‹ Les médications psychologiques (volume 2)Chapitre 67 sur 118 · JÙii-iSl'iiLs fl (^^■ti'iitrnic. iijo.', 11. [< Ml · texte numérisé non relu

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Ja.ieT. — VkjuÏs. psy«,h. III — a3

3ii4 I-ES ACQUISITIONS PSYCHOLOGIQUES

L'alcoolisme sera plus ou moiiis grave et prendra diflerentes formes suivant que le malade pourra plus ou moins facilement résister à ce besoin ou qu'il sera entraîné à y céder dune façon plus ou moins irrésistible. Au début et pendant fort longtemps le malade n'aura recours à son remède que dans des circonstances particulières : Zh., h, 32, boit quand il doit monter sur sa locomotive « et croyez-moi, me dit-il, c'est encore ce qui vaut le mieux pour les voyageurs. » Pya. et Mh., h. 4o. boivent quand ils vont voir leur maîtresse. Bien des femmes boivent avant de recevoir des visites, avant d'entrer dans le salon ou bien « quand elles doivent ouvrir une dépêche qui peut contenir une bonne ou une mauvaise nouvelle », quand leur mari est absent, quand elles ont perdu leur amant, etc. Pi., I.e.. boivent quand ils ont une dilHculté avec leur personnel, quand ils doivent recevoir des clients. Ils boivent en un mot, comme ils le disent sans cesse « quand ils ont besoin de se remonter », c'est-à-dire quand les circonstances réclament ([ue la tension psychologique monte au niveau de l'effort.

A ce degré l'alcoolisme n'est pas encore définitif, il dépend des circonstances dans lesquelles l'individu se trouve placé. L'alcoolisme se comporte comme toutes les impulsions des déprimés, il diminue quand la vie est simple et facile, il augmente quand les actions exigées par la situation deviennent plus élevées et plus coûteuses. Voici à ce propos une observation démonstrative : Un bon ouvrier tailleur, marié et père de famille ne buvait jamais. Disposant de quelques économies il s'installe à son compte et prend lui-même des ouvriers ; depuis ce moment il boit de plus en plus et tombe dans un alcoolisme très grave. Pour(juoi .^ Comme sa femme le dit très bien et. comme il le sait lui-même, c'est parce (ju il a des clients à recevoir, des décisions commerciales à prendre, des grosses sommes à payer. Il est gêné, timide, inquiet et ne peut rien faire de tout cela s'il n'a pas bu de !'alco«)l. Le changement de position et les responsabilités ont déprimé cette tête faible et il est devenu alcoolique en devenant un déprimé et en continuant à vivre une vie trop diflicile pour sa tête faible. Mais si les circonstances sont inverses, si la vie devient plus facile et surtout si la dépression devient moindre, le malade cesse rapidement de boire ,de l'alcool : Lydia renonce vite à son Champagne, dès (ju'elle se porte un peu mieux et si sa vie reste bien tranquille.

Malheureusement le malade abandonné à lui-même reste d'ordinaire peu de temps à cette période de lalcool-remède ; il en arrive lapidement à la seconde période que l'on pourrait appeler celle de 1 alcool-aliment. 11 se sent poussé de plus en plus violemment à boire de l'alcool, il ne |)eut s'arrêter aux doses simplement nécessaires pour le remonter un peu, il ne peut supprimer l'alcool dans les périodes où il n'est pas indispensable. Plusieurs raisons psychologiques interviennent pour déterminer cette évolution et elles sont toutes en rapport avec le trouble de la volonté des psychasléniques. Des manies interviennent, manie de la continuation, de la répétition, manie de l'extrême : « Si je m'arrête avant d'être saoule, il me semble que je n'ai pas fini, que quelque chose est incomplet, et il faut que j'y retourne »... — (( Je suis extrême en tout et il faut toujours que j'"aille jusqu au bout. » La peur de retomber et la peur de souffrir de nouveau par la dépression augmente sans cesse. Dr., f". 33, sent bien, quand elle est sous 1 influence de l'alcool, qu'elle va retomber dans la dépression si elle s'arrête de boire « et l'horreur de l'ombre me met au désespoir, j'aime mieux continuer malgré tout, je n'ai plus la force de m'arrêter. » Si on se souvient que l'alcool délivre les malades d'un épouvantable supplice, on comprend qu'il (lélciiuine chez eux des tentations que l'homme noimal n'éprouve pas. La malade que je viens de citer, me disait à ce propos une phrase (|ui nous fait sourire : « Vous ne connaissez pas la plus épouvantable (louleiir morale qu il y ait au monde. — Laquelle .'' — Avoir devant soi une bouteille de whisky entamée et ne pas la finir. » C'est pour cela qu'elle boit dès qu'elle est agitée et dès qu'elle a peur de retomber « et comme la plus petite émotion m'agite et nie fait retomber, je suis obligée de boire :i chaque instant. » Lnlin la cause principale du dévelo[)|)ement de 1 impulsion c est la continuation et I aggravation de la dépression (|ui diminue de plus m plus hi volonté. Le sujet devient de plus en jiius iiica{)able de rompre une habitude, de s'e.xposer :i une souffrance et en même tem[)s il est de plus eu plus impuissant, se trouve arrêté devant un nombre d aile> île plus en plus grand e| eproU\e bien plu> souvent le besoin « d'être remonté ».

A ce degré le malade se rend encore bien compte du ilangei ipie lui fait courir sa passion p(»ur l'alcool et des souffrances (|u file impose il sa famille. Il manilesle de temps en temps des cb'-sirs

de se guérir, il fait des promesses solennelles et il fait des efforts plus ou moins sincères pour s'arrêter. On voit de grands alcooliques venir d'eux-mêmes chez le médecin pour demander à être guéris. Il y a quelques années des journaux ont parlé d'un sérum qui guérissait 1 alcoolisme : pendant quelque temps un grand nombre de malades réclamaient une injection du prétendu sérum. Môme au moment de leurs libations les malades ont des remords, des réflexions, des hésitations. Ils arrivent rarement à triompher, cela est vrai ; mais ils luttent encore, au moins de temps en temps. Ce caractère n'est pas sans importance pour distinguer ce degré particulier de l'alcoolisme.

On observe en effet trop souvent une troisième forme où pai' périodes, sinon constamment, le malade boit indéfiniment sans faire aucun eff'ort pour s'arrêter et en sacrifiant tout à la satisfaction de son impulsion. Cette forme est celle à laquelle on réserve d'ordinaire le nom de dipsomanie que Ion a trop souvent séparée des formes précédentes dé l'alcoolisme. Cette distinction était fondée d'abord sur certains caractères qui me paraissent peu importants. Le dipsomane, disait-on, est triste et il boit seul, tandis que l'alcoolique montre de la gaité dans ses libations qu'il accomplit d'ordinaire en compagnie. Ces remarques sont quelquefois assez justes, mais peu précises et ne s'appliquent pas à tous les cas. Quand on parle de la tristesse et de la gaité de ces malades, qui sont d'ailleurs fort difficiles à apprécier exactement, il laut bien distinguer les moments de 1 observation. Ils sont en général tous tristes avant de boire, car ils souffrent tous de la dépression fondamentale et ils sont souvent gais après boire quand l'alcool produit ses effets favorables. Tout ce que l'on peut dire, c'est que chez les plus malades l'alcool ne réussit plus à produire son effet excitant, ou que cet effet est très court et vite remplacé par l'intoxication. Il n'est pas non plus exact de dire que tous les alcooliques aux premiers degrés boivent en société. Ces femmes, dont j'ai parlé, qui ont besoin d'une bouteille de Champagne avant de passer au salon pour recevoir une visite, boivent seules et en cachette, car elles auraient honte de •faire connaître leur besoin d'excitant. De grands dipsomanes comme Oc, h. 38, convient des passants nombreux à boire avec eux, car ils cherchent h joindre une excitation sociale à celle de I alcool On peut seulrnient reconnaître (|U une impulsion devenue très violente est en général très systématisée, très étroite

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et que le malade arrivé à ce degré ne pense d'ordinaire qu'à l'alcool et à rien d'autre. Ces caractères qui ont rarement quelque intérêt indiquent donc simplement une augmentation de la force et de la systématisation de l'impulsion.

J'attache plus d'importance à deux autres caractères : l'impulsion du dipsomane se présente par crises et elle ne rencontre aucune résistance. Examinons d'abord le premier point : beaucoup de ces malades ne boivent pas constamment, ils ont des périodes de répit puis ils présentent des sortes de crises. Après une incubation plus ou moins longue dans laquelle la dépression s'accentue, ils absorbent constamment, pour ainsi dire jour et nuit toutes espèces de boissons alcooliques. Cela dure un certain temps, puis ils cessent de boire et prennent même l'alcool en horreur jusqu'à la prochaine crise. 11 en est ainsi dans la moitié de mes observations où les malades restent souvent trois mois ou même deux ans sans boire autre chose que de l'eau, puis, quand on les croit bien guéris, présentent une crise abominable et se précipitent sur un alcool quelconque pendant quelques jours ou quelques mois. Une malade, Bqa., f. 34, est même assez curieuse, elle reste six semaines sans boire et boit pendant quinze jours, et cela avec une certaine régularité depuis deux ans.

Il ne faut pas exagérer l'importance de ce caractère : des malades comme Maria, cette femme de 3o ans dont j'ai déjà souvent discuté la curieuse observation, était bien au plus haut degré de la maladie, car elle buvait indéfiniment de ! alcool et de l'éther sans essayer la moindre résistance et elle sacrifiait tout d'une manière absurde jusqu'à donner sa robe et son jupon poan deux sous d'éther. Mais elle n'avait réellement d'interruption que lorsqu'elle passait quelques semaines dans une prison ou dans un ht^pital ; des cju'elle avait un instant de liberté elle recommençait immédiatement, (m peut dire qu'elle est restée une dizaine d'années dans un état dipsomaniarjue continuel. Un homme do '^> ans, Fm., me parait aussi être lesté dans un état dipsomaniafpio pendant trois ans. Quand on observe dos interruptions très nettes avec dispariti(»n complète du besoin de 1 alcool, c'est (jue l'on se trouve en présence de «-es malades si nombreux chez les(|uels la dépression se pit-sente p;ir ciisis, le plus souvent irrégulières et provoquées [)ar les circonstances, qiielrMM'Iois pins régulières et en (iiiehiup |';icon périodifjues, sans

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que l'on puisse toujours bien comprendre la raison de la périodicité apparente. L'impulsion h boire de l'alcool disparaît à la fin de la dépression comme les obsessions, les manies, les autres Imj)ulsions. Ces interruptions dans les impulsions alcooliques ne changent donc pas beaucoup la nature de l'impulsion ellemême, mais jouent un rôle assez remarquable dans l'évolution de la maladie.

Le dernier caractère, lirrésistibilité de l'impulsion qui doit distinguer l'alcoolomanie, la dipsonianie. proprement dite, me parait plus important, car dans l'étude des impulsions le degré de la résistance constitue le fait essentiel. J'ai déjà été amené ii reconnaître que les impulsions à la recherche de l'excitation sont beaucoup plus puissantes que les impulsions obsédantes des scrupuleux, que leurs impulsions dites criminelles par exemple. H faut encore reconnaître que dans certains cas l'impulsion à l'excitation par l'alcool semble irrésistible, car elle supprime même la conscience personnelle et la mémoire et s'exécute dans une sorte d'état second. Les fugues dipsomaniaques de Rg-, h. 3~, comme celles de Maria se font entièrement en état second ; le malade ne reprend conscience que vers la fin de sa fugue et ne conserve quelques souvenirs personnels que des dernières journées. Sans arriver a des formes aussi extrêmes beaucoup de malades n'ont que peu de conscience personnelle pendant la crise. Ils n'ont qu'une seule pensée, celle de boire et aucune autre considération n'apparaît dans la conscience pour lutter contre 1 idée impulsive. Aussi quand ils ont commencé à boire, ils n'ont aucune de ces hésitations que nous avons encore vues chez les alcooliques précédents, ils ne sont arrêtés par aucune considération ; ils se dépouillent de tout ce ([u'ils possèdent, vendent jusqu'aux vêtements qu'ils ont sur eux ou engagent les biens de leur famille, ils sacrifient ce qu'ils ont de plus précieux pour se procurer un verre d'alcool. .\près leur crise ils ne comprennent rien à ce qu'ils ont fait : « Je sais bien que mon mari et mes enfants vont me quitter si je continue, je les aime pourtant, je tiens à eux plus qu'à ma propre vie ; comment se fait-il que je ne puisse pas penser à eux un seul instant p<>ndaiit que je bois. Ilack Tuke raconte (|u'un homme était entré volontairement dans une de ces maisons de traitement où on ne donne à boire que de leau ; il remarqua que le médecin avait accordé nu verre d alcool à un pensionnaire qui venait de se blesser griève-

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ment ; sans hésitation il prit une hache et se coupa un poignet pour demander un verre d'alcool. Cette ancienne histoire peut servir d'illustration pour montrer combien ce besoin d'alcool peut devenir irréfléchi et irrésistible.

Cette dernière ti-ansformation peut s'expliquer par une aggravation des troubles précédents, dépression, sentiments insupportables d'incomplétude. diminution de la volonté, automatisme. On peut remarquer qu'il s'y ajoute des phénomènes rappelant la confusion, le rétrécissement de l'esprit et la suggestibilité des hystériques et l'on peut observer que l'intoxication détermine précisément des phéxiomènes de ce genre. Nous avons noté autrefois que certains intoxiqués alcooliques présentaient un état mental analogue à celui des hystériques. Il se peut que l'intoxication alcoolique chronique soit venue ici compliquer la dépression primitive et v ajouter des troubles nouveaux. Des individus comme Dx., f. 35, éprouvaient au début, à l'occasion d'une petite émotion, le simple besoin de se remonter par un verre d'alcool et présentent au bout de quelques années une grande crise de dipsomanie « h propos de la moindre contrariété ». Il est juste de distingiier cette nouvelle forme de la maladie des précédentes sous le nom de dipsomanie ou d'alcoolomanie, mais à la condition de la considérer simplement comme un degré ultime des précédentes et de reconnaître qu'au fond toutes ces impulsions sont du même genre et prennent toujours leur point de départ dans la recherche de l'excitation alcoolique pour sortir de la dépression.

Ces études sur les impulsions alcooliques me dispensent de longs détails sur les impulsions du même genre, car d'autres substances déterminent chez les déprimés des effets analogues. (^)nelques-unes des substances qui jouent ce rôle sont le tabac, I absinthe, et les essences qui entrent dans la composition fie cette liqueur ainsi que dans celle du vulnéraire'. I éther, l'opium, la morphine, l'héroïne, le chlorai, la cocaïne, etc.. On pourrait lépéter ii leur propos toutes les études précédentes ; les individus r|ui présentent des impulsions à user de ces substances sont des névropathes héréditaires qui ont déjii présenté auparavant toutes sortes de troubles caractéristirpies. ('es substances n'agissent jias

I. Cf. V.. Cail<'ar et A. M«'iini<r, Contribution à iiiiide de l'alcoolisme; Etude phytioloijifiiif •!'• r^iiii li'nrqucbute ou vulurrnlr,- |S<CI.

chez eux de la même manière qu'elles agissent sur l'homme normal, elles ne se bornent pas à produire des ivresses, des insensibilités, des sommeils ; elles arrêtent des accidents névropathiqucs, elles suppriment des sentiments pénibles d'incomplétude, elles restaurent la volonté, elles sortent les malades de la dépression par l'excitation.

Il suffit de rappeler un petit nombre d'exemples: une femme de 6^ ans, Kg-, s'enivre de tabac, elle en prise et elle en chique « jusqu'à ce qu'elle n'ait plus du tout envie de se jeter sous le tramwav )).,ii malades, 6 femmes et 5 hommes boivent ou respirent de l'éther afin d'arrêter la crampe des écrivains et de pouvoir écrire en public, pour chasser des phobies terribles, pour pouvoir dormir, pour arrêter de grandes crises d'hystérie, etc.. Vc, h. 43, se servait d'abord de l'alcool, mais préfère maintenant la morphine dont il prend lo centigrammes par jour pour arrêter les dépressions, les aboulies, les doutes, les sentiments de détresse : « J'ai un tel besoin d^échappor à ces horreurs et d'être heureux comme tout le inonde. » Los grandes crises et les grands délires de Sg., f. 5o, sontairôtés pai' la niorj)hine et Duv., f. 37, qui a de grandes crises de mélancolie périodi(]ue, arrivait dans la dernière crise à faire cesser la mélancolie par des doses invraisemblables de morphine. Yp., h. 3(), aboulique, timide, scrupuleux, obsédé a d'abord abusé de l'alcool et de l'absinthe et est arrivé h l'opium, sous la forme de laudanum, qu'il avale par grands verres, comme le célèbre De Quincey. Fait curieux et bien conforme à nos observations précédentes : c'est un malade qui tombait d'ordinaire facilement dans le délire psychasténique, et qui, transformant alors en délire ses obsessions, se croyait destiné à jouer le i-ôle de Jeanne d'Arc et se laissait aller à une conduite absurde et dangereuse. ()uand il a bu un verre de laudanum, il retrouve tout son bon sens et travaille à réparer ses absurdités. Je n'insiste plus que sur une seule observation : Om., h. 22, présentait depuis l'enfance toutes sortes d'accidents nerveux, troubles circulatoires, grands accidents d'entérite muco-membraneuse. aboulies, impuissances diverses, inversion sexuelle, phobies, sentiments d'incomplétude très complexes, obsessions erotiques, impulsions génitales, etc.. Quand ces dernières ne pouvaient être assouvies, elles donnaient naissance à de grandes crises hvstériques avec éjaculation très abondante et souvent sanglante, auxquelles s'ajoutaient de temps en temps

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des accès épileptiquos. Il a usé et abusé de tous les médicaments, laudanum, véronal, éther, morphine, cocaïne, adaline : ce dernier toxique le transformait quelque temps et lui donnait une gaieté et une confiance singulière, la cocaïne « centuplait ses forces et lui donnait une grande élévation d'esprit ». Mais il a tout abandonné pour l'héroïne qu'il a bientôt poussé à des doses énormes, go centigrammes par jour en injections sous-cutanées dont il obtenait des effets merveilleux. A peu près tous les accidents ont été complètement supprimés pendant i8 mois; la digestion est devenue normale, un sentiment de bien-être et de chaleur a remplacé les angoisses, les sentiments sont devenus normaux ; les impulsions génitales ont disparu et avec elles les attaques hystériques, bien mieux les accès d'épilepsie ont complètement disparu.

On a souvent fait observer que des malades de ce genre ont recherché une foule de poisons à tort et à travers sans tenir grand compte de leurs effets phvsiologiques, simplement poussés par le besoin singulier d'absorber un poison étrange et dangereux, qu'ils sont simplement des toxicomanes. Cela est exact: dans nos observations une femme de 62 ans sest intoxiquée successivement par cinq poisons différents, une jeune fille de 26 ans, fille d'un médecin il est vrai, a en successivement des impulsions pour 1 alcool, l'éther, le chloroforme, l'opium, la morphine, la codéine, l'atropine, l'hyoscine, la thiantine, avant que l'on ait fini par l'enfermer. Ces malades ne se bornent pas à la seule excitation physiologique de la substance chimique, ils recherchent une excitation plus compliquée de nature psychologique. Ces femmes sont remontées par le fait d'accomplir une action étrange que les antres femmes ne font pas. Ce fait intervient quelquefois même dans les simples manies de l'opium. Quand Fmma est si heureuse de fumer une pipe d'opium dans un petit boudoir chinois à demi obscur, quand elle prétend y trouver une béatitude infinie, '( comme si l'esfirit dégagé du corps vivait seul et à sa guise », il v a dans l'ellet obtenu une petite part due à l'opium ft une grande part due ii la vanif»' et au snobisme. Chez les toxicomanes il v a aussi l'attrait du danger, le désir de sensations nouvelles qui ajoutent leur action excitante à celle de la substance elle-même. Nous retrouvons hi une compli<'ation (|ue nous avons déjà connue dans la boulimie et dans l'alcoolisme, quand nous avons vu se combiner I' ilr.iiiIUiiw :ivci- Li cli'iilo-

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manie, quand nous avons vu Me. avaler jour et nuit du café au lait et des petits pains volés, afin d'ajouter à l'excitation par la nourriture celle que donnent des aliments défendus et des aliments volés\ La substitution d'une de ces excitations à une autre est très intéressante car elle montre que ces phénomènes ont au fond une certaine communauté de nature. Une femme de Wo ans, Eh., qui présentait de hi dépression et des attaques d'hystérie, avait été longtemps traitée par l'hvpnotisme et les excitations aesthésiogéniques qui supprimaient tous les troubles, mais qui devaient être répétés assez fréquemment. Obligée de renoncer aux soins de son médecin, elle imagina de recourir aux piqûres de morphine qui produisirent le même effet. Ces complications et ces substitutions nous rappellent l'existence d'autres excitations dues :i des agents moraux, mais ne suppriment pas le fait fondamental de l'excitation produite par certains poisons.

Quand un sujet relevé par uri de ces poisons en est pii\é. (juand il cesse d'être sous son action, il retombe dans son état de dépression primitive, il retrouve les accidents et les souffrances qui avaient été momentanément suspendus ; en outre il présente les svraptômcs physiques et moraux de l'inloxication surajoutée. Le morphinomane en état de besoin est pâle, livide, couvert de sueur froide, tourmenté par des diarrhées fréquentes, par des crampes, par des angoisses, par des syncopes. Il est tout naturel (ju'il désire ardemment échapper à ces tortures et qu'il [aspire à la piqûre libératrice. Ce besoin, suivant la gravité de la dé|)ression, suivantla durée et la profondeur de l'intoxication, varie depuis le désir contenu par des considérations de santé et d'argent jusqu'à l'impulsion irraisonnée et irrésistible. Il v a des morphiniques et des morphinomanes, comme il y a des alcooliques et des alcoolomanes.

Dans un chapitre précédent- nous avons vu (|ue l'état mental et en particulier la tension psychologique pouvaient être transformés par l'accomplissement de certaines actions. Les études que nous venons de faire ont eu pour objet de mettre en évidence un autre fait psycho-phvsiologique, c'est que l'ingestion de certaines substances pouvait produire le même effet ; c'est là une notion (1<> la plus grande importance pour la psychothérapie.

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