I. Féré, Sensation et mouvement . 1887, p
3. A. Espinas, Du sommeil provoqué chez les hystériques i884, p. 9
sèment 2)lus rapidement que ne le faisait la fatigue. Je suis convaincu que même en employant les procédés les plus doux, nous déterminons toujours une violente émotion dès que nous cherchons à hypnotiser une personne et il ne serait pas bon de chercher à diminuer trop cette émotion car nous perdrions en même temps une grande partie de notre influence.
Une autre influence pourrait dans certains cas avoir un grand intérêt, c'est celle des intoxications. On sait que l'ivresse alcoolique détermine quelquefois des états de suggestibilité, des phénomènes d'amnésie et de mémoire alternante. Sous l'influence de l'éther et du chloroforme on observe des faits semblables et il n'est pas impossible que dans les névroses hystériques nous n'avons affaire à des phénomènes d'intoxication du même genre. Il est très probable que 1 on pourrait tirer parti de ces intoxications artificielles et déterminer des états analogues à l'état hypnotique par des procédés analogues à la chloroformisation et à l'éthérisation. Plusieurs observateurs ont essayé de réaliser cette expérience; INI. Bernheim a signalé autrefois l'influence de la morphine mais, si je ne me trompe, sans insister, MM. Fazio et Geoffredi de Naples se sont servi avec succès de l'éther, d'autres se sont servi du chloroforme. J'ai répété cette expérience une fois avec le chloroforme et trois fois avec l'éther. Les résultats intéressants ne m'ont pas paru suflSsammenl démonstratifs, parce qu'il s'agissait d hystériques que j'aurais pu hypnotiser autrement et dont j'ai simplement rappelé l'état hypnotique. Je n'ai pas eu l'occasion ni peut-être le courage de recommencer l'expérience dans des conditions plus intéressantes, c est-à-dire sur des sujets que je ne pouvais absolument pas hypnotiser autrement. Aussi ai-je été très intéressé par les expériences de M. Paul Farez qui a utilisé l'hypo-narcose produite par une faible inhalation de chlorure d'éthyle ou de somnoforme. 11 semble avoir obtenu des résultats fort encourageants surtout dans l'expérience qui consistait à transformer le sommeil hvstérique de « la dormeuse d'Alençon » en un sommeil hypnotique. Ce sont là des expériences qui méritent d'être reprises avec soin et d'être vérifiées ; il y a là, si je ne me trompe, le point de départ de tout un nouvel hypnotisme qui pourrait peut-être devenir indépendant de l'hvstérie tandis qu il est aujourd'hui entièrement sous la dépendance de cette névrose ou si l'on veut de cette intoxication naturelle.
LES PBOBLÈMES DE LHYPNOTI-SME 281
Ces conditions sont importantes sans cloute, je ne suis pas certain qu elles soient suffisantes. Si elles agissaient seules le somnambulisme ne se développerait que de temps en temps et assez rarement. Ces épuisements laissent seulement le champ libre à toutes sortes de tendances inférieures et celles-ci en se développant sans direction donneront naissance à de simples crises de nerfs ou à d'autres états qui ne ressembleront guère à des somnambulismes. C'est ce qui arrive d'ailleurs quelquefois quand on essaye d'hypnotiser un sujet. Mais cet accident est le plus souvent évité par l'intervention d'autres conditions psychologiques qui jouent évidemment un grand rôle.
Le somnambulisme n'est pas seulement 1 arrêt de la personnalité normale, il est aussi le développement d'autres tendances. Pour qu il y ait hvpnotisme, il faut qu'au moment de la dépression 6 éveillent et se développent des tendances compatibles avec cet état, c'est-à-dire des tendances qui ne soient pas en contradiction avec l'hypnotisme lui-même, qui permettent au malade de se tenir tranquille dans son fauteuil, d'écouter son hypnotiseur et de causer avec lui, etc., en un mot de garder l'attitude d'un hvpnotisé.
Quand il s'agit d'individus qui ont déjà été hypnotisés, ce phénomène se réalise très aisément, les séances précédentes ont permis le développement de cette attitude. La tendance à la reprendre est d'autant plus forte que les séances précédentes ont été plus nombreuses; elle reste latente pendant la veille, inhibée par le développement de la personnalité, mais elle est déjà éveillée parla présence de l'hypnotiseur, par sa voix, par ses gestes et elle se réalise à la première occasion, dès qu'il y a une dépression légère déterminée par une fatigue ou une émotion. C est pourquoi les personnes qui ont déjà été endormies sont faciles à hv[)notiser surtout si 1 on se sert exactement des mêmes procédés auxquels est lié par association le développement de la tendance sous-jacente.
Chez les personnes qui n'ont pas été hypnotisées, mais qui ont eu des somnambulismes spontanés, des crises de nerfs avec attitudes particulières, délire ou bavardage, les choses sont déjà un peu plus compliquées. Au moment de la dépression ce sont ces attitudes-là qui sont évoquées et ces sujets ont une disposition fâcheuse à commencer une crise de nerfs quand on veut les hypnotiser. Une de mes malades avait des crises de somnambu-
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lisme délirant dans lesquelles elle jouait la scène de la mort de sa nièce et voulait comme elle se jeter par la fenêtre : dès qu'on la fatiguait ou qu'on l'émotionnait quelque peu on faisait réapparaître la même scène. Irène dans ses crises assistait à la mort de sa mère et k l'aidait à cracher ses poumons qui 1 étouffaient », puis elle voulait se jeter sous les roues d'une locomotive : je n'avais qu'à lui faire fixer les yeux sur un point brillant pour qu'elle recommençât immédiatement son délire : « Oh maman tu veux donc que je m'en aille avec toi... » M'"''D... ne pouvait avoir une surprise sans recommencer à voir et à entendre le mauvais plaisant qui lui avait annoncé la mort de son mari : on pourrait citer des quantités d'exemples de ce genre-. Il y a là la matière morale de l'hvpnotisme, c'est-à-dire le développement d'états complexes en dehors de la personnalité, mais il n'v a pas encore la forme de l'hypnotisme utilisable ; il faut que l'opérateur intervienne encore pour perfectionner cet état. Il cherche les excitations qui sont capables d'influencer le sujet, qui peuvent éveiller des faits psychologiques malgré la résistance des tendances en développement. Souvent il réussit par des excitations banales, en touchant le front, en serrant la main, en parlant doucement ou en commandant avec fermeté. Quelquefois il doit au début prendre un moyen détourné pour se faire entendre, il doit entrer dans le rêve du sujet et provoquer des impressions faciles à incorporer dans la tendance dominante. J'ai raconté ailleurs comment Gu. délirait dans ses crises à propos des immortelles rouges que des compagnons avaient déposées sur le cercueil de son père, elle restait insensible à toutes les excitations cutanées et à toutes les paroles. Il suffisait de lui dire doucement : « j apporte un bouquet de violettes... » pour qu'elle entendît et remerciât. Ceci fait, il n'était plus difficile de modifier la crise, de transformer peu à peu les tendances dominantes, de donner en un mot à cette crise d'hystérie l'attitude d'un hypnotisme-. Il y a là une éducation du sujet dont on s'est beaucoup moqué, mais qui est inévitable. Sans doute il est ridicule de dresser des sujets à vous tutoyer pendant l'hypnose, à garder des yeux terrifiés, ou à vous tenir la main en grattant constamment l'ongle du pouce ; mais ce sont là des exagérations d'une pratique excellente. L'hypnotisme est non seulement un état subconscient, mais c'est un état artificiel déterminé par l'hypnotiseur et jusqu'à un certain point à la disposition de l'hvpnotisenr. Il faut donc que celui-ci donne au sujet
pendant cet état les tendances et les attitudes dont il a besoin et ce ne serait pas la peine de provoquer cet état si le sujet devait V être aussi incommode que pendant la veille.
Quand il s'agit de sujets qui n'ont jamais été hvpnotisés et qui n'ont pas encore présenté spontanément de somnambulismes ou de crises délirantes de ce genre, la provocation de l'état hvpnotique est certainement plus difTîcile. Si le sujet ne savait pas du tout ce que c'est que cet état, s'il n'avait en lui aucune tendance à prendre l'attitude d'un individu hypnotisé vis-à-vis de son hypnotiseur, il est probable que les procédés précédents, s'ils réussissaient à abaisser la tension, et à supprimer momentanément le contrôle personnel, feraient naître uniquement une crise convulsive ou un somnambiïTisme délirant quelconque ; on reviendrait au cas précédent et on aurait à donner sa forme à ce somnambulisme. Mais souvent il n'en est pas ainsi : le sujet sait déjà ce que c'est qu'un individu hypnotisé. Savoir une chose c est déjà avoir en soi sous une forme verbale particulière la tendance à réaliser cette chose. Dans les conditions normales cette tendance reste latente ou ne se développe qu'au premier degré sous forme d'idée. Mais qu'une circonstance favorable survienne par la dépression de la personnalité, cette tendance éveillée et excitée par la présence et la parole de l'hvpnotiseur va se réaliser et le sujet se tiendra comme un individu hypnotisé. C'est à cause de ces idées courantes que les somnambules d'une même époque ont une attitude semblable, c'est à cause de la présence de 1 hypnotiseur au début de l'hypnose que le (•'. rapport magnétique » caractérise presque toujours les états de ce genre.
C'est ici que se pose le problème des hyj)notismes par suggestion que l'on a considérés trop souvent comme la forme essentielle du phénomène. Il est évident qu'il y a une relation très étroite entre la suggestion et l'hypnotisme. Une suggestion qui se réalise est déjà un état anormal, dill'érent de la veille et, comme le disait M. Beaunis. le plus souvent suivi d'amnésie. On a démontré bien des fois que pour exécuter les suggestions posthypnotiques les sujets retombaient dans un état hypnotique. Par conséquent quand on suggestionne un individu on le met déjà dans un hvpnotisme passager. Si les suggestions sont nombreuses, complexes et se succèdent sans laisser au sujet le temps de reprendre son état de conscience normal, on développe l'état hypnotique. A plus forte raison en est-il ainsi quand on sug-
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gère des attitudes prolongées, des modifications générales et prolongées de la conduite. C'est en particulier ce qui arrive dans la suggestion célèbre du sommeil imaginée par l'abbé Faria (1818). Cette suggestion « de dormir » réussit si bien dans un grand nombre de cas à déterminer l'hypnotisme qu'elle s'est beaucoup répandue et a été considérée comme la seule cause de l'hvpnotisme. Noizet adoptait cette méthode d'hypnotisme ', Durand (de Gros) s'en sert - également. Puis à J'exemple de M. Bernheim, toute l'école de Nancy hypnotise de cette manière.
Pour apprécier cette méthode il faut d'abord bien comprendre que malgré lemploi des mots : « sommeil, dormir, fermer les yeux, chute des paupières, etc. », le résultat obtenu n'est pas du tout un sommeil. Si ces sujets s'endormaient réellement, ils ne seraient pas dn tout hypnotises comme nous l'avons déjà vu et ils se réveilleraient brusquement dès que l'hypnotiseur les toucherait ou leur parlerait. En réalité dans l'expérienee de Faria, le mot « sommeil » est entendu par le sujet dans le sens de changement d'attitude, de laisser-aller général et même dans certains cas dans le sens de « prendre l'attitude d'un somnambule ». On peut remarquer à ce propos que la dépression psychologique qui dépend essentiellement de l'épuisement, de l'émotion ou de l'intoxication peut aussi dans une certaine mesure être déterminée par des actions de diverses espèces. Nous pouvons, au moins jusqu'à un certain degré, nous laisser aller, nous détendre, comme nous pouvons dans d'autres cas nous tendre, nous remonter. Le fait de s'endormir et de se réveiller se rattache à des actions de ce genre. Nous aurons l'occasion dans la dernière partie de cet ouvrage, à propos des excitations, de revenir avec plus de précision sur ces questions. 11 suffit de rappeler ici ces faits psvchologiques pour faire comprendre comment la suggestion de dormir, d'être hypnotisé, comprise dans un sens particulier peut éveiller des tendances qui se réalisent à l'occasion de la dissociation mentale produite par l'émotion.
M. Bramwell critique assez sévèrement la conception de l'école de Nancy sur l'hypnotisme par suggestion : « Cette doctrine, dit-il', peut se résumer ainsi : tout homme est suggestible, si nous en prenons un et lui suggérons d'être encore plus sugges-