I. < >ij. cit., i>. 44j, i'Ii
',((i LF? ACOUIsmONS PSYCHOLOOIOUES
les impulsions h la recherche de l'excitation : elles peuvent d'autant mieux intervenir ici que la recherche de l'excitation tient une grande place dans la recherche de l'influence'. Ce mélange d'ailleurs n'a rien de surprenant, car l'amour sexuel est un des sentiments les plus profonds et les plus actifs qui se mêle facilement à la plupart des actions humaines.
Mais faut-il en conclure que les phénomènes d'influence sont ainsi expliqués d'une façon complète et qu'ils ne contiennent aucun autre fait psychologique? Cela me paraît fort exagéré. Dans beaucoup de cas. les sentiments déterminés par l'influence n'aboutissent ni à des désirs, ni à des actes qui soient proprement sexuels : le sujet qui réclame des ordres pour ne pas avoir à prendre lui-même une décision, qui réclame même des compliments pour échapper un peu h la honte de lui-même, ne doit pas être immédiatement confondu avec les érotomanes qui n'ont que le désir précis de lacté sexuel proprement dit. D'autre part, j'ai fait observer autrefois que' chez certains de ces sujets on peut observer la coexistence des besoins de direction vis-à-vis d'une certaine personne et des désirs amoureux vis-à-vis d'une autre : j ai décrit autrefois des malades qui calculaient avec autant de soin leurs séances de traitement d'un côté et leurs rendezvous amoureux de l'autre, sans jamais les confondre. Cela prouve au moins que leur esprit établit une différence entre les deux phénomènes psychologiques. Enfin j'ajouterai que l'évolution bizarre de ces phénomènes d'influence ne se retrouve guère dans les sentiments amoureux qui n'apparaissent pas régulièifnient à heure dite pour disparaître régulièrement après une péi'iode aussi courte et aussi déterminée-. Aussi ces sentiments nie paraissent-ils dans leur onsomblo distincts des sentiments amoureux proprement dits et je serais disposé à dire ici conmu' précédemment que les phénomènes d'influence sont plus généraux que les sentiments d'amour proprement dit, que loin d'eii dépendre complètement ils les contiennent plutôt comme une de leurs variétés.
11 faut se défier dos interprétations exclusives et aux phénomènes précédents de la suggestion et de l'amour il faut ajouter bien
I. ]-U<il meiiliil dfs liyslèri'iiirs. iSij!!, I, p. lôij. u. Iniliiicc s'iinnambuiiqiH', op. <-//.. p. 4Ô7.
LA DIRECTION MORAI.K 4n:i
d'autres faits qui tous ont une action sur les dépressions pénibles des névropathes et qui ont donné lieu aux diflerentes méthodes de traitement étudiées dans les chapitres précédents. Dans ces appels à l'influence d'une personne nous voyons souvent un désir naturel dfe ces traitements par le repos, par la simplification de la vie, par l'excitation dont nous avons déjà constaté l'importance.
I^e malade est un individu fatigué, épuisé, qui a le besoin le plus urgent de se reposer et d'économiser ses forces ; mais il ne sait passe reposer et il se laisse entraîner à faire continuellement ce qui l'épuisé le plus. Ses idées obsédantes qui sont « comme des vrilles dans la tète », ses répétitions, les pactes qu'il s'impose, ses doutes, ses interrogations, ses efTorts désespérés autant qu'inutiles entretiennent et augmentent sans cesse son épuisement : « Je m'épouvante en me représentant des travaux énormes que je n'aurai certainement pas à faire ; j'ai peur des gens que je rencontre et je cherche ce cju'ils me demanderont de faire ; je me tracasse d'avance et j'essaye constamment de faire une foule- de choses que personne ne me réclame : c'est là ce qui me fatigue et me déprime. Je passe mon tem[)s à m'iniposer des servitudes coûteuses... n Le malade est accroché à quelque petit problème que la vie a soulevé, il reste indéfiniment devant la même action que non seulement il n'arrive pas à faire mais encore qu'il s'épuise à essayer de faire, il pousse indéfiniment contre un mur. La vie réelle dans laquelle il est plongé présente des situations complexes ou qu'il croit complexes : il veut réunir tous les renseignements, discuter les divers motifs d'action, il s embrouille, il hésite, il n'arrive ni à conclure, ni à vouloir et recommence indéfiniment la même délibération sans [)ou\oii- ni faire l'action ni renoncer à l'action : « Je ne puis fianchir le seuil de cette maison ni m'en éloigner. » Quand la vie est simple, ils la compliquent eux-mêmes par leurs impulsions à la domination, à la taquinerie, au dénigrement, à la recherche folle de l'amour, à des aventures dangereuses qui troublent leur milieu social. Ces perpétuelles tentatives et ces ofl'orts de toute esp«'ce déterminent une porpétuclle dépense de forces, quaml il Ifuicii reste si peu.
La séance de traitement, (|uello ([u'clif soit, (ju'il s'agisse d'hypnotisme, de suggestion, dr dissociation drs idées, de simplification de la vie, tréducalioii supprimr (MiormcnM'nl de ces
efforts et de ces dépenses. Des obsessions, des manies, des tics, sont arrêtés, des actes sont simplifiés, des résolutions sont prises, des situations sont liquidées, des délibérations interminables sont terminées par une résolution simple. Le travail a été fait par une autre, sans doute, mais il a été fait et les efforts sont arrêtés. Le malade a appris à faire des actes pratiques qui économisent des accrochages, des phobies, des angoisses, il apprend une conduite économique, il découvre l'art de se reposer. D'ailleurs les principales dépenses pour les journées prochaines sont économisées par les ordres qui règlent minutieusement l'emploi de son temps et évitent le travail des décisions à prendre à chaque moment' : les économies sont manifestes et elles ont été faites grâce à la séance de direction.
Cela est si vrai que le simple traitement par le repos au lit n'est vraiment elficace, ne peut même être appliqué correctement que grâce à l'action constante du médecin et des gardes. C'est la visite régulière du médecin qui permet au malade de rester à peu près tranquille dans son lit et qui peu à peu l'amène à prendre les attitudes du repos. Les autres traitements par la gymnastique, par l'éducation, par les procédés physiologiques eux-mêmes ne peuvent pas être appliques à des névropathes sans volonté comme à des malades oïdinaires : ces sujets incapables d'accepter et surtout de continuer quelque temps une action un peu désagréable ne peuvent pas faire les exercices, ni suivre les régimes, ni même jirendre régulièrement un médicament. Seule l'action régulière du directeur peut obtenir une certaine suite dans une thérapeutique quelconque.
Dans d'autres cas le malade se sent incomplet, impuissant, mécontent de lui-même parce que tous ses actes sont incomplets, inachevés, sans unité et sans joie. A la suite des paroles qu'on a l'éussi à leur faire prononcer, des efforts d'attention, des éveils d'activités anciennes appelées à la rescousse, des succès réels qu'on leur a fait obtenir, des compliments qu'ils ont mérités et dont ils ont senti la valeur, ils sentent en eux-mêmes pendant quelque temps une activité plue grande, ils retrouvent auprès d'une personne (jui a su les exciter à propos la confiance en euxmêmes et la joie de vivre : « Il me fallait un démêloir ])oiir débrouiller mes idées, je commence à m'y reconnaître..., mon