenus incapables du moindre effort et sont épouvantés a la pensée de la moindre action (|u'ils ont a faire. Og., f. 38, est devenue incapable de s'occuper de son ménage : « sa belle-sœur qui s'est réfugiée chez elle pendant la guerre complique horriblement la maison ». Pi., h. !iO, mécanicien de son métier et très capable d'ordinaire, ne [)eut se décider à remonter une machine, il croit (jue ce doit être hoiriblemeiit ditlicilc « c'est encore quelque chose qui complique sa vie, il faudrait faire un ellort et c'est épuisant ». Ff. , h. aS, ne veut plus vivre dans sa lamille « qui est trop correcte, trop cultivée, auprès de lafjuelle il faut se tenir un peu... il voudrait vivre dans un milieu inférieur, qui exige moins d'attention constante ». Qh., h. 5o, est devenu incapable de faire la moindre démarche même (juaud elle est indispensable

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pour la carrière de son fils, il veut que sa femme fasse tout dans le ménage. Dl., h. 55, qui est un homme intelligent et très bon, mais timide et susceptible, s'irrite de tout et « pousse la taquinerie jusqu'à la fureur », il a horreur de la société des hommes « qu'il ne peut comprendre et qui ne peuvent le comprendre ». Vd., h. 3o, quoiqu'il soit notaire, ne peut plus signer aucun papier, si quelqu'un le regarde, parce qu'il a d'énormes tremblements des mains. Le., h. ^i; agoraphobe et éreutophobe devient incapable de dire le moindre mot aux clients qui entrent dans son magasin. Cette dilRculté, cette impossibilité de l'action sociale, qu'elle se traduise par les signes ordinaires de la timidité, ou par de la brutalité, ou par les troubles les plus divers qui masquent lu timidité est un des grands caractères de la plupart des alcooli(|ues. Elle dépend de la faiblesse de la volonté, de l'abaissement de l'action, de la dépression psychologique qui existe à mon avis chez la grande majorité des alcooliques, non par suite de leur intoxication, mais avant toute intoxication.

Nous constatons chez ces malades un autre fait particulièrement intéressant pour notre étude actuelle, c'est qu'ils présentent très souvent d'autres impulsions h cùié de celle qui les pousse à boire de l'alcool. Un certain nombre (5 observations) ont en même temps de la boulimie, d'autres (3 observations) de l'érotomanie. Dans six cas je constate des fugues et de l'impulsion à marcher indéfiniment : une femme de uC) ans, Ms., alterne entre les deux impulsions : pendant (juclques mois elle marche indéfiniment et veut « faire ^5 kilomètres par jour sur une grande route » et pendant cette période elle ne boit pas ; puis pendant les mois suivants elle ne marche plus, mais elle se met ii manger trop et il boire tous les liquides alcooliques quelle peut se procurer. Rg., h. 37, fait des fugues dans lesquelles il marche indéfiniment pendant plusieurs jours et pendant ces fugues il boit à chaque instant dans tous les cabarets qu'il rencontre surtout pendant les journées du début; il faut notei-, en ciret, que à la fin de la fugue, quand il a déjà marché pendant plusieurs jours, il cesse de boire. Knlin parmi mes alcoolicjues je compte ^ cleptomanes : l'un d'eux (jue j'ai déjà cité est particulièrement cuiicux. il vole ses patrons a'in do payer avec l'argent volé des consommations dans un cabaret à une foule d inconnus (ju'il invite sans raison. Il se sent heureux, réconforté au milieu de ces ht\tes d'occasion. J'ai déjà essayé de montrer (|u il est excité par le succès de ses vols

et par l'orgueil que lui procure ce rôle d'amphytrion vulgaire. Toutes ces impulsions surajoutées nous sont en elTet déjà connues, elles sont toutes des impulsions à des actes excitants.

Après ces remarques n'est-il pas vraisemblable que l'absorption de l'alcool par ces mêmes malades, dans les mêmes circonstances joue chez eux le même rôle, qu'elle les soulage et les guérit par le même mécanisme de l'excitation. l.a vérification est facile dans nos observations : tous les .accidents névropathiques que nous avons notés chez ces malades disparaissent après 1 absorption de l'alcool. Les attaques, les somnambulismes de Vi., h. 23, de Maria ne se reproduisent plus quand ils ont bu. Dr., f. 89, ne souffre plus du ventre et toutes les algies que nous avions notées chez elle n'existent plus. Les tics de toux de Gl., f. 45, ont cessé et Ik., h. 4o, n'a plus sa crampe des écrivains : « 11 peut écrire très bien, même en public, quand il est un peu saoul ». Les peurs sont effacées : « Mes peurs si terribles de la rue, des ponts, du feu, de la folie, dit Uh., h. M), tout disparait après deux ou trois verres de vin et l'influence peut durer toute la journée... Auparavant je ne pouvais pas me diriger seul, après avoir bu quelques verres je deviens un gaillard épatant. » — « .lai ordinairement peur de tout, dit Vf., h. 3i, et je me figure qu'il y a partout des cambrioleurs qui me menacent; si je bois, je n'ai plus peur de leurs revolvers. »

Enfin les faiblesses, les impuissances d'action sont guéries : « Que voulez-vous dit Uh., h. 35, quand je me suis marié, je n'ai été bon à rien auprès-de ma femme et cela m'a beaucoup impressionné... Maintenant je bois et je suis un homme comme les autres ». — « Vous me dites de manger et de dormir, mais cela m'est parfaitement impossible, me dit Fs., f. ^2, il faut me permettre quelques petits verres pour que je puisse manger, dormir une bonne nuit, heureuse de vivre. » Il en est de même de Fm., h. 3^, de Pya., h. 4o, de Xf.,h. 4o, qui ne mangent que s'ils ont bu. qui ne peuvent avoir de rapports avec une femme que s'ils ont bu, (|ui ne (loruienl (jue s'ils ont bu. Tous ces timides, tous ces al)ouli(jues sociaux sont transformés par l'alcool. Le., h. .\i, peut sortir, lencontrer des amis, parler :i des clients sans sp sauver, fiuainl il a pris queUjUfs amers ou de l'ahsinllic. \(I., h. 3(t, peut signer des pièces en public sans trembler, (juand il a pris en cachette (juehjues petits verres avant d'entrer dans l'élude. Lvdia peut r(U'evoir des visites, assister ii des cérémonies, si

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