‹ Les médications psychologiquesChapitre 10 sur 123 · M. Mangin, Annales des sciences psychiques, 1907, p. 8A · texte numérisé non relu

M. Mangin, Annales des sciences psychiques, 1907, p. 8A

'1. A. T. Mvers, Proceedinys of the Society for psychical rcsearcli, i8i)3, p. i65.

30 LA RECHERCHE DE l/ACTION MORALE

autres phénomènes de la nature l'objet d'observations et de réflexions.

Charcot, dans sa remarquable étude sur « la foi qui guérit », est l'un des premiers qui aient fait cette observation à propos des guérisons miraculeuses, c'est qu'elles se présentent toujours dans des conditions à peu près semblables \ « Qu'il s'agisse des miracles religieux anciens ou des plus récents, nous retrouvons presque toujours le beau paysage de montagnes, la source sacrée, la grotte profonde que les anciens appelaient la bouche de la terre, la statue miraculeuse, le même personnel sacerdotal avec les prêtres médecins ou le bureau médical, les prêtres comptables qui encaissent les offrandes, les prêtres intercesseurs qui parlent au Dieu à la place des malades. » Charcot a fait à ce propos une remarque amusante : il a appris que dans le Poitou il y a une classe de vieilles femmes qui font métier d'intercéder auprès du tombeau de sainte Radegonde pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer, exactement comme cela se passait autrefois auprès de l'Asclépieion. Les pratiques préparatoires au miracle sont partout restées les mêmes : le malade arrive de loin après un long et pénible voyage. Les habitants du pays ne profitent pas facilement des guérisons miraculeuses qui se font à leur porte et c'est pour cela qu'il y a encore des malades aux environs de Lourdes, ce qui peut paraître singulier. On ne laisse pas le malade aller directement et sans préambules toucher à la relique ou boire à la source sacrée : on lui impose une neuvaine propitiatoire, de longues stations à la porte du temple pendant lesquelles il écoute des sermons, répète des prières et surtout pendant lesquelles il entend parler des guérisons miraculeuses et contemple les exvoto innombrables, en un mot il faut qu'il entre lentement dans le temple et qu'il se prépare par une incubation spéciale. Si le miracle est effectué le malade doit encore remercier Dieu en public, orner le temple de témoignages bien visibles de reconnaissance : tout se passe encore aujourd'hui à Lourdes comme jadis dans l'Asclépieion. On pourrait d'ailleurs faire les mêmes remarques à propos du magnétisme animal : les séances solennelles autour du baquet de Mesmer, les pratiques mystérieuses autour de la voyante qui parle en dormant, les rites d'initiation,

I. Gliarcot, Tlic faith healing, New review of London, i^-décembro il Archivrs de neurologie, 1898, T, p. ■yS.

les enseignements hermétiques nous présentent sous une autre forme la même préparation du patient.

Cette communauté de pratiques persistant au travers de tant de siècles et de tant de peuples différents a sans doute une grande signification. Elle prouve que le miracle n'est pas aussi arbitraire, aussi libre qu'on pourrait le croire et que, tout miracle qu'il est, il est soumis à des lois qui sont restées immuables. Le Dieu qui fait ces miracles ne guérit pas n'importe quoi et ne guérit pas n'importe comment. N'allez pas demander dans un de ces sanctuaires que le Dieu ou le fluide fasse repousser une jambe coupée ou qu'il enlève les cicatrices des blessures, on vous donnera de bonnes raisons, on vous prouvera que le Dieu aime h laisser persister la trace de ses miracles, etc. Mais on finira par vous dire qu'il est inutile d'insister et que le Dieu ne s'intéresse pas à ce genre de chirurgie. Au contraire, les guérisons de troubles de la sensibilité et du mouvement sont innombrables et dans bien des cas certaines. En réalité le miracle n'est pas plus arbitraire que la foudre ou que la lumière électrique que les anciens attribuaient aussi à des Dieux. « Il nous faut pénétrer le déterminisme de ces nouveaux faits, de ces phénomènes naturels qui se sont produits partout, il nous faut faire la science du miracle afin de le reproduire à notre gré... Le domaine du surnaturel voit tous les jours ses frontières se rétrécir sous l'influence des acquisitions scientifiques et ce ne sera pas une des moindres conquêtes de la science sur les mystères de l'univers que d'avoir dompté, domestiqué le miracle thérapeutique'. »

Après cette première constatation sur le déterminisme des miracles, la science humaine a pu faire un pas de plus. On commence à comprendre qu'il s'agit d'un déterminisme particulier, celui qui régit les phénomènes de l'esprit. Les anciens le soupçonnaient, Galien disait déjà : « Les temples d'Esculape nous fournissent la preuve que beaucoup de maladies graves peuvent guérir uniquement par la secousse qu'on imprime au moral. »

Un certain nombre de remarques peuvent être présentées aujourd'hui pour confirmer cette supposition. En premier lieu les malades qui guérissent le plus souvent dans ces conditions sont des névropathes dans la maladie desquels le rôle de l'esprit a été reconnu prépondérant. J'ai fait le compte des guérisons

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