Ks([uiriil, Mdtndirs nifulnU-s. I, p. i."i.i
donc éviter de s'en servir quand ces conditions ne peuvent pas être remplies. Quand on y a recours, il faut autant que possible le faire à l'insu du malade qui ne doit pas toujours savoir ce que Ton met dans une injection ; il faut éviter de 1 emplover régulièrement et pendant de longues périodes, il faut fréquemment le remplacer par d'autres substances. Mais employé avec précautions il peut rendre au psychiatre de grands services momentanés. 11 arj'ète les crises d'angoisse et souvent les agitations déliraiites, il rend plus facile l'emploi de la suggestion et le début de plusieurs traitements psvchologiques qui une fois amorcés permettront de le supprimer. En raison d'une grande prudence je n'ai utilisé ce médicament que dans un très petit nombre de cas et pendant peu de temps; mais les résultats ont été heureux et il me semble probable que plus tard une connaissance plus approfondie de cette excitation par 1 opium et les substances (jui on dérivent permettra dy recourir bien plus souvent.
A côté de ces substances qui sont connues du public et que des impulsions dangereuses ont rendues célèbres, on a découvert d'autres substances (jui avaient une action sur la quantité ou la tension des phénomènes psvchologiques et la médecine mentale les a utilisées. Il est impossible de les énumérer toutes, il sulHt d'en indiquer quelques-unes pour montrer que la psychothérapie ne doit aucunement se désintéresser de ces traitements pharmaceutiques.
Les bromures paraissent diminuer les agitations, ils semblent aifir en réduisant les réflexes, en élevant le seuil de l'éveil des tendances et par conséquent en diminuant le nombre des tendances en érection, disposées à s'activer. Quoique le mécanisme psychologique de l'action des bromures n'ait guère été étudié, il me semble que ce médicament agit de la même manière que certaines maladies ou certaines attaques qui épuisent les forces et qui ramènent le calme avec la faiblesse. 11 est probable qu'il ne détermine pas directement une élévation de la tension psvchologiqne, mais qu il diminue la (juantité des forces disponibles, ce qui rétablit la proportion entre la (juantité et la tension. Il en résulte (jue les divers bromures constituent des médicaments psvcholoi^iques des plus intéressants. En dehois des accidents |)roprement éjjileptiques dans lesquels ils ont, malgré quelques • contradictions, une action reconnue, ils peuvent jouer un rùle utile dans beaucoup d'accidents névro-
LES MÉDICVTIONS FSYC.UO-PHVSIOLOGIQLES 3Wt
pathiques. J'ai constaté dans un giand nombre de cas une action remarquable des fortes doses de bromure sur dos accidents spasmodiques, sur des états anxieux ou obsédants. Dans un cas assez curieux, le bromure à la dose de 5 il 7 grammes par jour pendant quelques jours seulement arrêtait net les crises très graves de blépharospasme avec pbotophobie, larmoiement et énorme rhinhorrée d'un jeune homme de 17 ans, chez qui ces crises se prolongeaient auparavant pendant des semaines et déterminaient un état très grave. Mais il ne faut pas généraliser : un plus grand nombre de malades analogues ne m'ont pas paru retirer de l'usage même prolongé du bromure un bénéfice bien appréciable. Il est probable qu'il faudrait savoir distinguer ici davantage les troubles de la quantité et les troubles de la tension psvchologique : nous nous heurtons à 1 insullisance de nos études psychologiques du malade.
M. Gilles de la Tourette recommandait autrefois dans le traitement des crises convulsives et des agitations de diverses espèces l'usage du chloroforme ii doses fractionnées comme dans les accouchements. « Il agit toujours activement, disait-il, et son emploi désagréable ne risque pas de passer a l'état d'habitude ». Cette dernière remarque est inexacte : j'ai connu deux malades qui avaient pris la manie du chloroforme, tout médicament peut devenir l'objet d'une manie chez les sujets (|ui ne sont pas suivis attentivement. Sauf dans certains cas de contractiiie oii le chloroforme peut servir au diagnostic, cette piaticpie me semble bien inutile et dangereuse, il vaut mieux en cas de nécessité faire respirer quelques boullées d'éther ou mieux pratiquer l'injection bien connue d'éthei' qui rend des services dans les crises convulsives et dans les évanouissements. Magnan a contribué ii répandre l'usage du chlorhydrate d'hyoscine pour calmer l'agitation mania(jue « dont il serait en (juehjue soi-te le spécili(jue ». C]e médicament est moins étudié encore (|ii(' le bioinure.
Les recherches ont surtout porté sur les niédicameiits t()nii|ues qui peuvent avoir un cH'cl excitant. BcatM-oup il auteurs autrelois, comme .\xenfeld, lliiehard, l'éié. Brissaud, recommandaient le 1er comme rexcilant des névropathes. Il ne me semble pas aujourd hui (|ue son action excitante soit également reconnue. L'acide phos|)hori(jue a été mis en vogue par les travaux de MM. .(oiilie cl (^autru : dan» iv observations en parliculiei- <iu Ja.nkt. — Ac(|iii». jinvcli III j'j
LES ACOl ISniONS l'S"^ CHOLOGIOUES
j'avais essayé ce médicament isolément, il ma semblé avoir une action elficace sur la dépression mentale. L'arsenic et ses dérivés, quoique l'on ait peut-être exagéré leur elficacité, produisent en relevant la vitalité un effet excitant qui peut être utilisé. .M. Jean Lépine a obtenu des résultats avec le nucléinatc de soude, dont je n'ai guère l'expérience, mais qui semble pouvoir s'ajouter aux médicaments précédents. M. Toulouse a publié des expériences extrêmement intéressantes sur l'eirct excitant des injections sous-cutanées d oxygène. Le principe de ces rechorches me semble très séduisant, car il v a certainement dans les états de dépression une diminution de l'oxydation qui se manifeste quelquefois, comme nous l'avons constaté, par la diminution de la production de l'acide carbonique. Il est probable qu il y a là une indication fort importante pour les recherches futures.
Peut-être à l'imitation des thérapeutiques qui ont été avantageuses dans le traitement des tuberculoses, les médecins qui traitaient les névropathes ont été amenés à essayer les médications recalcifiantes. F>lles me semblent présenter un grand intérêt et depuis quehjue temps j'essaye de soumettre un ceitain nombre de ces malades à des régimes analogues à ceux que M. Kerrier proposait pour les tuberculeux. 11 faut pienilie dans ce cas des précautions alimentaires pour éviter la décalcification et faire absorber aux malades (]uel(jues préparations phosphatées etcalciques. Les résultats obtenus en quelques mois dans i3 cas ftie semblent encourageants et cette thérapeutique me parait agir à la fois sur l'agitation et sur la dépression. D'ailleurs les préparations à base de phosjdiate de chaux, de glycéro-phosphato de chaux, dhvpophosphite de chaux et surtout les préparations il base de magnésie, sont utilisées, depuis longtemps avec avantage dans le traitement des névropathes. Dans un certain nombre de cas les |)répai'ati()ns à base de chlorure de calcium m ont semblé particulièrement utiles, surtout chez les mahules (jui piésontcnt des troubles de la ciiculation.
Le médicament (|ui semble avoir aujourd'hui le plus de vogue pour déterminer l'excitation semble être le suliale de strychnine. Depuis longtemps ce médicament était utilisé dans la plupart des troubles neiveux. (>uel(|ues auteurs l'ont déjà employé avec" succès dans le traitement tles dipsomanes pour remplacer l'alcool'. ^L Ilartenberg. dans son étude sur le traitement de la
I. Tiilvinskv. l'opolT, Jrjiilcmrnt do la (lipMtinanir, Wrnlfrli, igij.
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neurasthénie, iyi2, a proposé de modifier et d'étendre leniploi de ce médicament. Il montre que Ion peut sans danger augmenter la dose employée et<|ue ces doses plus élevées constituent un véritable tonique nerveux. Tandis que l'on se bornait avec une prudence exagérée à des doses de un ou de deux milligrammes par jour, il croit que l'on |)eut monter jusqu'à i5 ou 20 milligrammes soit en injections, soit par la bouche. Ces doses élevées peuvent déterminer un peu d ivresse, un peu de raideur des mâchoires ou des jambes pendant une demi-heure, mais ces troubles fort passagers et sans importance sont suivis d un grand bien-être et le relèvement de l'activité serait obtenu asacz régulièrement par celte médication. Récemment, M. Martinet signalait aussi la strychnine comme un médicament capable ii la dose de 2 à 6 milligrammes par jour de relever la tension sanguine. souvent fort basse chez les névropathes.
Depuis bien des années j'utilisais la strychnine en injections sous-cutanées aux doses moyennes de 3 à G milligrammes : depuis ces nouvelles études j'ai essayé d'augmenter ces doses et de constater les effets de ce traitement sur un certain nombre de malades. Quelques-uns ont mal supporté l'augmentation : il est difficile de dépasser '\ milligiammes chez Wkx., h. 29, les petits vertiges qu il éprouve l'eflrayent et cette peur augmente ses phobies. 11 en est de même chez une jeune fille de 26 ans, Kx., chez qui on déterminerait des troubles en continuant. Mais ces deux cas sont plutôt exce|)tionnels, car la plupart des sujets peuvent monter jusqu'il i .') ou 1 (i milligrammes pai' la bouche, juscju'à 10 ou 12 en injections, sans troubles bien appréciables. Quelques-uns arrivent même jusqu'il 20 milligrammes par la bouche sans se plaindre. .Vu d<'lii de ces doses, si on dépasse la susceptibilité individuelle, il y a des vertiges, des raideurs, des peurs, qui durent peu, une demi-heure ii trois quarts d'heure dans mon observation. J'ai également constaté, surtout dans deux cas, que ces troubles sont suivis il'uu sentiment d'eupiiorie et d'un relèvement manifeste de la tension f|ui peut durer plusieurs heuies. il y a lii certainement quchpie chose d'analogue \\ ce que produit le vin de Chan)[>agne ou l'alcool et il est probable (]uo si cette influence était plus connu** on constaterait des phénomèiies de strychnituunanie, comme d«'s phénomènes d'alcoolomanie. Plusieurs malades (jui ont <-oiilinu«'* w traitement ont présenté une amélioration manifeste et iliirable, iiciis il est o-itain (ine la
LES ACQUISITIONS l'SYCIIOLOGIQLES
strychnine n'agissait pas seule. Ces expériences sont cependant encourafreantes et montrent que nous avons dans la strychnine un inéiiicanient précieux à ajouter à ceux que les appéfils des malades avaient déjà découverts, pour déterminer dans des conditions qui ont besoin d'être précisées une excitation utile.
Plusieurs de ces médicaments, le cacodylatc de soude, les glycérophosphates, la strychnine, sont employés en injections hypodermiques qui ont l'avantage d'épargner les organes digestils et d'assurer une assimilation plus complète. M. Jules Chéron, autrefois, puis M. de Fleury attribuèrent à ces injections une action propre, particulièrement excitante. Plusieurs sérums artificiels furent proposés pour utiliser cette action excitante des injections hypodermiques. Cette action semble réelle au moins chez certaines personnes, mais elle est certainement faible et de peu d'importance. Dans ce cas l'excitation était rattachée à une irritation physique des terminaisons nerveuses. Cette interprétation nous montre que des actions physiques et non piopremenl chimiques peuvent jouer ici un rôle intéiessant.
On a autrefois attribué une grande importance à l'hydrothérapie dans le traitement des névropathes : le saisissement causé par l'eau froide excitait le lonctionnement du système nerveux. « L'eau froide, disait M. Marro dans son livre sur la puberté, habitue le corps à réagir promptenient et cette habitude ne modifie pas seulement la circulalion périphérique mais aussi l'état mental, c'est le meilleur traitement de la peur. » Cela est souvent (bit juste et j ai constaté fréquemment des changements notables dans l'état de certains déprimés après une douche froide: des douteurs en particuliers (jui s'interrogeaient constamment sur leur personnalité et (|ui demandaient sans cesse : « Kst-ce moi (lui sens ? Kst ce moi (|ui entends? » ne conservaient pas le moindre doute sur la personne qui sentait la douche froide. Malheuieusement, au moins ilans les cas (|uo j'ai <»bservés, cette excitation me semble peu durable et lré(|uemment suivie par une dépression en rapport avec la fatigue. Jl faut se méfier de la laligm; délerminée jiar Ihvdrolhérapic froide, (juand la réiicliou n'est pas très ra|)i(le et très l'acile. Les douches chaudes, les douches plus ou moins mélangées n'ont pas les mômes inconvénients, .l'ai observé de bons elVets des douches locales dans des troubles (le la sensibilité ou du mouvement, en particulier à la
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suite des injections vaginales chaudes et prolongées, dites de Luxeuil, chez les femmes qui présentent des troubles de la menstruation. Les bains tièdes très prolongés ont une influence bien connue dans les états d'agitation : ils ont souvent permis de calmer et de contenir des malades mieux que tout autre procédé. On a autrefois abusé de l'hvdrothérapie, il ne faudrait pas aujourd'hui par une réaction exagérée en méconnaître la valeur.
On a également fondé de grands espoirs sur les traitements électriques des névropathes : il est bien vi'aisemblable, en elVet, que de tels traitements doivent avoir une action puissante sur le fonctionnement du svstème nerveux. Les belles expériences de M. Leduc, sur le sommeil électrique, montrent que le courant électrique peut modifier [)rofondément cette activité. On a présenté beaucoup d observations intéressantes sur l'action calmante ou excitante des courants, ou de l'électricité statique sur les névropathes. J'ai moi-même constaté des faits fort intéressants, mais je crains encore que la suggestion, l'émotion, plus grandes dans ces traiteaients que dans tous les autres, ne jouent un certain r(\le dans les modifications constatées. Il est bien probable que l'électricité sera plus tard un des grands agents modificateurs et surtout excitants de ces malades, mais il me semble n être encore aujourd'hui ({u'iin adjuvant très utile de leur traitement.
Plusieurs auteurs à la suite de Charcot, comme Bardet. Gilles de la Tourclte, Laifrantre, Peterson'. étaient disposés ii attacher une certaine importance à un traitement qui utiliserait l'influence des vibrations comme le massage vibratoire et citent des modifications heuieuses de certains névropathes obtenues par ces procédés. Je m'étais intéressé autrefois k ces traitements et je rêvais de les perfectionner en faisant varier la vitesse des vibrations et en adaptant ces vitesses à l'état du malade. J'ai même lait construire c|uel(jues appareils de ce genre. Les résultats ne m'ont pas paru sulHsants pour continuer des recherches dilllciles dans cette dirrction : nous sommes encoie trop loin des connaissances précises qui seraient nécessaires sur la vitesse de certains processus psvchologi(jucs élémentaires. Le massage vibratoire rend plus facile le traitement de certains spasmes et de certaines contractures, surtout abdominales, il peut aussi, comme le disait }>\. Dubois (de Saujon), lorsqu'il est applifjuc sur la tête engour-
I. Charcot, Semninr mëdirale, anjiiillol 189a; Lagraiigo, MéennoUiérapie. p. ^Sa ; |'i'tfT»on. Mriliral news jaiiv. 1898.
dir un peu le malade, absoiber son attention et le préparer ii reccvoli' plus fiicilcmont ecitaines suggestions : il est dillicile d'aller plus loin. La lumière, les climats, les altitudes, doivent avoi)' aussi une certaine action, mais couime les études psychologiques précises sur ces divers points font encore défaut, il est diflTicile d'utiliser ces actions avec précision.
Ces études trop rapides et bien incomplètes des diverses médications psycho-physiologiques qui peuvent jouer un rôle dans le traitement des troubles nerveux et mentaux avaient simplement pour objet de montrer que la psychothérapie ne doit pas se désintéresser de ces traitements, mais qu'elle doit au contraire les considérer comme des armes fort importantes dont elle a grand besoin. 11 faut simplement regretter que les études sur les traitements des troubles vaso-moteurs, sur les modifications des glandes à sécrétion interne, sur les diverses ivresses, soient encore si peu avancées Quand ces études auront fait des progrès, la psychothérapie en tirera de précieux avantages.
CIIAPIÏKE V LA DIKECTION .\[OR\I.E
Toutes les méthodes particulières de psychothérapie que nous venons d'étudier sous le nom de sufifcestion, de désinfection morale, de repos, d'isolement, de rééducation, dexcitation ont été extraites lune après 1 autre de ces méthodes générales de traitement religieux et moralisateur dont on a vu l'importance dans la premièi-e partie de cet ouvrage. Pent-on-dire que ces méthodes de traitement aient épuisé toute l'influence thérapeutique contenue dans les anciennes moralisations? Est-ce que celles-ci ne contiennent pas encore un résidu mal analysé, une influence thérapeutique non sans importance que nous n'avons pas encore isolée ? Peut-être est-il possible de taire une place à celte dernière action particulière en étudiant la direction morale des malades.