‹ Les médications psychologiquesChapitre 14 sur 123 · I. Bertrin, op. cit., p. i · texte numérisé non relu

I. Bertrin, op. cit., p. i

■j.. 7.1 Ah. Lounlrs. j). 199.

rieur, à qui elle donnera son temps, sa vie, un peu de son amour pour qu'il fasse grâce à elle un livre merveilleux qui sauvera l'humanité. N'est-il pas évident que ces individus vont être transformés moralement et physiquement, sans qu'il soit nécessaire de faire appel à la puissance des dieux ou à l'action du fluide ? Voilà quelques-unes des influences psychologiques qui interviennent dans les miracles et il est bien probable qu'il y en a encore lùen d'autres que nous ne savons pas analyser.

Nous arrivons ainsi à soupçonner le rôle des phénomènes psychologiques dans les guérisons miraculeuses et nous comprenons que les miracles représentent encore aujourd'hui une des formes les plus élémentaires des pratiques psychothérapiques. Mais il ne faut pas oublier cependant que ces phénomèmes psychologùques interviennent ici de la manière la plus vague et la plus confuse. Ils sont ignorés non seulement par le malade, mais par l'opérateur lui-même qui croit mettre enjeu de tout autres puissances. C'est une psvchothérapie qui s'ignore elle-même et qui agit tout à fait inconsciemment : il en résulte que son action, toute réelle qu'elle soit, est évidemment très réduite. J'ai essayé de démontrer que les traitements miraculeux réussissent quelquefois à guérir, on m'accordera, je pense, sans discussion nouvelle qu'ils échouent le plus souvent. Les individus qui ont été en pèlerinage aux sources miraculeuses, qui ont imploré les dieux avec les rites prescrits, qui ont avalé des thériaques ou qui ont été magnétisés sans en ressentir aucun soulagement se comptent par millions : la proportion des guérisons par rapport aux insuccès est extrêmement petite.

En outre, nous n'avons trouvé aucun moyen de savoir si un individu a un peu plus de chances qu'un autre d'être guéri par un miracle. Les opérateurs n'admettent aucune distinction dans les maladies sur lesquelles ils opèrent : ils prétendent guérir tout, absolument tout, aussi bien ou aussi mal. Notre diagnostic ne sert à rien et nous ne pouvons pas améliorer nos chances en adaptant mieux notre conduite aux circonstances particulières. Pouvons-nous tenir compte des prédispositions morales du malade ? On nous prévient que la foi ne sert à rien, qu'elle ne garantit pas le choix de la providence et que souvent des mécréants sont préférés. Nous ne devons pas tenir compte de la suggestibilité, car on ne veut pas non plus qu'il s'agisse de psychologie. En un mot nous n'avons absolument rien pour nous

guider, il nous faut jouer à l'aveuglette et dans une loterie où les gagnants sont infiniment peu nombreux.

Encore si le jeu était sans inconvénients : mais le voyage, l'entretien du prêtre qui vit de l'autel, les frais du magicien coûtent cher. Est-il bien sûr que de pareils traitements ne déterminent ni fatigue, ni troubles. De tous les malades que j'ai vu se rendre à des officines de miracles ou que j'y ai envoyés moi-même, un ou deux sont revenus améliorés pour quelques mois, tous les autres sont revenus plus souffrants et plus désespérés. Le temps perdu dans ces tentatives inutiles est souvent long, il permet à la maladie de se développer et aurait pu facilement être employé d'nne manière plus utile. Tant que les hommes n'avaient pas à leur disposition une autre médecine que la médecine des miracles, on comprend qu'ils se soient résignés à risquer leur santé, leur enjeu à cette loterie; mais il n'est pas interdit de penser qu'ils peuvent aujourd'hui trouver un peu mieux.

Lévolution qui fera sortir une psychothérapie scientifique des traitements miraculeux se fuit très lentement et a déjà traversé plusieurs étapes. Un des intermédiaires les plus intéressants me semble constitué par les pratiques singulières qui depuis quelques années ont envahi les Etats-Unis d'Amérique sous le nom de Mind cure, Faith cure, divine healing, mental healing et surtout de Christian science. Cette école ou cette église a joué un rôle considérable : ellea mantré l'importance des traitements, moraux et a été le point de départ du développement considérable qu'ont pris ces traitements en Amérique. En outre elle a mis en lumière une conception du rôle de la pensée dans la maladie et dans la santé qui a permis d'interpréter les effets des miracles précédents et de les dépasser. Enfin, la vie même de Mrs. Eddy, la fondatrice de cette secte est vraiment tout à fait extraordinaire et nous fournit de remarquables enseignements sur la psvchologië et la psychothérapie. C'est pourquoi il me semble utile d'insister ici sur l'histoire de la Christian science qui n'est pas assez connue en France.

De nombreux ouvrages ont été publiés surtout en Angleterre et en Amérique sur la Christian science : je rappellerai en particulier les suivants : Lord Frances, Christian science and healing, Londres, 1888; J. M. Bucklev, Faith healing, Christian science and kindred phenomena, Londres, 1892; A. T. Shoficld, Faith healing, Londres, 1892; A. T. Myers and F. W. H. Myers, Mind cure, Faith cure and the miracles of Lourdes, Proceedings of the Society for psychical research, 189.^. p. 160; E. R. Knowles, The true Christian science, Providence; J. A. Dressner, The true Christian science, Boston, 1889; Albert Moll, Christian science,

îiiedicine and occultism; Woodbridge Riley, The personal sources of Christian science-, Psychological Review, nov. igoS; Mark Twain, Chrisiian science, Leipzig, 1907; Georgine Milmine, Mary Baker, Glover, Eddy, The story of her life and thehistoryo' Christian science, Mac dure' s magazine, INlarch 1907 and sq. Cette dernière série d'articles fort remarquables, publiés par M. G. MilminjB, contient des appréciations critiques assez sévères et des détails biographiques qui ne sont pas toujours à l'honneur de l'héroïne. Aussi l'église officielle a-t-elle fait répondre à cet ouvrage par le livre de M. Sybil Wilburn, The life of Mary Baker Eddy. H faut signaler aussi un travail français, la thèse de médecine de INI. Emmanuel Philippon, la médication mentale dans la doctrine de la Christian science. C'est dans plusieurs de ces ouvrages et en particulier dans les travaux de M. G. Milmine que j'ai puisé les détails historiques que je ne fais que résumer.

I. — Les DÉiiUTS de Mus. Mary Baker, Glover, Patterson, Eddy.

« Celle qui devait être un jour le chef d'une grande religion, l'une des femmes les plus riches et certainement la femme la plus puissante des Etats-Unis d'Amérique naquit dans une pauvre ferme à Bow (New Hampshire) sur la rivière Merrimac, le 16 juillet 1821. » C'était la fille de pauvres cultivateurs très religieux et peu instruits.

On peut déjà faire des remarques intéressantes sur son hérédité et observer le caractère de son pèreMark Baker, énergique et dur, très religieux, d'une façon étroite et très dominateur, caractère qui se retrouve chez plusieurs membres de la famille. Mary était le dernier enfant de la lamille, très jolie et très gracieuse, « un nez délicatement aquilin, un menton un peu long et pointu, une bouche d'un dessin très ferme, un front haut et large et des yeux superbes qui ont joué un grand rôle dans sa carrière ». Elle était très gâtée par tout le monde et savait mettre tous les villageois à ses pieds; mais elle fréquentait peu l'école et se montrait fort incapable d'application. Dès son enfance, en effet, elle était perpétuellement malade et présentait des troubles nerveux très graves. Elle était fréquemment sujette à de violentes attaques de convulsions : elle tombait brusquement à terre, giinçait des dents, se roulait, se débattait furieusement

et poussait des cris de terreur, en proie à des hallucinations, ou bien restait rigide en contracture générale, ou encore pendant des heures restait évanouie et sans mouvement. Comme il n'était pas encore de mode de mettre en doute l'existence de l'hystérie, le D"" Ladd, qu'on allait chercher en toute hâte quand on la croyait moribonde, rassurait les parents en disant qu'il s'agissait simplement d'une crise de grande hystérie.

A l'âge de 22 ans, elle épousa un ami de ses frères, George ^yashington Glover, qui mourut peu de temps après de fièvre jaune, la laissant avec un enfant dans la misère la plus complète. Sa mère était morte, son père s'était remarié, elle dut se réfugier chez une de ses sœurs. Cette situation pénible ne contribua pas à améliorer sa maladie nerveuse : les attaques furent plus violentes que jamais ou furent remplacées par de longues périodes de léthargie interrompues par des fugues, par un état de somnambulisme plus ou moins délirant. On la crovait mourante dans son lit et un moment après elle avait disparu et il fallait courir après elle à travers champs. On la soignait avec le plus grand dévouement, car elle savait tout obtenir. Malgré sa misère elle ne se montrait jamais humiliée, elle gardait une attitude fière et exigeait tout de ses hôtes comme si c'était un grand honneur de la recevoir. C'est à ce moment qu'elle prit une manie bizarre à laquelle tout le monde se soumettait docilement : elle aimait à être bercée comme un enfant, cela seul pouvait calmer ses crises et ses délires On mit dabord une balançoire dans sa chambre, puis on fit construire un grand berceau, bien orné de coussins, à l'extrémité duquel se trouvait une plate-forme où une personne devait se placer pour mettre tout l'appareil en mouvement : son neveu se dévouait et la balançait pendant des heures, les gamins du village venaient balancer Mrs. Glover pour gagner quelques sous.

Quand elle se maria pour la seconde fois avec un de ses admirateurs, M. Paterson, dentiste ambulant et médecin homéopathe, elle ne pouvait quitter son berceau. Son mari circulait de ville en ville avec un grand chariot portant le berceau de sa femme. Ce second mariage ne fut pas plus heureux que le premier : le ménage était fort misérable et bientôt M. Paterson fut arrêté au moment de la guerre civile; il resta en prison dans le Sud pendant deux ans. Sa femme séparée de lui réclama le divorce, finit par l'obtenir et reprit son nom de Glover.

La pauvre femme fut encore obligée de chercher un asile chez sa sœur, Mrs. Tilton. Elle s'y montra comme par le passé séduisante et insupportable. Sa beauté croissait avec les années : elle était fort coquette^ se soignait beaucoup, parlait d'un ton artificiel et cherchait dans le dictionnaire pour les répéter sans cesse des mots étranges et grandiloquents. Dans ses crises de somnambulisme, elle donnait des consultations, cherchait les objets perdus, le corps des noyés ou le trésor du capitaine Kidd. Elle s'occupait du spiritisme naissant et comme les Misses Fox elle entendait des coups dans les murs. Tout cela la rendait intéressante, mais en même temps elle voulait être obéie immédiatement par tout le monde et montrait des exigences insupportables, tant et si bien, qu'elle fut mise à la porte par Mrs. Tilton et qu'elle dut chercher un asile ailleurs.

Nous ne pouvons suivre notre héroïne pendant les années suivantes dans les pérégrinations qu'elle fit de maison en maison à la recherche de son pain. Il faut lire dans le récit de M. Milmine ses mésaventures chez les Carter et chez les Webster, qui sont bien propres à mettre en lumière son caractère. Elle avait réussi à pénétrer chez une vieille dame superstitieuse en qualité de médium spirite, parce que, disait-elle, elle lui était adressée par les esprits : pendant longtemps ces dames évoquèrent les âmes ensemble et travaillèrent à un grand ouvrage, « la revision de la Bible par les esprits ». La famille désapprouvait cette invasion et cette captation, mais ne pouvait parvenir à se débarrasser du médium. Après des luttes épiques le mari et le gendre de la dame furent obligés de mettre au milieu de la rue la pauvre malle du médium et de lui fermer la porte au nez, quand il voulut rentrer. C'était là de dures épreuves pour cette femme orgueilleuse et autoritaire. Elle restait cependant invaincue, superbe et sans baisser la tête, allait demander ailleurs l'hospitalité : elle semblait encore faire une faveur à ceux qui l'accueillaient et immédiatement recommençait à établir sa domination sur toute la maison.

La seule chose sur laquelle il y ait lieu d'insister, c'est le redoublement de tous les accidents maladifs qui l'assaillaient : à toutes ses diverses crises de convulsions et de somnambulisme s'étaient ajoutées des hallucinations survenant tout d'un coup au milieu de la veille et des accidents viscéraux. Elle se plaignait de douleurs et de spasmes dans l'estomac, refusait de manger

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et tombait dans un état de faiblesse extrême. Pour comble de malheur, elle glissa un jour d'hiver sur la glace et tomba par terre évanouie. Naturellement, chez une hystérique semblable, cet accident laissa à sa suite une contracture de la jambe et bientôt une paraplégie complète. On ne sait vraiment pas pourquoi les médecins, qui jusqu'alors avaient sensément apprécié son état, s'égarèrent en examinant cette paraplégie et se mirent à parler de maladie incurable de la moelle : la malade essaya en vain tous les traitements allopathiques et homéopathiques et resta des années sur son lit invalide et désespérée. ,

En 1861, quand Mrs. Glover avait /io ans, se place un incident qui modifia complètement l'orientation de son esprit. Pour pouvoir expliquer cet incident, je dois présenter au lecteur un nouveau personnage, le médecin magnétiseur P. P. Quimby ou plutôt le guérisseur P. P. Quimby'. Dans l'étude précédente j'ai déjà fait remarquer que le magnétisme animal français avait rapidement pénétré dans l'Amérique du Nord : déjà vers i835, il y avait une Société magnétique à la Nouvelle-Orléans. Des magnétiseurs américains avaient publié des ouvrages intéressants comme l'électro-biology de Grimes. Vers i84o, un magnétiseur français vint à Portlandet à Belfast; il fit des conférences, publia un livre sur le pouvoir de l'esprit, et même il montra ses somnambules dans des séances publiques. Un petit ouvrier horloger se sentit rempli d'enthousiasme à ces spectacles et lui aussi se sentit magnétiseur: c'était Phinéas Parkhurst Quimby, né à New Lebanon (New Hampshire), fils de pauvres ouvriers, mécanicien lui-même, mais esprit inventif et très observateur. Il découvrit un sujet remarquable, un jeune garçon de 17 ans, Lucius Burkart et le présenta dans une foule de spectacles. Il eut rapidement beaucoup de succès, fut insulté par les uns, exalté par les autres, discuté dans tous les journaux et toute une clientèle de malades se présenta à ses consultations pour avoir les conseils du somnambule extra-lucide qui lisait dans leur corps.

C'est alors que Quimby fit des observations intéressantes sur l'attitude des malades qu'il traitait et sur les effets des remèdes

I. Sur P. P. Quimby, on peut consulter \\. F. Evans, The mental cure , 1869; Mental medicine, 1872; A. T. Myers, Proc. of. the S. f. P. R.. 1898, p. 176; M. Goddart, American journal of psychology, 1898, p. ^^7 ; A. G. Dressner, Tlœ philosophy of P . P. Quimby. Boston, 1899.

donnés par Biirkart. Un jour, le somnambule venait d'ordonner à des malades très pauvres un remède d'un prix trop élevé; sur l'observation de Quimby, il modifia son traitement sans hésiter et ordonna un autre médicament très bon marché mais d'un effet sur l'organisme tout à fait contraire à celui du précédent; le résultat n'en fut pas moins bon. Quimby en conclut que la consultation du somnambule ne servait qu'à implanter dans l'esprit du malade la conviction de la guérison et que le médicament ne servait à rien. Il renvoya Burkart, cessa le magnétisme proprement dit et se mit à appliquer sa propre conception du « Mind cure » d'abord à Belfast, puis en i85g à Portiand. C'était un personnage très sympathique, énergique, séduisant, très bon observateur des choses de l'esprit ; il conquit bien vite une grande influence sur les malades et excita un grand enthousiasme. On répétait « qu'il avait résolu l'énigme de la vie, qu'il faisait voir les aveugles et entendre les sourds » et on venait de très loin pour le consulter.

C'est à ce personnage que s'adressa Mrs. Eddy dans son désespoir : après quelques négociations qui durèrent longtemps, car elle était fort pauvre et obtint d'être soignée presque gratuitement, elle vint enfin près de lui, à Portiand, en 1862. Dès les premières entrevues le médecin et la malade furent enchantés l'un de l'autre. Quimby voyait dans cette jolie femme, grande névropathe qu'il devina tout de suite, un sujet merveilleux pour ses études et Mrs. Glover sentit pour la première fois qu'elle excitait chez quelqu'un un grand intérêt, ce qui est toujours une révélation pour les hystériques. « Jusque-là, comme le dit très bien M. Milmine, rien ne l'avait intéressée le moins du monde dans sa vie misérable, presque sordide et toute en désappointements. Elle avait déjà oublié ses deux mariages malheureux, elle n'avait prêté aucune attention à son enfant très vite abandonné, elle avait toujours vécu renfermée dans son égoïsme en ne songeant qu'à ses maux perpétuels. Elle se précipita sur Quimby et sur ses idées, avec le vide, l'appétit de ses jeunes années. »

Bien entendu la paraplégie et la prétendue maladie de la moelle épinière furent guéries en qxielques jours et Mrs. Glover pour faire honneur à son médecin grimpait lestement un escalier de 182 niarches à l'hôtel de ville, C'est cette guérison que plus lard on considérera comme la révélation mvstérieuse de la

Christian Science. Il n'est plus question de maladie, il n'est question que du D'' Quimby : elle lui écrit des lettres enthousiastes et même extravagantes, elle compose pour lui des sonnets d'amour, elle revient le voir en i864, passe trois mois à Portland et surtout s'occupe des idées et des travaux philosophiques de son médecin et de son maître. Or celui-ci, depuis 1869, avait accumulé une dizaine de volumes manuscrits : c'étaient des ébauches d'ouvrages sur la religion, 1 interprétation des Ecritures, le spiritualisme, les maladies, la clairvovance, le bonheur, la sagesse aussi bien que sur la science et la musique. Rien n'avait été achevé complètement, ni publié. Mrs. Glover qui passait tous les après-midi avec lui, prétendait l'aider dans son travail, elle répétait tous les mots du maître sur la science, les erreurs, la croyance, et discutait comme lui sur le mesmérisme et le spiritualisme. Elle essayait même de traiter des malades à sa façon, ce qui ne lui réussit guère avec Miss Jarvis, mais en même temps elle faisait du spiritisme avec Mrs. Crosby, évoquait l'âme de son frère, l'incarnait, prenait sa voix, etc.. Elle avait une vie active et remplie et se croyait à elle-même une vocation : celle d'être la secrétaire et la collaboratrice de P. P. Quimby. Malheureusement cette pauvre femme semblait née sous une mauvaise étoile et retombait dès qu'elle s'était un peu relevée. Quimbv qui avait guéri tant de monde ne put pas se guérir lui-même d'une tumeur abdominale et il mourut assez subitement le i(j janvier 1866. Voici de nouveau notre héroïne dans le désespoir et l'abandon.

Mais cette fois « elle emporte avec elle une foi et un enthousiasme, ce qui valait mieux pour elle qu'une fortune ». Elle reprend pendant quelques années sa vie errante de maison en maison, mais elle n'a plus la même attitude. Ce n'est plus la pauvre infirme paralysée qui passait son temps dans des crises de convulsions ou de délire, c'est une femme énergique, ambitieuse, rêvant à accomplir sa mission. Elle a en effet une mission, car elle a réussi à emporter quelques manuscrits de Quimby, s'en est procuré d'autres ; elle s'est mis en tête qu'elle doit les éditer et que son rôle est de répandre sur la terre la précieuse doctrine. Elle travaille constamment ses manuscrits, les recopie, y ajoute des interprétations de la Bible et des commentaires bizarres de son cru. Cette femme sans instruction qui ne sait pas écrire correctement et ne connaît même pas la ponctuation, entreprend Janet. — Médic. psycli. 4

d'écrire un livre. Partout elle montre son trésor, ses manuscrits, partout elle parle de cette révélation nouvelle qui va supprimer les maladies, de temps en temps elle donne quelques conseils à des malades, ce qui lui permet de ne pas payer le prix convenu pour sa chambre. Ses discours sont peu compris et peu compréhensibles, mais son grand air, sa beauté, ses vêtements bizarres, son langage coloré, l'intérêt qu'elle prend à des choses mvstérieuses, sa grande mission, tout cela provoque bien quelques plaisanteries, mais au fond la fait connaître dans toutes les petites villes qui avoisinent Boston et lui donne une certaine célébrité.

Chose très singulière, cette femme qui ne parlait que de médecine et de traitement moral n'a jamais pu pratiquer elle-même la doctrine qu'elle recommandait et n'eut jamais aucun succès comme guérisseuse. Elle ne savait aucunement parler au malade, ni le manier et ses premières tentatives furent ridicules. Avec une certaine finesse elle le comprit et se décida à rester dans l'ombre : elle résolut d'enseigner la doctrine de Quimby et de la faire mettre en pratique par d'autres. Elle eut la chance de convaincre un jeune homme de 21 ans, Richard Kennedy, qui consentit à pratiquer sous sa direction. Après une installation très difficile à Lynn (Mass.), Kennedy eut assez rapidement des malades et put à la fin du mois paver la petite installation. Il était intelligent, aimable, il sut plaire aux malades, leur inspirer confiance, obtenir quelques guérisons et assez vite il eut une petite clientèle. Pour Mrs. Glover c'était la fin de la misère, la vie plus aisée, sans humiliations : elle aurait du en être reconnaissante.

Au contraire cette prospérité plus grande lui permit de donner plus libre cours à son caractère éminemment autoritaire et jaloux. Elle éprouvait le besoin de commander brutalement à Kennedy qui la faisait vivre et de l'humilier de toutes manières, surtout devant des témoins. Elle était jalouse de ses succès et ne pouvait tolérer qu'il restât seul avec ses malades, surtout avec les femmes. Ce furent des scènes continuelles contre son associé, qu'elle accusait constamment de la vcicr, de la tuer, en lui envoyant par la pensée tous les maux qu'il enlevait à ses clients. C'est à cette époque que commence une plainte qui va devenir obsédante et presque délirante et qui jouera un grand rôle dans le reste de sa

LES TRAITEMENTS PHILOSOPHIQUES ol

vie. Mrs. Glover avait retenu de Quimby que le magnétisme animal était inutile, qu'il ne servait à rien dans le traitement des maladies, qu'il ne pouvait que nuire. Dans son esprit tout ce qui pouvait être dangereux pour elle, tout ce qui pouvait attenter à sa puissance devint le magnétisme malicieux et Kennedv fut le premier grand coupable accusé de magnétisme malicieux. La vie commune devint intolérable et malgré sa patience filiale, Kennedy poussé à bout lui déclara un jour en 1872 qu'il rompait l'association et qu'il la quittait. Mrs. Glover eut une formidable crise d'hvstérie, mais elle retrouva assez de sano-froid pour obtenir de son associé un dédit de 6000 dollars: les bénéfices commençaient. Kennedy s'installa dans un autre office à Lynn et il réussit fort bien ; mais il ne voulut plus jamais prendre au sérieux les doctrines de son premier maître.

Mrs. Glover, conservant quelques élèves que lui avait d'ailleurs procurés, Kennedy, continua son enseignement soi-disant médical. Chaque élève devait lui payer cent dollars et en plus promettait de lui verser toute sa vie une redevance élevée sur les bénéfices quil pourrait réaliser. Ils étaient tous séduits par la promesse d'obtenir en peu de temps et à peu de frais une puissance merveilleuse. L'élève le plus remarquable de cette période (1875-79) fut Daniel Harrison Spofford qui réunit de nouveau une certaine clientèle et qui gagnait assez bien la vie de Mrs. Glover. Il se chargea en outre de revoir les manuscrits qu'elle travaillait sans cesse et qu'elle présentait maintenant sans hésitation sous son propre nom en oubliant complètement le pauvre D' Quimby. Spofford constata que ces manuscrits étaient complètement incompréhensibles ; il dut les refondre et les récrire tant bien que mal. Ce fut la première rédaction du fameux livre « Science and heallh » publié aux frais de quelques élèves, car Mrs. Glovers ne participait jamais qu'auxbénéfices. Ce livre fut publié pour la première fois d'une manière assez misérable en 1875 et il n'eut d'ailleurs aucun succès. C'est aussi à cette époque que Spofford introduisit un nouvel élève, Asa Gilbert Eddy, qui devait l'aider dans son travail, Mrs. Glover distingua cet élève et malgré les jalousies et les rivalités finit par l'épouser en janvier 1877 : c'est alors qu'elle prit le nom de Mrs. Eddy sous lequel elle est le plus connue.

Malheureusement Mrs. Eddy éprouva bientôt contre Spofford les mêmes sentiments qu'elle avait éprouvés contre Kennedy :

elle le trouva trop populaire auprès des étudiants et des malades, elle craignit qu'il n'eût des idées trop personnelles, elle chercha de nouveau à lui commander brutalement et à l'humilier. « Je suis la sagesse, disait-elle, cette révélation est la mienne et non la vôtre. » Elle recommença à l'accuser « d'immoj'aiité, d'adultère contre la foi » ; de nouveau, elle souffrit de la manière d'opérer de Spofford qui en traitant ses malades pensait à elle et ainsi lui prenait sa propre force pour la donuer à ses clients. Enfin lui aussi devint coupable du crime de « Magnétisme malicieux » de même que Kennedy, « le jeune Néron », Spofford est « un maraudeur moral, qui se réjouit des tortures de ses victimes, un assassin de l'esprit, un destructeur de la pensée et de la morale ».

Les attaques de Mrs. Eddy contre son associé allèrent cette fois beaucoup plus loin : elle profita des réclamations d'une malade pour accuser Spofford du crime de sorcellerie et. le dénonça au tribunal de Boston essayant de faire recommencer en 1879 les procès de sorcellerie de 1692 à Salem. Ce procès absurde n'eut pas de conséquences sérieuses ; d'ailleurs Mrs. Eddv passait tout son temps au tribunal de Boston, réclamant à ses élèves des payements en retard, les accusant de livrer ses secrets, etc.. Furieuse de ne pas réussir par ce moyen dans sa lutte contre Spofford, elle se troubla de plus en plus et passa ses nuits à crier contre lui dans un véritable accès de délire. Enfin elle finit par organiser une sorte de conspiration contre lui et paya une grosse somme à un individu pour qu'il attirât Spofford dans un guet-apens et qu'il le mit à mort. Tout cela finit par un procès scandaleux et ridicule où Mrs. Eddy et son mari furent condamnés à une amende. Toutes ces aventures et ces délires faisaient le plus grand tort à l'école de Mrs. Eddy : beaucoup d'élèves commençaient à se fatiguer du magnétisme malicieux, de ces querelles et de ces procès perpétuels, il y eut des découragements et des défections. La fondatrice lutta un an, essayant de ramener à elle les rebelles, elle n'y réussit pas et sentit qu'il fallait renoncer à l'école de Lynn. Son troisième mari mourut et en Ï8S2 elle fut obligée de quitter la ville de Lynn, n'emmenant avec elle qu'une demi-douzaine de fidèles, mais décidée à tout recommencer ;i nouveau : Mrs. Eddy avait alors 61 ans.

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