‹ Les médications psychologiques (volume 2)Chapitre 75 sur 118 · I. Op. cit.. p. '|5i · texte numérisé non relu

I. Op. cit.. p. '|5i

LA DIRECTION MORALE 39i»

puisque je puis vous les confier constamment ; il me suffit de penser à vous pour me rentir rassuré... Je me sens en confiance les jours suivants, j'ai tellement besoin dètre accompagné par quelqu'un. Vous dominez toutes mes pensées, il me semble que vous m'observez constamment, de temps en temps vous me grondez, cela me fait plaisir et cela m'agace, car en somme, vous me faites aller comme un petit chien... Quand je suis loin, j'ai tellement peui- de faire quelque chose qui vous déplaise, c'est encore une manière de me sentir près de vous et cela fait de moi une perfection... Confier tout mon être ii un autre être, Dieu, homme ou femme, si supérieur à moi que je n'aie plus besoin de me conduire dans la vie, trouver quelqu'un qui se donne la peine de me faire vivre, cela a toujours été mon rêve ; j'ai trouvé à l'hôpital ce qu'il me fallait et ce que j'emporte avec moi, une règle, une domination... J'avais tant besoin d être tenue captive et je le suis constamment. » Les dix malades qui me fournissent ces expressions sont choisis entre cent autres du même genre, car cette manière de parler est extrêmement fréquente à une certaine période" du traitement, on pourrait presque dire qu'elle est caracléristi(|ue de la maladie et d une certaine' évolution de la maladie.

Non seulement les malades emploient à l'égard du directeur les expressions précédentes, mais ils ont une conduite et une manière de penser à son égard qui est particulière. Ils veulent le mêler à toutes les actions de leur vie, et par conséquent lui racontent tout, ou bien, comme faisait Nadia, lui écrivent plusieurs fois par jour tout ce qu'ils font, tout ce qu'on leur a dit. Ils en arrivent u vous raconter "en grands détails toutes les histoires de tous les membres de leur famille ou de leurs amis avec une indisoélion remarquable. Noémi fait mieux encore, elle veut me mrier non seulement à sa vie présente, mais encore il sa vie passée et elle imagine des combinaisons romanesques pour établir que j'ai joué un rùle considciable dans tous les événements de sa vie, même Ix des époques oii elle ne me connaissait pas du tout. Ce fait curieux est a mettre en parallèle avec '( le délire rétrospectif des persécutés » et il |)cut aider ;i l'interpréter.

Il ne faut pas trop se fier ii ces beaux sentiments ; ils sont aussi fragiles qu'ils sont exagérés. Au bout ib> [)eu de tt-mp», nous Ir savons, la scèn** rliauge; iust'iisiblrmenl on bru^quenit'iit,

à la suite de quelques sentiments bizarres, « celui du nuage qui descend, des fils qui se cassent dans la tête avec un bruit de verre qui tombe », les malades retombent plus ou moins dans leur dépression. A ce moment les sentiments qu'ils éprouvent pour leur directeur changent complètement de nature. Il n'y a plus dans leurs lettres aucune manifestation d'affection ou de reconnaissance, il n'y a plus que des gémissements et des reproches. Us expriment surtout des réclamations, ils demandent, ils exigent (|u on s'occupe d'eux de nouveau, car ils attendent avec plus ou moins de confiance la même action réconfortante : « J'ai de nouveau besoin de causer avec vous, peut-être me ferez-vous un peu de bien, quoique je ne croie plus guère aux médecins, pas plus qu'aux confesseurs... J'ai encore besoin de vous revoir, car je suis comme la locomotive qui a^ besoin de charbon, il faut m'en remettre... J'ai de nouveau besoin d'un appui, d'un soutien, d'une main qui me conduise; j'ai eu un moment l'illusion que vous me teniez ferme, mais vous lie me teniez que par un cheveu, (^est vraiment peu habile de votre part, quand on veut sauver une personne (jui se noie, de ne la tenir {]ue par un cheveu... Il faut me tenir mieux et me reprendre, poui(juoi m avez-vous rendu celte liberté qui m'efTraye et dont je ne sais que faire... Ce n'est plus votre présence (jue je sens auprès de moi, mais de nouveau celle du démon, vous devriez bien essayer de le chasser. »

Ces malades Ji'onl plus rien de l'enthousiasme précédent; ils sont à la fois tourmentés par le besoin de se confier de nouveau et agacés par l'ennui de cette humiliation ; ils désirent voir leur directeur et ils sont mécontents de ce désir. C'est-à-dire qu'à propos de cet acte particulier ils retombent dans leurs indécisions, dans leurs contradictions ordinaires : « J'ai toujours besoin d'être remonté par (juclqu'un et cela m'exaspère. Je veux que l'on s'occupe de moi, (|ue l'on s'intéresse à moi, et je me trouve si inlerieur et si puéril que si je voyais mon double je le détesterais ; comment demander à quelqu'un de s'intéresser à un être semblable ? » C'est ce qui leur donne quand ils reviennent cet aspect froid et désagréable, qui semble si bizarre après les expressions enthousiasmes des jours précédents.. Il faut alors refaire le môme travail et chez eux aussi comme chez les hystériques qui présentent les phénomènes de l'iesthésiogénie, le cycle recommence.

I,a succession des sentiments (jue ces malades présentent vis-

à-vis de leur directeur est vraiment tout à fait identique à celle que nous venons de décrire chez des hystériques transformées périodiquement par l'iesthésiogénie. Il n'est pas nécessaire d'insister pour montrer l'analogie de ces sentiments observés au cours des traitements parla suggestion ou l'excitation avec ceux que nous venons de constater dans les directions accidentelles et dans les impulsions à la rechecche de la direction. Il s'agit toujours de 1 influence exercée par une personne déterminée. Tantôt cette influence est réelle et active et le sujet en ressent les bons effets, tantôt cette influence ne s'exerce ])his et le sujet qui en regrette les bienfaits la recherche avec passion.

5. I>TERritl':TATIO>- PSYClIOI.OGIOUr: DES PHKNOMKNF.S D I>FLUF.>CE.

L'interprétation psychologique de ces phénomènes d'influence a déjà été présentée d'une manière assez complète dans ma précédente étude : il suffit d'en résumer les conclusions pour insister sur certains points qui me semblent aujourd'hui méritei- plus d'attention.

11 est évident qu'il s'agit là de phénomènes psvchologiques assez complexes dans lesquels interviennent de nombreux facteurs. On a souvent fait remarquer qu'il est juste de reconnaître ici un certain rôle à la suggestion ou à des phénomènes analogues : bien entendu, je donne toujours au mot a suggestion » le ^ens précis qui a été adopté précédemment et je n'entends pas par là un phénomène psychologique quelconque, ce (|ui n'aurait aucun intérêt. On ne peut nier que tel ou tel phénomène (le l'électivité présenté pur certains somnambules ne soient en lapport avec des suggestions plus ou moins involontaires et maladi'oites du médecin ou des idées conçues spontain'ment par le sujet (jui se compoiient comme des suggesticms en raison du terrain spécial sur lecjuel elles se développent. Les individus hypnotisés sont naturellement disposés en raison des modifications qu'ils ressentent et de leur disposition au l'étrécissement du champ de la conscience à acc<»rder une attention exclusive à leur hypnotiseur et à tout ce (|ui à tort ou ii raison jiaralt dépendre de lui'. C'est lit le fait essentiel et il est facile de comprendre

I. Automntisine inycholftgiijite. p. a83 ; Iiinii<Mici> soinii.iml)uli<|iio pI bi'»<tin dn direitioii. \évriisc-t ri itlérs Jixn, tHijH, I, p. i i 'i

i\:*ET. — .\c(jui-.. (ovili. III — jG

qu'il peut donner lieu à des idées ou à des suggestions variées. Les attitudes résultant de ces suggestions se reproduisent plus ou moins complètement pendant la veille, peuvent jouer un rôle dans les phénomènes de la période d'influence et même dans (juelques-uns des phénomènes de la période de passion somnambulique.

Les relations entre la suggestion et l'influence sont encore plus intéressantes si on considère non les phénomènes mêmes de la suggestion mais la suggestibilité, c'est-à-dire la disposition à présenter de tels phénomènes. Il est manifeste que la suggestibilité vis-à-vis d'un individu déterminé est beaucoup plus considérable pendant les périodes d'influence, qu'elles soient accidentelles ou volontairement déterminées et qu'elle diminue pendant les périodes de besoin ou de passion somnambulique pour réapparaître quand l'influence se manifeste de nouveau. J'ai fait à ce propos des expériences sur la durée des suggestions après une hypnose et j'ai constaté dans un certain nombre de cas que cette durée est approximativement la même que celle de la période d'influence '.

11 y a donc des relations étroites entre les deux phénomènes, mais il ne faut pas en conclure à leur identité. En effet les phénomènes d'influence sont i)ien plus étendus que ceux de la suggestion et même que la suggestibilité. Ils se rencontrent chez des sujets qui n'ont eu manifestement auparavant aucune idée relative à des phénomènes de ce genre. Ils existent chez des malades, en particulier chez des psychasténiques, qui ne sont guère suggestibles et chez qui on ne parvient pas à constater la réalisation automatique des idées, car ils présentent bien plutôt une énorme dilliculté à réaliser les idées. Enfin il y a dans l'influence bien des phénomènes dépassant les suggestions qui ont pu être faites. 11 y a même des choses qui sont en opposition avec les suggestions réellement faites, en particulier la durée limitée de l'influence. Nous avons toujours suggéré au malade de guérir définitivement et la rechute régulière est un fait contre lequel se heurte la suggestion, bien loin (|u'elle le détermine. Enfin dans ce cas comme- dans tous les autres la suggestion ne s'expli(|ue pas elle-même. Pourquoi ces sujets sont-ils tellement suggestibles pendant une période particulière

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