CONCLUSION
l'électricité et par l'eau, la psychothérapie est un traitement non de l'esprit mais par l'esprit «. Dans cette définition certains auteurs réduisent les procédés appelés psychothérapiques à l'usage de quelques phénomènes psychologiques seulement, ainsi Déjerine n'admettait guère que la conversation, le raisonnement explicatif, les bons conseils moraux. Ce sont là des restrictions que rien ne justifie : il faut admettre dans la psychothérapie tous les phénomènes psychologiques quels qu'ils soient capables d'exercer une influence utile.
C'est à cette conception que se rattachent la plupart des définitions les plus connues de la psychothérapie. Hack Tuke disait que cette méthode de traitement « utilise l'influence générale exercée par le médecin au moyen des états d'esprit qui agissent favorablement sur le corps et l'esprit dans la maladie... On nomme psychothérapeutique l'utilisation de l'influence de l'esprit sur le corps dans la pratique médicale'. » — « La psychothérapie, dit Grasset, est le traitement des maladies par les moyens psychiques, c'est-à-dire par la persuasion, l'émotion, la suggestion, la distraction, la foi, les prédications, d'un mot par la pensée ^ » — « \aï psvchothérapie, disent MM. Camus et Pagniez, est l'ensemble des moyens par lesquels nous agissons sur l'esprit malade ou sur le corps malade par l'intermédiaire de l'esprit^. » — « La psychothérapie, dit Munsterberg, est la méthode par laquelle on traite les malades en influençant leur vie mentale^. » La plupart des autres définitions qui ont été proposées sont du même genre.
Je serais assez disposé à admettre une de ces formules si je n'avais quelques scrupules : je crains (jue ces définitions ne soient encore un pou restreintes. Elles semblent admettre que l'action thérapeutique du médecin doit provotjuer directement des phénomènes psychologiques, elles semblent exclure les procédés physiques qui ont une action indirecte sur le moral. En parlant des traitements psvcho-physiologiques j'ai rappelé les expériences de Moreau (do Tours) sur le haschich, les traitements par l'alcool, par l'opium ou simplement [)ar des purgatifs et j'ai soutenu ciu On aurait bion tort de ne pas leur donner dioit
I. Mark Iiikfï, Le rorps rt ifspril, tr.i<liict. Parant, i88t). p. 3^3.
a. Grasset, op. cit.; lieotie tlfS Deux Mondes. i5 sept. 1905, p. 35 1.
3. Charnu» '-t Pagnic/. Isolemrnl et psyhnlhérapie, Kjoi, p. a6.
I\. Miinslerborg, Psycholhernpy, Kjoy, p. 1.
d'entrée dans la psychothérapie. Ce qui caractérise une thérapeutique ce sont les raisons qui déterminent le choix de tel ou tel procédé thérapeutique et ce n'est pas la nature du procédé luimême. Si je donne une purge à un malade simplement parce que je songe à l'action du purgatif sur la constipation je tais de la thérapeutique physiologique, si je donne la même purge à un malade atteint de confusion mentale, parce qu'un grand nombre d'études m'ont montré une relation régulière entre les intoxications et les troubles psychiques de ce genre, parce que j'espère par une désintoxication rendre la pensée du malade plus lucide, je fais de la psychothérapie.
En outre il me semble que les définitions précédentes ne parlent guère que des faits psychologiques comme si nous en étions encore à l'époque des anecdotes énumérées dans l'ouvrage de Hack Tuke et ne font aucune allusion à la considération des lois psychologiques, tandis que c'est uniquement la considération des lois qui déterminent toutes les applications pratiques des sciences. Ces réflexions m'amènent à proposer la définition suivante : la psychothérapie est un ensemble de procédés thérapeutiques de toutes espèces, aussi bien physiques que moraux, applicables à des maladies aussi bien physiques que morales, procédés déterminés par la considération de faits psychologiques observés antérieurement et surtout par la considération des lois qui règlent le développement de ces faits psychologiques et leur association soit entre eux, soit avec des faits physiologiques. En un mot, la psvchothérapie est une application de la science psychologique au traitement des maladies.
Une pareille psychothérapie existe-t-elle ? Son premier caractère devrait être de nous fournir des médications nombreuses et précises en nous indiquant exactement leurs clfets, les modifications bien déterminées morales ou physiques qui suivent leur emploi. C'est ce que font assez bien les formulaires de la thérapeutique physique, quand ils nous parlent de médicaments calmants, soporifiques, purgatifs, altérants, etc. : le médecin peut choisir suivant les cas et les besoins. Il n'existe rien de tel en psvchothérapie et certains prétendent même que toute classification de ce genre est impossible « parce que les traitements sont personnels et varient simplement avec chaque individu qui les applique. » Cela est fort exagéré, l'originalité de chaque psycho-
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thérapeute n'est le plus souvent qu'apparente et il ne faut pas croire que son traitement est nouveau, parce qu'il le désigne par un mot nouveau. Mais il est certain que ces traitements étant connus et décrits d'une manière très vaîjue on voit ditficllement les relalions qu'ils ont les uns avec les autres.
Une thérapeutique fondée sur des lois doit surtout nous indiquer les conditions dans les(juelles telle ou telle médication doit être employée, nous montrer en un molles indications de chaque traitement. Des indications de ce genre existent encore moins dans la psychothérapie. (Chaque spécialiste vante son procédé qu'il prétend original et veut l'appliquer h tout, puisqu'il guérit tout. L'un moralise, lautre hy[)notise tout le monde ; celui-ci repose et engraisse et celui-là psycho-analvse ii tort et à travers. Que penserait-on d un médecin qui se vanterait de donner de la digitale à tous ses malades, tandis que son confrère aurait la spécialité de donner de l'arsenic ?
Nous n'avons pas le droit de reprocher aux psvcho-thérapeutes les défauts de leur méthode, ils se contentent d appliquer une science et les insulPisances de I application montrent simplement les insudlsances de la science. Le diaonoslic et la dénomination des troubles psvchologicjues sont très vagues et tout à lait livrés à larbitraire de conventions d écoles : M. Arnaud a eu bien raison dans son aUoculion au Congrès de Clermont-Ferrand de parler de l'anarchie psychiatrique actuelle. Mais cette anarchie ellemi^me, ce vague dans la desciiplion des svndromes dépend entièrement, il faut savoir le reconnaître, de l'insullisance de notre science psychologicjue. l n des plus grands services que les premiers essais de la psvchotliciapic nmis auront rendus c'est de bien mettre en évidence les lacunes de notre prétendue psychologie. Jamais on ne sent mirux le vide de notre psychologie que lorsqu'on tîssave de I enseigner a des médecins et d en tiier des procédés prati(|ues de diagnostic et de traitement. Le succès praticjue est le critérium de la valeur d une sci»;nco ; quand une prétendue sciencjB ne peut pas être appliquée, c'est (ju'elle est en l'air, loin de son objet, l'endant longtemps la psvclndogic asservie à la l'eligion ou à la métaphysique n«' se préoccupait pas de la réalité sur lafjurlle elle di-vait agir, l'uis, sous prétexte de méthode scimliliqnc, elle s est conlondiie avec des spécul.itions mathémati(|iifs on des lecInMches de physiologie (|ui iw la regardaient pas et elle n a jamais été en étal de tlirigcr les dia- Ja.nki. — A«<iiiiB. |»»jfcli. III — .lo
gnostics de la psychiatrie ni les pratiques de la psychothérapie.
Dans ces conditions il serait peut-être sage de conclure simplement qu'il est trop tôt pour se servir de la psychothérapie et qu'on en reparlera dans un siècle. Mais rinimanité souffrante ne sait pas attendre : la médecine a appliqué au soulagement des misères humaines toutes les découvertes scientifiques même les plus incomplètes et elle a voulu utiliser immédiatement la notion d'une loi naturelle même quand la science commençait à peine à la soupçonner. La psychothérapie a voulu tirer parti de ces innombrables observations des moralistes qui montraient une certaine relation entre des modifications de la S"anté phvsique ou mentale et l'apparition de certains phénomènes dans l'esprit. Les premiers essais de psvchothérapie ont eu un caractère très général et très vague: s'appuvant sur quelques observations en général très peu précises les premiers guérisseurs ont cherché à opposer à des troubles physiques ou moraux quelconques, mal déterminés, des phénomènes psychologiques également quelconques et mal précisés. Ce fut le caractère essentiel des premières thérapeutiques religieuses, philosophiques ou morales, intéressantes surtout au point de vue historique, que nous avons étudiées dans la première partie de cet ouvrage.
Une connaissance un peu plus précise de quelques faits et de quelques lois psychologiques a donné naissance à des essais de psychothérapie un peu plus scientifique. Les éludes sur les tendances, sur les réflexes psvchiques, sur les divers automatismes psychologiques, ont permis d'utiliser les diverses (ormes de la suggestion qui cherchent à déterminer automatiquement le lonctionnement de telle ou telle tendance. Les notions sur la fatigue, sur l'épuisement, sur la dépression qui suit les dépenses de l'action excessive ont conduit à une thérapeutique par l'économie des forces mentales, soit que l'on cherchât à supprimer par la désinfection de l'esprit des dépenses en rapport avec certains souvenirs, certaines tendances fâcheuses, soit que l'on cherchât par la suppression des mouvements et des actes, par l'isolement et la restriction de la vie sociale à restreindre les dépenses de la vie. L'examen des transformations que léducation permet d'obtenir chez les jeunes eiiiants a dcuiné naissance ii une foule de traitements par la gymnastique ou la rééducation. Enfin les concep-
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lions beaucoup plus hypothétiques qui essayent d'interpréter les changements caractéristiques du réveil, de l'effort, de l'attention, les augmentations merveilleuses des forces que semble déterminer, la confiance, la foi, l'enthousiasme, ont conduit aux thérapeutiques de l'aesthésiogénie et de l'excitation. De même que le progrès des études physiologiques mettait en évidence des troubles particuliers de la digestion, de la circulation, des sécrétions glandulaires dans les névroses et permettait de substituer quelques indications plus précises à 1 ancien adage a mens sana in corpore sano », de même l'évolution des études psychologiques semble avoir eu une influence sur lapparition de psychothérapies de plus en plus précises.
Ces méthodes de traitement sont-elles devenues pratiques et utiles, permettent-elles d'obtenir la guérison des troubles névropathiques avec la certitude ou môme la probabilité que l'on obtient dans nombre de thérapeutiques médicales ou chirurgicales? Il est malheureusement impossible de répondre autrement que par la négative. Trop souvent tous ces traitements échouent complètement : le nombre de malades qui versent dans la démence irrémédiable ou qui conservent indéfiniment les mêmes troubles est très considérable. Très souvent ces traitements quand ils semblent réussir n'ont qu'une action momentanée et nous obligent a des recommencements perpétuels. Enfin, même dans les cas les plus heureux la plupart de ces traitements sont toujours beaucoup trop longs et l'on peut toujours se demander si l'évolution naturelle de la maladie pendant un temps aussi long n'aurait pas pu amener une amélioration semblable en dehors de tous les traitements.
Aussi beaucoup de médecins sont-ils disposés à n'accorder aucune utilité à des traitements de ce genre: quelques-unes de ces maladies disent-ils guérissent toutes seules, d'autres comme la démence précoce ont une évolution fatalement progressive, la médecine n'y peut guère changer (juehjiie chose. Gilbert Ballet a pu écrire: « Je ne sache pas (jue par la psychothérapie, (juelle qu'en soit la forme, ou par tout autre niovcn on ait jamais abrégé d'une heure la durée de l'accès péri(»dique le plus léger, pas plus que celle de l'accès le plus accusé de folie à double lormr'. » Beaucoup arrivent ninsi tn-s vite à cr n monstrueux préjugé »