Les difficultés de l éducation
Ces réflexions permettent de comprendre les difficultés que présentent les applications de ces méthodes d'éducation aux troubles des névropathes.
Il est facile de constater que, laissé seul, livré à lui-même, le malade n'arrive pas à s'éduquer, il reste aussi maladroit dans les mêmes circonstances, il n'acquiert pas les tendances (jui devraient répondre correctement et automatiquement; il ne parvient même pas à se rééduquer, quand il a perdu une tendance qu'il possédait autrefois dune manière plus ou moins incomplète d'ailleurs; il ne sait plus la retrouver et la fixer de nouveau d'une manière plus solide. Pourquoi en est-il ainsi? Pour deux raisons, d abord le malade ne se rend pas compte exactement de la nature de ses troubles et de la nature de l'acte qui lui fait défaut. Il est très difficile de comprendre que tous les troubles névropathiques sont dus il l'insulfisance de quelque action et de préciser quelle est cette action insuffisante : le malade en est bien incapable. Même s'il arrivait ii constater en lui-même celte lacune il ne sait comment s y prendre pour v remédier, il ne sait pas le mécanisme de l'action qu'il cherche ii acquérir, il ne sait pas la décomposer en ses éléments, ni répéter isidément les mouvements utiles, ni éliminer les inutiles, ni faire l'action avec cette tension ijui lixe la tendance. 11 en est réduit à la méthode d'acquisition par ai^itation incoordonnée qui ne peut aboutiià un résultat qu a\«H' un lemps énorme, une dépense de forces considérable et de jfrands efforts d'attention pour saisir et arrêter au passaj^e les moindres ar(|uisitions utiles et les conserver. En second lieu, ce travail demanderait une dépense de forces considérablr et uin- grande persévérance : or il ne dispose pas de ces forces considérables et encore moins de cette persévérance. Il est incapable des efl'oris (|ui demandent une haut»- tension psvchoh>gique et surtout iiica|)able df h's pr<»lon;.;fr [x-ndant longtemps. .Vussi si* bonn'-l-ll li' plus
souvent;! des ciïorls moinentai!és d'agitation (|ui l'épuisent encore plus sans aucun résultat utile.
Cette éducation n'est possiljJe que grâce à l'aide d'un maître qui montre exactement l'acte qui doit être acquis, et en dirigeant lapprentissage diminue les dépenses nécessaires. Mais le maître qui est ici le médecin, peiit-il complètement supprimer les difficultés précédentes? Cela me parait fort douteux et il est probable que ces denx diUlcnllés vont être diminuées, mais vont subsister dans une larirc mesure. Examinons d'abord la première difficulte: le médecin qui doit jouer le rôle d'éducateur peut-il reconnaître exactement l'acte (|ui ("ait défaut au névropathe et est-il bien capable d'apprendre au sujet à faire cet acte correctement ? On commence à peine à soupçonner que les troubles névropathiques sont la conséquence indirecte des insulfisances d'action et que l'émotion n'est qu'une agitation par dérivation à la place d'un acte d'adaptation insulPisant. Le plus souvent il est très didlcile d'indicjuer avec quelque pjécision l'acte qui fait défaut et ([liant à l'analyse de cet acte on sait qu'elle est rudimentaire. L'éducation léussit bien quand il s'agit d'actes artificiels que les hommes ont inventés eux-mônies et dont ils connaissent assez bien le mécanisme. Un maître de ballet, qui a combiné une danse nouvelle en groupant des éléments empruntés à des danses anciennes, l'enseignera aisément. Ce qu'on enseigne à des enlants normaux ce sont presque uniquement des choses de ce genre, des sciences et des arts construits par des hommes et que les hommes comprennent bien. 11 est dangereux de rapprocher comme ou le fait souvent, l'éducation des malades névropathes de cette éducation des enfants dans les écoles, car l'enseignement n'a pas du tout le même objet. Il s'agit d'enseigner au malade non des arts inventés consciemment par les hommes, mais des actions naturelles, construites inconsciemment par les êtres vivants dans des âges très anciens avec des éléments que nous ignorons et des combinaisons que nous ne comprenons pas. Nous ne pouvons pas avoir la prétention de les enseigner comme ou enseigne la danse ou les mathématiques. On n'enseigne bien que ce que l'on sait très bien et comme nous savons très mal la psychologie (le la conduite, nous l'enseignerons très mal. Les sujets auront naturellement ii remédier à cet (Miseignement défectueux par une tension psychologicpie |)lus graiule et une plus grande dépense de forces.
Je voudrais prendre un exemple pour expliquer cette première difficulté des éducations de névropathes. Voici un cas qui rentre précisément dans une de ces maladies que l'on a proposé de traiter par une éducation en apparence très précise. Une femme de 39 ans, Gb., semble souffrir simplement de la crampe des écrivains. Dès qu'elle essaye d'écrire, ses doigts se serrent sur la plume, chevauchent les uns sur les autres, tout le bras se contracte. Il en résulte que la main appuie trop la plume, la brise sur le papier et que l'écriture à j)oino lisible dès les premiers mots devient vite impossible. Au premier abord, nous allons dire qu'il s'agit d'un trouble de la fonction de 1 écriture et qu il suffit de rééduquer les tendances relatives à 1 écriture. Nous allons suivant les règles indifjuées précédemment faire l'éducation des muscles de la main, développer la force des extenseurs, diminuer celle des fléchisseurs, etc. Cette malade a fait consciencieusement les exercices demandés pendant des mois, elle n'est arrivée à aucun résultat, si ce n'est qu'elle eat plus épuisée, plus déprimée et qu'elle a maintenant des sortes de crises de nerfs avec des doutes et des angoisses dès qu'elle essaye de touciier une plume. Kn présence de cet insuccès examinons davantage le trouble qu'elle présente et son développement.
Dès sa jeunesse cette personne était un jjeu différente des autres enfants : très sage et très scrupuleuse elle tenait à être toujours irréprochable et elle voulait obtenir partout un ordre et une propreté admirables. Ses parents se moquaient d'elle et la trouvaient meticuleuse.au point d'en être ridicule: on voulait l'empêcher de se lever à quatre heures du matin pour épousseter et ranger pendant des heures les quelques objets de sa petite chajnbre. Cette disposition au scrupule, cette recherche de la |)erfection se localisa, si on peut ainsi dire, dès l'âge de vingt ans sur un acte particulier, sur I écriture. Cette jeune fille peu instruite, chez (jui l'écriture n avait jamais été une. chose habituelle et courante, s'était prise de passion pour une belle écriture nette et propre. Qu'elle eût ii rédiger une petite lettre ou à inscrire les comptes du ménage, elle voulait que ce fût joli, d'une netteté irréprochable et elle y travaillait indéfiniment avec une sorte de vanité et de plaisir. (]e (|iii l'attiistait un j)eu, c'est que son écriture, (|uoi(|ue jolie, nftait jamais a s«tn gré assez, régulière. Il |)arait « (ju'il v av;iit toujours d»'s lettres plus hautes ou |)lus basses les unes que les autres et (jue les df'diés n'<'taient pas
32 LES ACOLISlXrONS PSYCHOLOGIQUES
bien égaux ». C'est pourquoi elle se donnaitbeaucoup de mal, elle s'ingéniait à placer sa plume sur le papier de différentes manières, etc. En un mot nous voyons apparaître depuis l'âge de 25 ans une manie du scrupule et de la perfection localisée sur l'écriture. Suivant une loi que nous avons souvent établie, l'acte qui est exécuté de cette manière devient de plus en plus- difficile et fragile. Or il y a quelques années un petit événement est survenu qui d'un cùté émotionna la malade et diminua sa tensioq et qui de 1 autre attira encore plus son attention sur 1 écriture et en augmenta la difficulté. On a Voiilu changer sa situation et lui donner les fonctions d une première ouvrière. Dans cette place elle est obligée d'inscrire sur un carnet les heures d'arrivée et le travail de ses compagnes. Quelle importance va prendre son écriture sur ce carnet olficiel ! Elle frémit en y songeant, elle examine sa pauvre écriture, elle s'épouvante à la pensée qu'il lui faudra écrire en public et alors rien ne marche plus. Ce n'est plus l'écriture inégale dont elle se plaignait, c'est une écriture sale, illisible, impossible.
.Après avoir étudié celte histoire nous sommes beaucoup plus embarrassés qu'au début : s agit-il réellement d un trouble de la lont'iion de l'écriture et pour guérir celle malade suffit-il de lui apprendre à écrire? Si les tentatives d'éducation de l'écriture n'ont eu qu'un mauvais résultat, c'est peut-être parce que l'éducation ne portait pas du tout sur le point essentiel. Le trouble de l'écriture n'est ici qu'une localisation accidentelle d'un tj-oul)le de l'action beaucoup plus profojid. S il est possible de transformer cette malade par l'éducation, il faut évidemment éducjuer autre chose (|ue l'extension de la main et malheureusement il n'est j)as facile d'indicjuer avec précision la nature delà tendance qui doit être rééduquée, ni la technique de celle éducation.
Les diificultés de ce genre se répètent à chaque instant : peul-(ni dire avec certitude qu'une hystérique paraplégique a perdu la fonction de la marche et sulfira-t-il de lui rapprendre la série des mouvements de la marche? Beaucoup d'études déjà anciennes ont montré que ce n'est pas exact: l'hystérique paraplégique possède acluellement fort bien la fonction de la marche, comme le muet hystérique la fonction de la parole et nous avons de la peine a dire exaclemenl en quoi consiste leur trouble. A propos du Iraitemcnl des tirs, nous avons décrit sous le nom de méthode de Brissaud un traitement qui consiste surtout à éduquer le sujet
à maintenir l'immobilité volontaire. C'est admettre implicitement que c'est cette fonction de l'immobilité volontaire qui est insuffisante chez le tiqueur. Est-ce bien démontré ".'' Est-il certain que tout individu normal, qui ne tique pas, possède une grande puissance d'immobilité volontaire : j'ai vu des enfants et même des adultes absolument incapables de conserver limmobilité pendant qu'on cherchait à les photographier et cependant ces personnes n'avaient aucun tic. Un individu incapable de se tenir au port d'armes ne devient pas Ibrcément un ticjueur. Il est bien probable qu'il y a en plus bien d'autres troubles chez l'individu qui tique. Aussi le traitement par l'éducation de l'immoliilité volontaire qui réussit quelquefois, sans que nous sachions bien pourquoi, échoue-t-il dans d'autres cas, probablement parce que nous -ne faisons pas porter la rééducation sur le point essentiel. •
Trop souvent des tics se prolongent malgré des efforts de rééducation qui semblent avoir été sérieux et suffisants. Av., f. 43, présente un torticolis spasmodique tvpique à la suite de préoccupations relatives à un courant d air. C'est une femme inquiète, agitée, évidemment hypocondriaque, elle fait cependant des efforts sincères, mais n'arrive après quatre mois à aucun résultat bien net. le, f. /j5, a déjà eu une première crise de torticolis spasmodique à l âge de 27 ans à la suite de fatigues et le tic s'est prolongé pendant huit ans malgré tous les traitements. La guérison qui s'est faite lentement a été complète pendant sept ans. Mais actuellement, probablement à l'occasion de la ménopause, le tic a réapparu complètement depuis trois ans. Tous les efforts de gymnastique et de rééducation, exécutés consciencieusement et avec ténacité pendant deux mois et demi semblent avoir diminué un peu le tic, mais ne seniblciit pas le modifier sécieusement.
Quand nous voulons dépasser maintenant ces tics et ces crampes, quand nous nous trouvons en présence des agoraphobies, des phobies de toutes espèces, des perversions génitales, des obsessions, des délires, allons-nous prétendre que nous connaissons exactement la tendance qui est troublée et que nous avons à réédu(juer ".'' Peut-on soutenir sérieusement que c'est la fonction de l:i parole (jui est troublée chez !<• timide. 011 ceiir de la in;irrl)c qui est altérée chez lagoraphobe .' Ht (jiiand il s'agit d'un dt-lirc, sullit-il de dire qu il y a une altération de I attention .' Mais les |i8V(-liologues d'aujourd'hui ne savenf plus tre> birn si l'attention Ja.nkt. — .\cqiiis. |)»rcti. 111 — 3
est une fonction spéciale, si même il existe une opération qui corresponde à l'ensemble des faits grossièrement rangés sous, le nom d'attention, il v en a même qui veulent supprimer ce mot « attention » du vocabulaire psychologique. Les médecins vont-ils pouvoir rééduquer cette attention sur laquelle nous savonssi peu de chose ? Ivos insuccès thérapeutiques ne doivent pas nous surprendre.
Il est vrai cependant que ces réflexions ne sont pas absolument décourageantes: elles nous montrent que les insuccès de l'éducation ne viennent pas de la faiblesse du procédé, mais de l'ignorance de l'opérateu!'. Une connaissance approft)ndie de la phvsiologie de la marche permet de mieux réédu(juer des tabétiques, des progrès de la science psychologique qui nous feront mieux connaître les tendances impliquée* dans les diverses conduites et leur mécanisme rendront plus tard léducation des névropathes plus facile et plus puissante.
Malheuieusonient nos recherches précédentes sur la nature de l'éducation nous font prévoir une autre dilFiculté bien plus grave. En admettant que nous sachions bien ce que nous voulons faire apprendre au malade, demandons -nous s'il va être capable de nous obéir et de lapprendre. Apprendre une chose nouvelle, cela suppose une surabondance de forces capable de créer de nouvelles combinaisons de mouvements, de se dépenser en essais, capable de sélectionner et de fixer. C'est là le fait des natures riches à forte tension psychologique, comme on les observe chez les enfants normaux. Un des grands caractères de l'abaissement de la tension psvchologique caractéristique de nos malades c'est la diminution et la suppression de cette force d acquisition, l'insuffisance des adaptations et des acquisitions nouvelles. Ce fait est bien manifeste dans l'amnésie continue de ces malades, dans leur incapacité à s'adapter à des situations nouvelles : « Je ne poux pas plus apprendre un morceau de vers nouveau tjue je ne puis m habituel- h mon appartement ou à ma femme. » Quand ils essayent de s'acclimater, de s'adapter à ces changements de situation, ils présentent des insullisances, des fatigues, des angoisses ou des obsessions de sacrilège. Et vous voulez précisément leur demander une adaptation de ce genre particulièrement dillicile, malgré toutes vos précautions pour la simplifier. Vous allez simplement les épuiser par des efforts inutiles, augmenter leur dépression et leurs agitations.
L observation vient trop souvent justifier ces craintes : si on considère les choses sans parti pris on est obligé de constater dans bien des casque des tentatives de rééducation, en apparence tout à fait rationnelles, ont fait au malade plus de mal que de bien. J'ai déjà fait à ce propos allusion aux dangers de l'éduca- -tion des tiqueurs. Il n'est pas toujours bon d'habituer pendant longtemps à des pratiques minutieuses de ce genre des malades dont on ne connaît pas bien l'état mental. Des hvpocondriaques, des scrupuleux transformeront facilement en tics et en manies les exercices qu'on leur fait faire : je l'ai constaté à plusieurs reprises. Un., h. 43, a commencé le traitement et les exercices stéréoscopiques de Javal pour guérir un strabisme congénital dont il s'avise un peu tard de se préoccuper. Le médecin lui a recommandé d'éviter la vision monoculaire et de tenir l'œil tranche fermé pendant quelque temps en ne l'ouvrant qu'au moment des exercices stéréoscopiques, quand il est capable de participer à une action binoculaire correcte. Depuis trois ans. Un., porte sur l'œil gauche un énorme bandeau en cuii; de sa fabrication, il prend des précautions invraisemblables pour empêcher la pénétration toujours possible d'un rayon lumineux dans l'œil gauche, il a des désordres énormes et des désespoirs (juand il se figure que ce malheur est arrivé. Quand il découvre cet (cil il se livre à des gymnastiques compliquées, puis il le referme immédiatement. En un mot il a créé des impulsions et même des délires à propos de son traitement par la rééducation. Il est évident que cela peut arriver à propos de tous les traitements, surtout quand ils ne sont pas sulfisamment dirigés par le médecin ; mais il était bon de remarquer que ce traitement gvmnastique n'est pas plus que les autres à J abri de ce danger.
Il faut également savoir que ce traitement demande souvent des. e (Forts sérieux et p<Mit imposer au malade une fatigue excessive^Les exercices que Ton impose ne sont pas aussi simples et aussi naturels qu'ils le paraissent, il n'estpas exact qu'un hoiumc normal possède toujours une disposition ii maintenir pendant longtemps une immobilité voulue, ou une tendance i» exécuter lentement des mouvements en les surveillant constamment : nous sommes loin de nous mouvoir ordinairement de cette façon. Il est souvent dilHcile d'appreiulre aux jeunes soldats à se tenir immobiles au port d'armes et c'est un exercice fatigant. Sans doute cette tendance sera utile au liqueur pour arrête)- ses m«»uveinents aii<iiin;ui\ , mais |i(iur 1 ae-
quérir il doit se mettre dans des conditions assez artificielles, il lui faut beaucoup d'efforts et une grande tension psychologique. Au^ssi n'est-il pas surprenant que des individus débiles s'épuisent dans ce travail. J'ai déjà sigjialé à ce propos l'observation si intéressante d'Emile : ce jeune homme de lô ans, scrupuleux, phobique, présentait des tics des yeux, du visage, des mains en rapport avec ses obsessions. On voulut le traiter par la simple rééducation des mouvements sans se préoccuper suffisamment de cet état mental et il se prêta consciencieusement à la tentative. Le résultat fut déplorable : le malade complètement épuisé eut des troubles digestifs, des crises d'entérite glaireuse avec fièvre, qui, d'ailleurs, surviennent chez lui après toutes les fatigues graves, et ensuite il présenta une dépression mentale beaucoup plus forte qui transforma en délire ses obsessions précédentes.
Si nous laissons de côté ces accidents évidemment rares, nous constatons malheureusement ^Jes insuccès. Un des incidents les plus fré(|ueiits c'est l'a transformation de la maladie. Le tic dont on se préoccupait parait se modifier favorablement, mais pendant sa guérison on voit se développer dans la même partie du corps ou dans une autre un tic nouveau souvent plus désagréable que le premier: des tics de la respiration et même des exclamations remplacent chez Co. des tics des yeux et de la face. Ou bien on voit se développer dans les mêmes conditions d'autres accidents psychasténiques, des manies mentales ou des obsessions : Kd.. h. lô, cesse bien ses tics de la marche, mais il est maintenant tourmenté par des phobies et des obsessions relatives aux petites bêtes, aux insectes qu'il écrase en marchant de cette façon (jue sa famille trouve plus normale. De, f. ^8, présentait depuis des années un tic de polvpnée avec reiiillement, des exercices respiratoires semblent en avoir assez tacilement raison ; mais quand le tic diminue la malade' présente une parésie des jambes et des obsessions de folie. llq.,f. 17, anorexique, présentant depuis un an un lefus entêté des aliments est peu à peu rééduquée à lalimentation et tombe alors dans des états somnambuliques délirants. C'est lacin(|uième fois que j'observe cette singulière substitution d'un état de bavardage délirant à l'anorexie. Xof. , f. u I , (juand on guérit ses tics de 1« gorge a des tics et des contractures aux pieds, il en est de même pour plusieurs autres.
Beaucoup de malades d'ailleurs ne présentent même pas ces accitleuls ou ct's changements, car ils ne sont pas capables de se
soumettrfi à des traitements semblables pendant un temps 'prolongé. Ils semblent comprendre l'intérêt de ce qu'on leur demande et accorder une sorte de consentement volontaire, mais ils ne font pas les exercices avec une attention suffisante, et se découragent très vite sans avoir obtenu de résultats bien appréciables. Une femme de 4i ans. toujours craintive et scrupuleuse a été très effravée parce quelle a failli tomber dun balcon et qu'elle a vu le vide au-dessous d elle. Elle a gardé à la suite de cette émotion un singulier tic des paupières : de peur de voir le vide, elle a pris l'habitude de fermer les paupières à demi. Peu à peu le clignotement des paupières et le spasme ont augmenté à un tel point qu elle ne peut plus maintenir les yeux suffisamment ouverts pour se conduire dans la rue et qu'elle devient semblable à une aveugle. Eh bien le traitement par rééducation semble au premier abord assez facile : la malade maintient facilement les yeux ouverts pendant une demi-minute quand on reste auprès d'elle pour le lui commander, il semble qu'il n'y ait qu'à persévérer. Malheureusement au bout de peu de jours malgré des progrès visiii.les la malade refuse de continuer les exercices. « Il lui est impossible de faire de pareils efforts qui l'émotionnent et qui la fatiguent : il vaut mieux rester aveugle toute sa vie que de lutter ainsi contre soi-même. »
Voici une observation étrange qui au premier abord semblait présenter les chances les plus favorables pour un traitement éducateur. Un homme de '41 ans présente la phobie des escaliersetdes terrains en pente qu'il voit monter devunt lui. Dès qu'il essave de monter une de ces pentes ou quelques marches de l'escalier, il a un énorme gonflement de l'estomac et des palpitations cardiaques avec de terribles angoisses. Il s'agit d'une forte déglutition d'air qu'il exécute ii son insu dès qu'il aperçoit la pente. Pour éviter ces phénomènes qu'il redoute tellement, il monte les escaliers en marchant à l'arrière et il traverse les chaussées des rues en marchant à reculons jusqu au milieu de la chaussée afin de ne pas voir la pente du terrain, car il n'a pas de troubles s'il ne voit pas le terrain qui monte. Il est assez facile de comprendre qu'il s'agit primitivement d un tic d'at-r(»phagic : cet homme dès qu'il a une émotion avab' de 1 aii- en quantité, il gonfle ainsi son estomac, puis il s'épouvante de ce gonflement et de la gêne apportée ii la respiration. Ce tic s'est localisé et s est associé avec une ccrtainf forme d'agorajjhobie ; ainsi s'est constitué le singuHer trou-
ble que ce malade présente dès qu'il voit devant ]ui un terrain qui monte légèrement. Il s'agit d'un homme qui semble intelligent et qui parait être resté capable de quelques actions, n'est-il pas indiqué de le traiter par des exercices respiratoires, par une éducation de la déglutition qui réussit chez beaucoup d'aérophages et par une éducation de la marche .? Le malade semble comprendre, mais il n'a aucun courage, aucune persévérance et il abandonne rapidement ses petites tentatives sans avoir obtenu la moindre amélioration.
Beaucoup d'autres malades ne réussissent même pasàcommencer le traitement. Ils semblent l'accepter au moins en théorie, mais ils ne peuvent parvenir à commencer un acte, ils discutent, ils hésitent, ils dépensent en contorsions des heures et des heures avant d'avoir fait la centième partie de l'exercice qu'on leur demande. Aj., f. 87, présente depuis sa jeunesse toutes sortes de troubles de la volonté, de la distraction, des lenteurs, des manies de recommencer, des entêtements, etc., elle reconnaît ses torts, s'en désole et veut se transformer; avec l'aide de son mari (jui entreprend son éducation elle fait des efforts persévérants poui^se réformer. Le mari désespéré renonce à tout parce que après ti'ois ans il n'a pas constaté le plus petit progrès et la femme avoue elle-même : « dès que mon mari me parle je pense à autre chose, p(Midant qu'il m'explique je calcule les plats avantageux que je ferai faire à la cuisine ; je ne puis pas suivre ce qu'il me dit. »
Quand il s'agit de ces troubles si nombreux que l'on range sous les noms d'aboulies, d'obsessions scrupuleuses ou sacrilèges, de délires du contact, etc., on comprend facilement qu'il s'agit d'un trouble de l'action et qu'il faudrait éduquer graduellement les malades ;i faire plus correctement les actes qu ils redoutent et qui amènent les angoisses. Ils semblent accepter, mais ils comprennent très bien que Ton va les amener à manier ces objets dont ils ont peur et, quoiqu'ils prétendent leconnaîlre l'absurdité (le leurs terreurs, ils n'ont pas le courage de les bra\er. On dépense des heures et des heuies à leur faire conimeneer faction et ils vous arrêtent jiar une absurdité queleon<|ue en déclarant comme Clarisse qu'ils vont déterrer le cadavre de leur père si on les lorce ii rester seuls un instant ou à faire leur toilette convenablement. Dans des cas plus graves de déliré asthénique ou de conlusion mentale la question de l'éducation ne se pose même pas car» le médecin comprend tout de suite qu'il est impossible
d'obtenir de ces malades un acte précis et la répétition detForts quelconques.
Dans ces conditions peut-on surveiller, corriger, perfectionner une action qui n'est jamais accomplie quand on la demande, peut-on espérer que cette action va se perfectionner et se fixer par la répétition, quand il n'y a ni action, ni répétition. L'éducation perd tous ces droits dans des maladies où l'action ellemême est supprimée. C'est là le grand argument de beaucoup de directeurs de maisons de santé, de médecine habitués à voir l'évolution de ces névroses, et qui se rient de la psychothérapie. I/éducation, la rééducation des névropathes, djsent-ils sans cesse, est un thème à spéculations philosophiques ; elle ne réussit que sur des malades peu atteints ou déjà à moitié guéris, dès qu'il s'agit de malades véritables elle n'a aucune action réelle. C'est ce qu'exprime en réalité M. Deschamps quand il soutient que les asthéniques ne sont pas susceptibles d'entraînement, d'éducation. « Ces malades, dit-il, sont atteints d'aphorie, ils ne se modifient pas par les efforts répétés et au bout d un an d efforts ils sont au même point qu'au premier jour. » Cet auteur en conclut qu'il est inutile de leur faire dépenser ces elî'orl^" infructueux et il n'admet en somme que le traitement par l'économie des forces et par le repos.
fi. — Quelques essais n'KDUCATiON dans le? trolmles nu mouvemf.nt.
Des conclusions pessimistes seraient copendant exafférées, car on peut leur opposer un fait que personne ne peut mettre eu doute et qui montre au moins que l'éducation chez les névropathes conserve une certaine puissance, ce sont les elTets des mauvaises éducations qui peuvent certainement jouer un grand rôle dans les aggravations de la maladie.
Voici un exemple entre mille : une femme de 5u ans présente dans un état de dépression la plus singulière et la plus pénible obsession : dejjuis ileux ans elle ne peut penseï- qu'à ses selles et à ses matières fécales. Perpétuellement, toute la journée et souvent tonte la nuit, elle parlede ses dernières selles qui ont été insiillisanles ou trop abondantes, de sa constipation ou de ses débâcles réelles on imaginaires, tle la façon dont elle ;i été on dont elle ir:t aux cabinets, df l'heure qu'il fandia choisir le len-
demain, de l'examen des selles qu'elle n'ose faire elle-même et qu'elle fera faire par une autre personne, des mouvements de son anus, de sa digestion, etc. Elle se désole de penser constamment à ces malpropretés, elle gémit de cette décadence intellectuelle qui la dégoûté elle-même et immédiatement elle recommence à demander des aliments constipants ou des aliments relâchants. Il est intéressant de remonter en arrière et de rechercher comment s'est constitué un semblable état mental. Il s'agit évidemment d'une psychasténique constitutionnelle qui a présenté dès sa jeunesse tous les troubles de l'action et de l'attention, tous les sentiments d'incomplétude, mais on est obligé d'ajouter que son esprit a évolué dans des circonstances particulières. Elle appartenait à une famille dont tous les membres étaient hypocondriaques, elle a vécu dans un milieu où l'on parlait sans cesse de digestion, de régime et de médicaments. Poussée elle-même par un besoin maladif d'attirer l'attention sur sa personne, de réclamer des soins perpétuels elle a suivi l'exemple des pel'sonnes de sa famille, s'est constamment préoccupée de sa santé et s'est exercée toute sa vie à surveiller toutes ses sensations internes: « Je suis une poupée cassée dont les yeux sont tombés en dedans. » Comme cela arrive si souvent chez les névropathes, elle a eu pendant des années de la constipation et de la colite muco-membraneuse : les . consultations, les séjours dans les villes d'eaux, les traitements interminables, lès innombrables lavements ont rempli sa vie et sa pensée pendant toutes ces années et ont dirigé l'hypocondrie vers les fonctions intestii^alcs. Chose curieuse sur la(juelle il faudra revenir, les troubles intestinaux proprement dits, la véritable colite muco-membraneuse sont complètement guéris, ils ont disparu quand sont arrivés les tioubles de la dépression mentale ; mais à ce moment l'obsession s'est installée et elle a porté sur les troubles intestinaux précédents: l'obsession de la colite remplace la colite elle-même. Ne peut-on pas dire que l'état mental actuel est le résultat d'une longue éducation faite par la famille et par les médecins et que c'est l'éducation qui a fini par orienter la névrose, dans une direction particulière. Voici un second exemple également démonstratif: Clarisse, f. 35, était malade en réalité dfs l'enfance, mais elle a présenté les premiers symptômes nettement pathologiques vers i5 ou iGans. A ce moment elle souM'iait de ces obsessions scrupuleuses (|ne i On voit cIkv tant d(> jeunes filles et (jui se présentent sous
la forme de peur de l'action : « J'ai peur de me mal conduire, peur d'être impudique, peur de faire du mal aux autres, peur de mettre des éclats de verre dans la carafe et de laisser boire cette eau à mon père, etc. » Par un grand effort elle repoussait ces actions, elle refoulait ces prétendus désirs. Puis dans une seconde
/phase survenue chez elle vers 19 ans elle a passé au second degré : le désir de l'action perpétuellement refoulé et considéré comme si redoutable a paru grandir et s'est présenté comme une impulsion: « Je n'iii plus peur de me mal conduire, j ai une envie terrible de me mal conduire, je n'ai plus peur d empuison-
. ner les gens, je me sens poussée, entraînée à empoisonner les gens... » A cette période les malades ne se bornent plus à refouler le désir dans leur pensée, ils prennent des précautions contre eux-mêmes, ils refusent de toucher- les objets dangereux, ils demandent qu'on les surveille, ils ne veulent plus rester seuls, etc. Entourée d'une famille elle-même religieuse et scrupuleuse, peu instruite sur les maladies mentales et beaucoup trop faible, Ctarisse a pu satisfaire tous ses caprices. Avait-elle peur qu'un objet ne fut souillé, on le lavait devant elle comme elle le désirait, imaginait-elle qu elle apportait des microbes d^ingereux, on faisait sur sa demande toutes les pratiques antiseptiques, se crovait-elle contaminée et dangereuse, les membres de la famille évitaient de la toucher ou ne venaient la voir que couverts de l)louses aseptisées et entourés de fumigations : en un mot tous les symptômes de la maladie ont été soigneusement cultivés. Au bout de dix ans de cette éducation la malade présente le plus beau délire psychasténique que l'on puisse imaginer, elle passe toute la journée debout dans un cabinet de toilette à se faire laver constamment toutes les parties du corps par deux femmes f|ui ne font pas autre chose que do la frotter d'antiseptiques, la nuit elle se fait attacher dans son lit avec des cordes solides (|ui lui entrent dans la peau de peur qu'elle ne se lève dans son sommeil poui- commettre des crimes immondes. De concessions en concessions on est arrivé à doiinei' :i la maladie un dévcIop[>ement invraisemblable et à faire ;i .la pauvre fille la vie la plus misérable.
î-'aggravation des syniptùmos dans les cas de « délire à deux », a été bien souvent décrite par les aliénistes : dans une famille deux^personnes également malades se dirigent lune l'autre, ••xcitent. surveillent et perfectionnent réciproquement leur délire.
Dans tous ces cas on ne peut mettre en doute la puissance de l'éducation pathologique. S'il en est ainsi.. on admet donc que le mécanisme de l'éducation a une certaine influence sur les névroses et les psychoses. Pourquoi ne pas admettre aussi que cette même force, dirigée plus correctement puisse jouer un rùle favorable?
Sans doute nous venons de constater que dans nos observations l'éducation entendue dans un sens précis ne s'est pas montrée toute puissante et que bien souvent elle a abouti à des échecs. Cela est exact, mais il ne faut pas supprimer tous les autres cas oii les résultats de ce même traitement n ont pas été du même, orenre. Dans bien des cas des malades ont été améliorés et même
guéris par des procédés thérapeutiques qui correspondaient entièrement à notre déBnition de l'éducation.
Eu premier lieu je signale sans y insister, car je ne me suis pas voué particulièrement à 1-étude de ces techniques, la rééducation de la marche chez deux tabétiques présentant un grave degré d'ataxie qui au début ne pouvaient guère se lever de leur sièfge et faire quelques pas sans être soutenus. Ils sont arrivés, l'un en quatre, l'autre en six mois à faire de longs parcours dans les rues simplement avec l'appui d'une canne; mais ils ont toujours eu besoin de continuer leurs exercices et de se surveiller. Les résultats ont été moins heureux avec un hémiplégique spasmodique. mais il est certain que la rééducation a rendu possible une marche lente a laquelle le malade avait du renoncer complètement. Enfin des efforts prolongés et aidés cependant par lénergie considérable du malade n'ont modifié que légèrement la marche d'un jeune homme qui présentait des troubles cérébelleux : le désordre si curieux de la marche n'a pu être (|ue partiellement corrigé. Ces essais m'ont convaincu cependant que des spécialistes de ces traitements, mieux instruits de la physiologie de la marche et du mécanisme de ses divers troubles, obtiendraient facilement des résultats remarquables. Comme le disait justement M. Mimrice Faure', « il ne faut pas que le malade fasse tout seul dos exercices inutiles et q\iel<|uefois dangereux, il faut que la technique s'adapte exactement au but à obtenir et au trouble à corriger. » Il v a là une voie ou\erte à une thérapeutique (|ui sera dautaiil plus puissante que la physiologie des mouvements sera plus avancée.