‹ Les médications psychologiquesChapitre 111 sur 123 · Charcot, Leçons du Mardi, I, p. 'iSi · texte numérisé non relu

Charcot, Leçons du Mardi, I, p. 'iSi

la déception, mais rien de plus. Dans certains cas exceptionnels quand la tentative d'hypnotisation aura été faite d'une manière dramatique sur un théâtre par exemple, le sujet pourra être effrayé et présenter quelques-uns de ces troubles qui résultent de l'émotion. Cela est possible, mais alors il ne s'agit pas des résultats d'un hypnotisme qui n'a pas eu lieu, mais d'un trouble émotionnel 'qui aurait pu être déterminé par une tentative thérapeutique quelconque.

Le problème devient plus intéressant quand on a réussi à déterminer un état hypnotique réel. Voyons d'abord les inconvénients immédiats qui peuvent accompagner les suggestions ou l'hypnotisme. Une suggestion peut être mal comprise ou exagérée : j'ai vu des sujets qui mangeaient toute la journée parce qu'on leur avait suggéré de manger aux repas ou qui ne dormaient pas la nuit parce qu'on leur avait défendu de dormir le jour. Ce sont là des choses insignifiantes qui seront facilement corrigées par une éducation plus précise.

On peut observer quelquefois des vertiges ou des nausées et il me semble bon, pour éviter cet accident, d'ailleurs rare, de ne pas faire les séances à un moment trop rapproché des repas. Plus souvent, on observe des maux de tête assez graves, particulièrement pénibles après les premiers essais d'hypnotisation, ou bien quand on reprend les séances après les avoir interrompues quelque temps. D'autres maux de tête plus violents se présentent quand on lutte pendant l'hypnose contre les idées fixes du sujet et quand on réussit à modifier profondément ses amnésies et ses anesthésies, mais ceux-ci ne sont pas dus à l'hypnotisme et ils ont plutôt une signification très favorable. Il est rare que ces maux de tête durent plus de quelques heures, on peut les atténuer par la suggestion, et par un ensemble de précautions qu'il faut prendre quand on réveille les sujets.

Un danger un peu plus grave, auquel on est exposé quand on hypnotise certains malades, c'est celui de provoquer une attaque d'hystérie. Non seulement l'émotion peut provoquer l'attaque, mais il y a un rapport si étroit entre l'état psychologique pendant 1 attaque et celui qui caractérise le somnambulisme, que le passage de l'un à l'autre est malheureusement trop facile. C'est là un accident gênant plutôt qu'un obstacle véritable. Avec quelques précautions, on peut, sinon supprimer totalement, au moins diminuer ce danger; ensuite, l'attaque hystérique n'est

pas par elle-même bien dangereuse, enfin dans certains cas, en présence d'accidents qui durent depuis longtemps, il est pas toujours mauvais de provoquer une attaque. Elle peut changer 1 orientation de l'esprit, modifier l'état de sensibilité et de la mémoire ; elle peut surtout, quand on la dirige, devenir le point de départ d'un somnambulisme qui sera plus tard fort utile. En un mot, dans certains cas, bien entendu, je préférerais provoquer une attaque en essayant d'hypnotiser que de n'avoir aucune influence sur le sujet.

On éprouve plus fréquemment des difficultés à réveiller les sujets : les anciens magnétiseurs insistaient déjà sur l'importance de cette opération'. En règle générale il faut que ce réveil soit aussi complet que possible, c'est là une question que nous reverrons plus tard à propos de l'excitation des hystériques. En règle générale également il faut éviter de chercher à réveiller quand un accident quelconque, contracture ou délire s'est développé pendant le sommeil hypnotique et il faut toujours faire cesser cet accident avant le réveil. Quelquefois il pourra être très difficile de terminer ces accidents et d'obtenir le réveil parce que le sommeil hypnotique se sera transformé en sommeil hystérique ou en somnambulisme spontané indépendant de l'opérateur. Ces accidents, il ne faut pas l'oublier' sont en rapport avec l'état hystérique déjà grave du sujet et non avec l'hypnotisme proprement dit, ils auraient pu se produire pendant la veille ou le sommeil normal et ils ne sont pas plus sérieux parce qu'ils sont survenus pendant l'hypnose. D'ordinaire on peut les terminer en rentrant en rapport avec le sujet en reprenant influence sur le cours de ses idées. Si on n'y parvient pas, il faut laisser ces accidents évoluer comme des accidents hystériques ordinaires et le réveil survenir spontanément comme après une crise quelconque. Dans des séances ultérieures on prendra graduellement une influence plus grande qui empêchera le retour de ces accidents, proprement hystériques.

Ce qui est plus malheureux c est que l'attaque ou le sommeil |)rovoqués par Thvpnotisation se reproduisent ensuite spontanément. Je crois qu'en général il ne faut pas interrompre les séances, mais au contraire les continuer et obtenir un véritable

t. Baragnon, Étude du magnétisme animal sous le point de vue d'une exacte pratique, i853, p. 2IO.

Ja.net. — Mcdic. psych, 20

somnambulisme qui servira à enlever ces attaques surajoutées. On peut signaler aussi les perturbations que les sorhnambulismes et les suggestions amènent quelquefois dans les accidents des hystériques : la suppression brusque d'un accident expose à ce qu'il soit remplacé par un autre. J'ai insisté autrefois sur l'alternance des vomissements hystériques et des délires. Ce sont là des difficultés du traitement de l'hystérie qui ne constituent pas des dangers de la suggestion elle-même, mais qui rendent son application plus délicate dans ces cas particuliers.

On peut donc dire qu'en général ces procédés sont peu dangereux et que leurs dangers qui indiquent leur pouvoir dans des cas particuliers peuvent être assez facilement combattus : tous les auteurs qui ont beaucoup pratiqué ces méthodes en sont convaincus : on peut lire le résumé de beaucoup de ces opinions dans le travail de M. Bonjour \ ou dans l'article de M. Fr. H. Gerrish, publié dans le svraposium de M. Morton Prince". M. Ch. Llovd Tuckey résume cette constatation dans cette plaisanterie : « Liébault a pratiqué à Nancy pendant quarante ans ; le ?"■ Wood de Philadelphie résume le récit de sa visite à M. Bernheim en 1889 en disant que l'air de la ville de Nancy était lourd de suggestion et cependant je n'ai pas entendu dire qu'à cette époque la santé phvsique ou morale de cette ville ait été beaucoup inférieure à celle des autres villes de France \ »

S'il y a ainsi peu de dangers dans une séance isolée d'hypnotisme, en est-il de même quand on considère un grand nombre de séances capables de développer des habitudes profondes. Je suis loin d'être de cet avis, nous nous trouvons ici heureusement en présence des grandes puissances de l'éducation et de l'habitude susceptibles de faice du mal comme du bien. 11 est certain que nombre de sujets hypnotisés ont pris sous l'influence maladroite de leurs directeurs de très mauvaises habitudes. Nous en avons malheureusement sous les yeux un exemple célèbre : ce sont les états hystériques qui ont été étudiés et développés, dans le service de Charcot à la Salpêtrière pendant dix ans de 1878 à 1888 :

1, Bonjour, La suggestion hypnotique, 1908.

2. Fr. H. Gerrish, The therapeutic value of hypnolic suggestion, Adresse du président de l'American therapeutic sociely, 6 mai 1909, Psyeliotherapeutics a symposium, 1910 p. /17.

?). Lolvd Tuckey, Psychotlierapy de Parker, II, 11, p. 5.

ces attaques si longues et si bien ordonnées avec leurs quatre phases, ces contractures de forme typique, ces somnambulismes réglés en trois parties chez tous les sujets, tout cela était en grande partie le résultat d'un dressage et, quoique cela n'ait pas été très dangereux, on ne peut pas dire que cela ait été avantageux pour les sujets. Pour une dizaine de malades, il y a eu certainement un développement fâcheux de la névrose, une hystérie de culture. Cela est vrai et cela doit être reconnu aujourd'hui. Mais il ne faut pas oublier que l'on est exposé à des dangers analogues toutes les fois que l'on exerce une influence éducatrice sur des individus trop dociles. Dans les services de Nancy où l'on hypnotisait 90 malades sur 100, où on les dressait à faire semblant de dormir, à présenter de « l'automatisme rotatoire » ou à simuler des crimes horribles au premier signal, il y avait aussi un dressage que je ne puis considérer comme plus inoffensif et qui était appliqué à bien plus de personnes. Ceux qui aujourd'hui prétendent traiter les malades par la persuasion, qui les forcent à rester couchés indéfiniment et à simuler la guérison pour obtenir de se lever et de parler à quelqu'un ne sontils pas exposés à donner aux névropathes des habitudes de paresse et d'hypocrisie? Il faut savoir que l'on dresse très facilement des malades suggestibles, qu'on 'les contagionne par la parole, par l'attitude et par l'exemple aussi bien que par la suggestion hypnotique. Il faut avant tout bien connaître cette puissance et ce danger et suggestionner les malades d'une manière utile : une suggestion plus puissante et plus rapide n'est pas plus dangereuse quand on s'en sert bien.

Une autre critique a également été présentée depuis longtemps : M. Jolly' l'exposait autrefois dans les archives de psychiatrie, c'est que l'hypnotisme est capable de développer un état mental hystérique qui n'était encore que latent. Je crois cette remarque exacte ; le somnambulisme avec l'amnésie, la division de la conscience qui l'accompagne, est le type des phénomènes mentaux de l'hystérie, à un tel point, comme je l'ai montré bien souvent, que certains hystériques semblent être dans un état de somnambulisme continuel. Développer cet état, c'est préciser, régulariser en quelque sorte l'état hystérique du malade. Cela serait dangereux chez les individus jeunes qui

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