‹ Les médications psychologiques (volume 2)Chapitre 82 sur 118 · I. S^vrose» fl idi$ fixe». |f^98. I, p. '|5o · texte numérisé non relu

I. S^vrose» fl idi$ fixe». |f^98. I, p. '|5o

J'ai observé depuis cette époque deux autres cas à peu près analoouos, qu'il est inutile de reproduire, mais il me semble utile d'insister sur l'observation de Uw., h. f\ô, car son observation est intéressante pour montrer les rapports du délire de persécution avec l'étal psvchasténique. Rans la première partie de sa vie, jusqu'à Bô ans. cet homme a été uniquement un psvchasténique avec les troubles de la volonté, les sentiments d'incomplétude, les doutes et les obsessions les plus typi(jues. On pouvait déjà noter chez lui les manies de 1 interrogation, les manies de l'explication et surtout l'esprit de système qui est souvent si développé chez les psvchasténiques. La critique des systèmes, l'utilisation de l'expérience pour confirmer ou pour infirmer nos hypothèses, la résigiJ|tion et le désintéressement qui nous font abandonner nos conceptions svstématiques, quand elles sont en contradiction avec l'observation sont des opérations compliquées et des acquisitions tardives : elles sont les premières à disparaître dans toutes les déoénérescences et dans toutes les diminuer

tions de tension. L'interprétation par le système qui est une méthode d exijlication inférieure, plus [)rimitive, subsiste souvent seule et joue dans ces esprits un grand rôle. ^Llis chez Uw. cet esprit de système déjà manifeste s'exerçait au début sur des idées religieuses et morales et ne modifiait pas beaucoup l'allure générale de la maladie. A partir de 33 ans les idées de persécution apparaissent comme expression des in'suinsances de l'action sociale et comme explication des sentiments d'incomplétude et des insuccès. Ainsi il a toujours été un timide génital et il avait déjà autrefois ;i ce propos des phobies et des idées hypocondria([ues : il commence maintenant à expiimcr les mômes troubles en disant quV>/? (ail nian(|iiei' ses rcTulez-vous. que par des actions mvstérieuscs on supprime tous ses movens et qu'il s'agit là d'une vengeance. H interprète ainsi une foule de tr«)ubles et surtout ceux (|ue détermine sa phobie des responsabilités professionnelles. L'esprit de svsfème se surajoute à ces interprétations, il les rend plus cohérentes et inaccessibles à l'expérience, je n'insiste pas sur cette genèse du délire de persécution qu'il faudra étudier quelque jour d'une manière plus complète, je voudrais signaler seulement un incident passager de la maladie survenu sous l'influence du trailement. (hv. est, comme beaucoup de psychasténiques, très sensible au traitement moral, il est facile à diriger iM très houreux de se senlir sous uin' influence directrice. Il

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semble se modifier rapidement, il accepte la discussion de ses interprétations délirantes, en reconnaît le point de départ et parait renoncer à son délire de persécution. Mais le voici qui fait de plus en plus des allusions à une singulière interprétation de son traitement. Bien qu'il n'ait jamais été hypnotisé et qu'il n'y ait eu aucune tentative d'hypriotisation, ilse dit suggestionné, possédé par une personne plus forte que lui. qui collabore sans cesse avec lui et le maintient dans la bonne voie. Mon aide, mon influence agit sur lui à distance au travers des murs ; c'est toujours une influence occulte qui agit sur lui. mais cette fois elle est bienfaisante. Il imagine que je pense constamment à lui et que je lui envoie cette pensée par une voix qu'il entend résonner autour de lui et qu'il reconnaît être la mienne. En somme il bâtit sur les phénomènes psvehologiques de ["influence un délire d'interprétation tout à fait identique au délire précédent.

Ces dernières transformations de l'influence en délire sont fort rares et je n'en ai observé que trois ou quatre cas, mais les troubles précédents, les manies de direction, les scrupules et les obsessions relatifs au directeur sont fort fréquents. Il était utile d'insister sur leur description, car ces accidents compliquent singulièrement le traitement et il est indispensable de les bien connaître pour savoir si le traitement par la direction est dangereux ou s'il doit être continué.

Interprétation de ces troubles. — Que signifient ces troubles singuliers ? Les psychiatres de l'école de Freud après avoir constaté l'exactitude de la description que j'en donnais autrefois les expliquent facilement en les rattachant comme timjours à leur théorie générale de la pansexualité. Ces troubles du malade que l'un essave de diriger sont simplement ceux de la passion •amoureuse dans laquelle on observe de même des hésitations, des résistances, des taquineries, des jalousies, des obsessions, des délires. J'ai déjii discuté cette interprétation et je pourrais encore faire remarquer que ces troubles se présentent souvent chez des malades n'avant aucun sentiment ikmoureux proprement dit et même tout à fait inca[)al)les d'en avoir, ou bien même chez des malades avant ;ui même moment des sentiments amoureux pour une tout autre personne. Mais la principale objection me parait êtro le caractère banal de ces

troubles qui existent sans doute dans la passion amoureuse, mais qui existent également dans tous les sentiments et dans toutes les actions des névropathes. Ce sont là des réactions de névropathes qui se présentent à peu près dans toutes les situations, surtout dans toutes les situations sociales.

Quelle que soit l'action que 1 on considère, même si elle est tout à fait étrangère à la direction et à la personne du directeur, on note des hésitations, des doutes, des insuffisances d'activation de la tendance, des inachèvements, des agitations, des accrochages, des obsessions, des délires. Très souvent comme je viens de le remarquer, ces troubles de l'action sociale prennent la forme de doutes sur la valeur des personnes, de taquineries, de bouderies, de jalousies: nous avons noté beaucoup de ces faits quand nous avons étudié l'influence du névropathe sur son milieu : il s'agit là d'un trouble général de ses réactions. Le besoin de tiupiiner. de bouder, de jalouser, de se tourmenter par des sciupiiles se présentent dans l'observation d'un jeune homme de 20 ans ii propos de son professeur de mathématiques qui exige de lui un travail attentif, dans 1 Observation d'une domestique de 'io ans vis-à-vis de la maîtresse dont elle fait le service et qui l'a menacée de la renvoyer, dans l'observation d'une concierge vis-à-vis de son propriétaire, etc.. 11 faudrait donc dire que tous les névropathes sont des amoureux et ne sont que des amoureux. Je'sais bien que M. Freud n'hésite pas devant cette singulière affirmation ; mais comme nous sommes bien loin d'adopter cette interprétation simpliste de troubles nerveux complexes et variés, nous ne sommes pas non plus disposés à considérer les troubles de l'influence comme de simples phénomènes sexuels. Des phénomènes de ce genre j)cnvent dans certains cas se mêler à rinfliicnce sans la troubler aucunement. Nous avons signalé des cas où l'influence sexercait entre amant et maîtresse et où aucun des troubles précédents n'existait : l'excitation sexuelle rendait la direction plus facile et supprimait les troubles. Dans d'autres cas ces phénomènes pourront au contraire compliquer et troubler la direction. Mais ce sont là des complicatiojis accidentelles : on ne peut pas considérer les phénomènes sexuels comme la raison générale et unique de ces accidents de la direction.

Les troubles f|iie l'on vionl d étudier dépendent à mon avis d'une cause bien |»his prolonde. de la maladie nit^me du sujet que

l'on dirige. Ce caractère maladifse retrouve dtins leurs réactions à la direction, comme dans toutes leurs actions sociales. Ce qu'on demande aux malades au cours de ce traitement c'est précisément une action sociale d'un genre particulier et très délicate, l'acte de l'adoption et l'application d une tendance particulière formée à ce propos à une foule de circonstances variées. Beaucoup, comme on l'a vu, sont totalement incapables m^me de commencer de telles actions sociales et quoiqu'ils demandent une direction à tous les échos ils ne la trouvent jamais, parce qu'ils sont incapables d'adopter un directeur. Parmi les autres il y en a un certain nombre qui ont commencé et développé jusqu'à un certain point cette action d'adoption et la tendance correspondante, qui sont capables d'être corrtmandés et excités par le directeur dans des circonstances favorables, quand les actes à obtenir ne sont pas trop dilficiles ou quand ils ne sont pas trop déprimés. Mais.il sulfit d'une difficulté quelconque pour troubler l'intervention de cette tendance fragile et pour fju'apparaissent à ce propos les mômes troubles déjà constatés dans toutes les autres actions sociales.

Pour ne prendre qu'un exemple, leur critique du directeur « qui n'est pas l'ami idéal » n'a malgré l'apparence aucune originalité. C'est là une plainte qu'ils ont déjà émise à propos de toutes les personnes qui les entouraient, (juand ils gémissaient constamment « qu'ils n'étaient pas aimés pour eux-mêmes ». Nous avons déjii vu le sens de cette expression curieuse et nous avons compris f|u'elle correspondait au désir d'obtenir fous les services sans avoir à les paver, au désir de trouver « un esclave à bon marché ». Comme le directeur ne veut pas et ne peut pas être ce personnage idéal, il est tout naturel (|u'iis recommencent contre lui avec des variantes nécessitées par les circonstances les critiques ([u'ils faisaient contre tous les autres. Ils sentent leur directeur « étranger et lointain », ils soulfient des diflerences « qui les séparent de lui » comme ils souffraient du sentiment d'éloignement des objets et de toutes les djlférences sociales. Ils ont au moment de s'abandonner à la direction des impulsions ii mépiiscr If direcfeui', ii le redouter, a lui disobt-ir. a le fuir, comme ils avaient des impulsions en oppnsitioti avec tous leurs autres désirs : il s'agit toujours du nn-catiisme du refoulement f|ui s'aj)pli(|iic ii cette action SMcialf ('«nninp a toutes les autres. I, es sciiipuh'S. b-s oixes-iotis. bs déliir-^ qui »>ui\i<'ii-

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ueiit à la suite se sont déjii présentés exactement les mômes dans bien d'autres circonstances.

Beaucoup de malades intelligents comprennent fort bien que leurs troubles vis-à-vis du directeur sont identiques à tous ceux qui sont déjà survenus auparavant. Nadia l'avouait très bien en disant : « Je veux que vous vous occupiez exclusivement de moi de même qu'autrefois j'étais malheureuse quand maman s'occupait d'une de mes sœurs. » — « La raison qui m'empêche d'accepter une direction, disait Ig., f. a-, est la même que celle qui m'empêche de m'abandonner avec confiance à la volonté de Dieu et à l'espérance de l'éternité ou tout simplement que celle qui m'empêche de répondre à une lettre : il v a toujours deux êtres en moi, l'un qui veut et l'autre qui ne veut pas, dans ce cas là comme dans tous les autres. » — « .le passe mes doutes sur vous, » disait Fh., h. 28, et Renée ajoutait un peu mieux : « Ne soyez pas étonné de mon attitude : il se passe avec vous ce qui se passe avec tout le monde : dès qu'il s'agit d'un sentiment réel, je suis arrêtée, je ne peux plus aller au bout. Si je suis si troublée avec vous, et si j"ai des peurs et des idées si baroques à votre propos, c'est parce que jessave de vous obéir sérieusement et de me transformer. Chez moi dès que quelque chose commence à être sérieux, les obsessions recommencent.» Traduisons ces remarques dans notre langage psvchologique : dès (jue les états psychologiques approchent d'une tension plus élevée, dès qu'il s'agit d'une activalion plus complète, l'impuissance apparaît et les dérivations de toute espèce redeviennent manifestes. Cette loi générale de l'état psychasténique s'applique aux actes d'influence, à l'activation de la tendance créée par l'adoption comme aux autres actes et à l'activation des autres tendances.

Une dernière remarque permet de confirmer cette interprétation : à quel moment ces troul)les do l'inlluence sont-ils le plus manifestes et le plus graves? Si ces troubleSvjiépendaient de l'influence elle-même, ils devraient être plus forts quand celle-ci est il son maximum, c'est-à-dire à la fin des séances réussies et pendant la |>ériode heureuse qui les suit, dite période d'influence. Mais précisément on ne les observe jamais dans ces moments : pendant ces périodes le sujet est bien portant, enchanté de l'influence qui la transformé et il n'a aucune envie ni de s'en plaindre, ni di' la redouter. Ces troubles apparaissent au maximum dans la seconde période (|ui sépare les séances et au début des séances.

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C'est au moment où le sujet a le plur. besoin de son directeur. quand il désire le plus le revoir qu'il présente des doutes et des obsessions opposées à la direction. Il v a là encore un phénomène de refoulement et d'action contraire. Ces troubles qui dépendent de l'aggravation de Ta dépression s'appliquent à la personne du directeur parce qu'à ce moment l'acte qui est réclamé par les circonstances est précisément un acte qui a rapport au directeur. Cette remarque confirme bien notre interprétation, Il s'agit là des troubles généraux de l'action déterminés par l'état mental du psychasténique.

Le traitement des troubles de l'influence. — Les réflexions précédentes facilitent beaucoup la conduite du médecin en face de tels troubles: si on les considérait comme des .accidents inattendus, comme une passion amoureuse plus ou moins malencontreuse, on serait surpris de les voir survenir et on les redouterait ; maison doit les considérer comme des phénomènes naturels qui dépendent du caractère anlérieui' des personnes auxquelles on s'adresse et on floit être préparé à lutter contre eux.

Sans doute dans certains cas ces troubles peuvent devenir assez graves pour paraitie inquiétants et pour obliger \\ suspendre ce genre de traitement. Si le délire d'influence ou quelque autre délire du même genre devient sérieux, si la conviction grandit et amène des hallucinations, il faut bien reconnaître qu'il s'agit là d'une autre forme du délire de persécution précédent et (jue le malade ne bénéficie guère du traitement. Sans doute le délire d'influence bienveillante, au moins au début, tourmente moins le sujet que le délire d'influence malveillante, mais l'un se transforme facilement dans l'autre, les fonctions de crovaiice et de raisonnement ne sont guère améliorées et souvent dans des cas de ce genre le traitement inutile doit être suspendu.

Il peut en être de même dans certaines crises gravi"; de doutes et d'obsessions à projxjs du directeur. (^)nand la prolongation du traitement ne parvient pas à les dissiper il peut devenir évident dans certains cas assez rares que le trouble apporté au malade par le traitement est plus grand que le bénéfice. Mais il faut bieii se rendre compte qu'il s'agit alors non d'une influence tr<»p grande, comme ledit le m^ilade, mais d'une influence insullisanle, (I lin échec dans riM<ranis;ili(»ii de l:i fliirelioii . (M-hec (iiii (h-nend

le plus souvent d'une dépression trop «grande rendant le malade incapable de faire correctement l'acte d'adoption.

En dehors de ces cas d'insuccès où les troubles ont pris une forme trop grave, il ne faut pas accorder ti'op d importance à des didicultés à peu près inévitables. Loin de considérer les scrupules de direction comme un signe d'intolérance du traitement et comme une contre-indication, je les considérerais plutôt comme un signe favorable qui indique le début de l'adoption, qui montre les efforts encore maladroits que fait le sujet pour adopter le directeur. Des malades qui ne présentent à aucun degré de tels troubles sont souvent des sujets chez qui l'adoption ne commence aucunement et chez qui elle ne se produira probablement jamais. Ceux qui les présentent au contraire sont souvent ceux qui retireront le plus de bénéfices du traitement.

Quand on se trouve en présence de troubles de ce genre à forme obsédante et pénible, il faut cependant essayer de les diminuer. On peut souvent le faire par quel(|ues conseils et (juelques explications, car certains de ces scrupules peuvent ^Ire diminués [)ar des réponses convenables. Sans doute le directeur n'est pas l'ami idéal, d'abord parce que cet ami idéal n'existe pas et ensuite parce que, s'il existait, les malades seraient bien incapables de s'en servir. Le directeur est en partie un parent ou un ami arlificieL cela est évident. Cela a des inconvénients sans doute qu'il est inutile de nier et qui dépendent surtout de la maladie elle-même, mais cela a aussi des avantages. C est précisément parce qu'il est artificiel, parce qu'il facilite les choses, parce qu'il fait lui-même les trois quarts du chemin, que le malade peut réussir avec lui cet acte d adoption qu'il n'a su faire avec personne. C'est précisément parce que cette relation est artificielle qu'elle est moins dangereuse. Dans les relations sociales que le malade croit plus naturelles, il apportera les mêmes faiblesses, les mêmes absences de contrôle, mais il ne sera garanti par aucun engagement, il sera exposé à toutes les exploitations. Ici sa faiblesse est reconnue d'avance et des engagements préalables empêchent d'en abuser. I> inlluence elle-même dont on se servira* repose sur les lois àv la suggestion, de I éducation, de l'excitation, qui n'ont rien de mystérieux, ni de terrible et que l'on peut au moins en partie expliquer au malade pour le rassurer. Si le caractère artificiel de cette relation répugne trop au malade, il jKMit -espérer j)lus tard la transformer en une relation

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plus naturelle, mais qu'il commence d'abord par se guérir afin d'en devenir capable.

Il est également vrai que le directeur peut se tromper et malgré ses efforts se contredire plus ou moins; il n'est pas un génie et ne prétend pas l'être, mais il est sulfisamment sincère et sulHsamment capable pour diriger un pauvre esprit au milieu des dilficultés mesquines qui le préoccupent. Sans doute en imposant sa direction il diminuerait la volonté et la liberté du malade si celui-ci en avait une. Mais il s'adresse à des personnes qui justement ont perdu leur volonté et leur liberté ; il ne leur enlève en somme que la liberté de délirer et les efforts qu il leur impose ont précisément pour résultat de rétablir la volonté perdue. Que le malade remette à plus tard ses rêves d indépendance, le meilleur moyen de les réaliser c'est d'accepter une dépendance passagère. Ces explications et d'autres du même genre faciles à concevoir peuvent dans bien des cas réduire les appréhensions et les scrupules.

Mais 1 essentiel du traitement de ces troubles n'est pas là : il vaut mieux le plus souvent ne pas s'occuper d eux directement, mais lutter contre la maladie elle-même, contre la dépression de la tensicfn psychologique par tous les moyens à notre disposition. Ces troubles d'influence disparaissent tout seuls quand les autres troubles de la maladie et quand la dépression diminuent. On constate facilement en effet que ces troubles très forts dans la période de besoin sont au contraire très réduits ou sont absents a la fin d'une séance réussie ou pendant la période heureuse qui suit une séance. Lise, comme bien d'autres, est beaucoup plus obsédée sur mon compte quand elle ne me voit pas pendant une longue interruption des séances que quand elle vient régulièrement. L'excitation (jue produit la visite enlève la dépression qui était la cause principale des scrupules.

On peut s'étonner que l'iiilluence puisse continuer a s'exercer et même avoir un rôle utile nuilgré lapparition de ces manies, de ces obsessions qui semblent annihiler son action. Sans doute dans la vie réelle, qui n est pas organisée pour des malades, de tels troubles entravent rapidement et même suppriment toutes les relations sociales : des mauvaises humeurs, des bouderies répétées, des résistances avec agitation ou attaque de nerfs, des hésitations, des doutes à tout propos, des inerties, des froideurs prolongées, étonnent et dépitent les assistants et amènent I inter-

I4r. LES ACOUISITIONS PSVCHOLOriUjUES

luptioii rapide de la convei'sation. des conseils, ou des inaiiilestatlons afTectueuses. Mais c'est jusleinent pour éviter ces dilllcultés que la conduite du médecin doit être une conduite artificielle. Il évite autant qiie possible de provoquer mal à propos des hésitations ou des doutes en supprimant certaines questions dangereuses et surtout en adoptant un ton affirmatif et ferme qui serait inadmissible dans une conversation normale. Il se permet seul à seul avec le malade des reproches viole.nts, des adjurations sentimentales sur un Ion exagéré qui serait ridicule dans la société, mais qui convient à ces anestliésiqucs moraux. Quand il v a des mauvaises humeurs, des auilations, des résistances, il sait (juavec lui surtout elles ne peuvent pas être de longue durée, il sait (jue la faible tension du malade le rend incapable d'actions très prolongées, il sait épuiser leur entêtement par une pression douce et continue, comme on épuise^ le spasme d'un sphincter; il attend les moments de détente qui ne vont pas tarder ii survenir et il alisse son intervention dans un de ces moments. 11 dissimule au malade son obéissance « il faut qu'on me tienne, disent-ils tous, mais il ne faut pas que je le sache ». Il commence l'action lui-même et n'exige du malade que la continuation, c'està-dire (ju il ne lui demande que des ellorts faciles de ftianière à lui éviter les échecs (jue d Ordinaire il éprouve sans cesse. Kt surtout il a une patience invraisemblable qui laisse au malade le temps d'agir avec cette lenteur (|ui lui est indispensable et (jue nous avons déjà notée. En un inof , la tlilude artificielle du médecin est justement adaptée à ces troubles du malade de manièi'c ii lui rendre l'action possible malgré ces troubles.

Bien des malades finissent par reconnaître eux-mêmes ce rôle du directeur: « Près de vous je puis au moins faire ces grandes scènes que je trouve si drôles et qui désespèrent tant ma famille, au moins vous ne les prenez pas au sérieux... J'ai beau vous dire (|ue je vous déteste, au moins vous savez entendre le contraiie et vous savez bien (jue je reste toujouis votre grande enfant... 11 me faut une ilemi-houre de giossièreté avant de [)ouv()ir être aimable, les autres personnes qui me (juitient toujours a|)rès un quart d heure sont convaincues (|ue je suis parlaitement désagréable, au moins vous savez qu'il faut attendre une demi-heure avant de vous formel' une (opinion. »

Nous retrouvons encore ici une application de ce traitement par 1 action dont nous avons parlé dans le chapitre précédent.

LA DIRECÏluN MORALE 147

Quand le médecin laisse passer sans v attacher trop d importance les reproches et les scrupules, quand il cherche à amener doucement le malade à changer d'attitude avec lui, à accepter la direction nécessaire, il exerce en somme le sujet à une action sociale particulière, à l'acte d'adoption et à des applications de cet acte. Il obtient la disparition correcte de ces troubles par l'exécution correcte de laclion. L'essentiel reste toujours le traiment de la maladie elle-même et la préparation à 1 action.

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