I . Op. cil
cerveau qui n'était pas à moi finit par m appartenir. . . Il n'y a que l'émotion qui me fasse marcher et je ne sentais plus rien, du moment que je pleure de nouveau, je vais redevenir quelqu'un... »
Est-ce que tout cela ne sudlt pas pour que le malade s'attache à la personne qui lui a rendu ces services^ qu'il en conserve jalousement la pensée, qu'il s'appuie incessamment sur son souvenir. C'est pour cela qu'il se sent « accompagné, surveillé, » pendant la période où ce relèvement de l'esprit se maintient. Le sentiment de (( présence » chez les névropathes aussi bien que chez les mystiques dépend de certaines attitudes qu'ils sentent se développer en eux. Une des lois les plus importantes de la conduite sociale, c'est que nous n'agissons pas de la même manière, nous ne nous tenons pas de la même manière, quand nous sommes seuls et quand nous sommes en présence de nos semblables ; c'est que nous n'avons pas non plus la même attitude, la même conduite devant des personnes différentes ; c'est qu'enfin nous sommes capables d'avoir des attitudes spéciales, nettement distinctes les unes des autres, devant certaines personnes déterminées. Ces différences de conduite sont l'origine de toutes nos distinctions des personnes et donnent un sens aux noms propres. •Les malades ont pris devant leur directeur une attitude spéciale assez complexe qui est, entre autres choses, celle de l'obéissance, de la sécurité, du réconfort, de l'excitation, du « être compris », etc.. Quand après la séance, même après le départ du directeur, le sujet constate de nouveau en lui-même cette même attitude très spéciale, quand il se retrouve tel qu il était devant son directeur, il devrait dire : « je me sens comme si j'étais on sa présence ». Mais il oublie le « comme si n et dans son enthousiasme il a le sentiment complet de présence et même, dans des cas où la croyance est tout à fait dépourvue de critique, il a l'hallucination plus ou moins complète auditive et visuelle delà présence de son directeur. H est trop évident que les mêmes réflexions cxpli- (jueraient très facilement le sentiment de présence divine des mystiques réconfortés par l'idée de l'assistance divine.
Quand a la suite d'épuisements ou d'émotions ou de la simple évolution du temps, la tension psychologifjur s'abaisse de nouveau et (jue les troubles précédents réapparaissent, ces atfitudrs se modifient complèten^ent : le sujet de nouveau aboulique, douteur. iiicapablf d'agir et de croire, n'a plus aucune raison pour
se sentir accompagné, puisqu'il ne se sent plus « tel qu'il était devant le directeur » et il répète, comme. Bs. après le départ de sa maîtresse : « Ce qui me désespère, c'est que personne ne s'occupe de moi, ne me dit : où vas-tu? Que fais-tu?... je me sens si seul. » Tous ces malades disent de m^me : « Une émotion quelconque et crac vous êtes parti ; vous êtes disparu tout d'un coup et je me suis trouvé seul et désespéré'. » A tous les troubles de la volonté, de l'attention, de la mémoire, quelquefois de la sensibilité, s'ajoutent le regret et l'évocation perpétuelle de la personne qui autrefois les dirigeait et les remontait.
Le regret consiste dans lactivation incomplète d'une tendance qui s'éveille à chaque instant, qui s'élève jusqu'au stade du désir et de l'effort et qui est refoulée par la pensée de la disparition de son objet. Le psychasténique dans la période d'influence mêlait la pensée de son directeur à toutes ses actions, il essaye maintenant de les recommencer en y mêlant comme il le faisait précédemment la pensée de son directeur." Mais il est obligé de les refouler dès que le désir se précise, puisque la disparition du directeur ne permet plus de les exécuter de la même façon. Ces recommencements et ces refoulements perpétuels déterminent une grande dépense de forces, un épuisement et une dépression de plus en plus grande qui caractérisent la période de passion somnambulique et la période du « besoin d'être aimé ».
VjU un mot, les personnes qui entourent le malade sont capables d'agir sur son état mental pour déterminer du repos ou de-l'excitation et comme le malade a grand besoin de l'un et de l'autre, comme il a des impulsions à les rechercher par tous les movens j)ossibles, il a également des sentiments et des impulsions particulières vis-à-vis de ces personnes qui ont ])u momentanément lui procurer le repos et l'excitation cl (|ui dans son imagination le peuvent encore.
Les études |)récédenles, que j'avais déjà présentées autrefois à peu près de la même manière, me semblent aujourd'hui laisser dans rond)re un point important, le rùle do la personne même du directeur. Les réflexions précédentes nous expliquent bien |)ourqu()i une séance de psvchothérapie a rendu service au malade et pourquoi, quand il retombe, il désire ardemment une