I. Jolly, Archiv f. Psychiatrie, XX
308 LUTILISATIO>i DE L'AUTOMATISME
débutent dans l'hystérie et qui n'ont encore qu'à un faible degré les phénomènes subconscients caractéristiques de la maladie. Contrairement à beaucoup d'auteurs qui parlent sans cesse de l'éducation des enfants par l'hypnotisme, je crois qu'il ne faut recourir à ce procédé chez les enfants qu'en cas de nécessité. Ce sont d'ailleurs des malades qui se guérissent facilement par d'autres procédés. C'est aussi une raison importante pour interdire l'hypnotisme extra-médical qui a été un moment à la mode. Bien des individus qui n'avaient encore que des troubles nerveux assez vagues ont présenté des symptômes hystériques bien plus nets pour avoir été hypnotisés souvent par des personnages en renom.
Mais quand l'hystérie est évidente, je ne vois pas l'inconvénient du somnambulisme. Ce n'est pas lui qui fait naître une dépression, une division de la conscience et des phénomènes subconscients qui existent déjà ; il ne peut que les régulariser et nous permettre de les diriger et de les supprimer. Enfin, il ne faut pas s'hypnotiser sur la peur de l'état mental hystérique, c'est peut-être le moins dangereux des états mentaux pathologiques. Si nous avions le pouvoir de développer l'état mental hystérique à la place de certaines confusions mentales chroniques ou de certaines psychasténies constitutionnelles, nous rendrions le plus grand service au 'malade.
La plus sérieuse critique au point de vue médico-psychologique c'est que la suggestion hypnotique exagérée habitue le sujet à l'exécution d'actes automatiques dans lesquels sa volonté et sa conscience personnelle ne participent pas. « L'éducation de l'automatisme, disent MM. Déjerine et Gauckler, en est le résultat sinon constant, du moins extrêmement fréquent. La plupart des hystériques éduquées autrefois sont devenues de bien pauvres sujets incapables de se guider seuls dans l'existence'. » Cette dernière remarque demanderait des observations précises qui seraient, je crois, fort discutables. En général les sujets dressés par les hypnotiseurs n'avaient jamais qu'un très petit nombre d'automatismes partiels très systématisés et gardaient au contraire sur tout le reste un caractère très indépendant, très indocile et très orgueilleux. Si quelques-uns ont été dans la vie de piètres sujets, c'est bien plutôt à cause de leur caractère anté-
t. J. Dôjcrine ot E. Gauckler, Les manifeslalions jonclionnelles des psycho-névrosi's et leur Irailemenl par la psycliolliérapie, igii, p. ^oi.
rieur non modifié, qu'à cause de leur petite éducation hypnotique. Mais laissons de côté cette remarque inexacte et reconnaissons qu'il est théoriquement possible d'habituer le sujet à la suggestion à propos dé presque tous les actes de la vie et de lui faire perdre ainsi l'habitude de l'action personnelle. C'est là un danger qui résulterait de l'abus de la suggestion : il suffit d être prévenu et de savoir que 1 usage de la suggestion hvpnotique doit être limité et dosé comme celui de tout médicament. Elle doit être appliquée dans la mesure où elle est nécessaire pour modifier les phénomènes que le sujet ne peut pas atteindre par sa volonté personnelle et ne doit pas aller au delà.
Il n'en est pas moins vrai que le sujet hypnotisé sera au moins pendant un certain temps sous la dépendance de son médecin et on a constaté souvent que les sujets de ce genre conservent souvent un besoin curieux du somnambulisme et une soumission exagérée à leur hypnotiseur. Cette remarque est à mon avis très importante: c'est là le grand danger ou plutôt c'est là le caractère essentiel d'un traitement hvpnotique, comme je le montrais autrefois'. L'influence de l'hvpnotiseur est précisément le moven qui nous permet de rendre ces malades raisonnables : loin de la craindre, il faut la souhaiter la plus forte possible quand la maladie est grave. Si le sujet pouvait se bien conduire à lui tout seul, il serait mauvais de le tenir ainsi en laisse ; mais, s'il est réellement malade et présente les symptômes de l'automatisme hvstérique, c'est lui rendre service que d'exercer sur ses tendances émancipées un contrôle qu'il ne peut exercer lui-mêpie.
Comme cette soumission exagérée dépend de l'état mental du sujet et non de l'hypnotisme lui-même, elle existe parfaitement dans tous les autres traitements où la suggestion hvpnotique n'a en apparence aucune part. Vous la retrouverez dans les soidisant traitements par la persuasion moralisatrice où le sujet est tout aussi incapable de lâcher son médecin, dans les pratiques pseudo-religieuses, comme dans les traitements par les médications physiques. Certains malades ne quittent pas l'antichambre du médecin qui leur donne des pilules ou courent après l'électricien et le masseur. Un malade que j'ai connu était devenu l'esclave d'un individu qui se bornait à faire semblant d'analvser
I. L'influence somnambulique et le besoin de direction, Névroses et idées fixes, i.^f|8. I. p. ^23.
ses urines toute la journée. Il y a également des malades qui abandonnent leur fortune, qui sacrifient leur famille pour un moine faiseur de miracles ou pour une cartomancienne. Du moment qu'une domination est nécessaire, j'aime encore mieux qu'elle soit évidente et avouée, c'est ainsi qu'elle aura le plus de chances d'être utile et modérée.
• La meilleure preuve de l'utilité de cette direction et de cette domination c'est qu'elle arrive quand le traitement est bien conduit à se supprimer elle-même. Le développement des tendances émancipées gênait et diminuait la volonté personnelle et la suggestion en supprimant cet obstacle affranchit la volonté et permet à la personnalité de se reconstituer. Dans un traitement heureux, la suggestion qui a d'abord été nécessaire, cesse bientôt d'être possible parce que le sujet perd peu à peu toute suggestibilité pathologique. Nous reviendrons d'ailleurs sur ces faits quand nous étudierons d'une manière plus générale le traitement par la direction de l'esprit. La seule conclusion à tirer maintenant de ces observations c'est que la suggestion ne doit pas être commencée à la légère, qu'elle ne doit pas être supprimée tout d'un coup après la guérison apparente d'un seul accident, qu'il faut avertir le malade et sa famille que sous cet accident il y a un état mental défectueux incapable de se modifier instantanément. Il y a là toute une éducation à faire dans laquelle toutes sortes de procédés thérapeutiques peuvent intervenir, en outre de la suggestion et elle doit avoir pour but la reconstitution de la personnalité.
Si on se place au point de vue médical, les dangers ou les inconvénients de la suggestion hypnotique ne semblent donc pas bien sérieux, ils peuvent facilement être réduits, sinon supprimés par une meilleure connaissance de la maladie et de son traitement, ils ne peuvent pas supprimer les avantages qu'il nous semblait possible de retirer de ce mode de traitement dans certains cas particuliers.
^. — Critique de ces traitements au poixt de vue
DE LA morale.
Quoique cela paraisse bizarre et même un peu ridicule, il est nécessaire de dire ici quelques mots à propos d'autres reproches
qui ont été adressés à la suggestion hypnotique à un point de vue exclusivement moral. Quelques médecins subitement touchés de la grâce ont suivi l'exemple donné par M. Dubois (de Berne) et ont déclaré que ce traitement, même s'il était utile, ne devait pas être employé parce qu'il était humiliant et déshonorant pour le malade et pour le médecin : il ne me semble pas bien difficile de calmer des scrupules aussi délicats.
Un certain nombre de ces critiques se rattachent aux précédentes et ont rapport aux dangers possibles de la suggestion hypnotique, nous y avons déjà répondu. Déjerine ajoute que la suggestion hypnotique est trop puissante et qu'elle pourrait être employée pour le mal par un médecin indélicat, puisqu'il est possible de faire commettre des crimes par suggestion. A supposer que cela soit vrai, quel traitement médical ou chirurgical résisterait à cette critique ? Faut-il renoncer à l'arsenic à cause du crime de Lacenaire ou émousser les bistouris des chirurgiens de peur qu'ils ne s'en servent pour couper la gorge de leurs clients? M. J.-R. Angell (de Chicago) ne veut pas de la suggestion « parce que dans ce traitement le charlatanisme est possible' ». C'est évidemment là un bon sentiment, mais que restera-t-il de la médecine et de la chirurgie ? Ne 'reprochez donc pas à un traitement d'être puissant et de pouvoir entre des mains coupables devenir dangereux, c'est la condition nécessaire pour qu il puisse en d'autres mains devenir efficace.
Les autres critiques sont plus directement morales : elles reposent sur une idée générale. C'est que dans la thérapeutique suggestive on utilise des puissances qui sont peu honorables ou (jui ont peu de valeur morale. La plupart des auteurs insistent sur ce fait que le sommeil hypnotique et la suggestibilité sont des symptômes hystériques et en concluent qu'il n'est pas digne d'un médecin d'utiliser des symptômes morbides. J'ai de la peine à comprendre pourquoi nous ne tirerions pas le bien c^i mal et pourquoi on n'utiliserait pas une propriété de la maladie pour la guérison, autant vaudrait nous dire que nous n'avons pas le droit d utiliser un symptôme pour le diagnostic. M. J.-J. Putnam fait remarquer à ce propos que la morphine et le chloroforme, comme tous les médicaments d'ailleurs, déterminent des svm-