Le développeme.m de la « Christian Science
Mrs. Eddy avait une foi en elle-même et une énergie indomptables : puisqu'elle avait échoué dans une tentative restreinte elle résolut de recommencer sur un plus grand pied. Elle transporta son école dans une grande ville, à Boston, et commença d'abord ses cours dans le salon d'une amie avec qui elle ne tarda pas à se brouiller. Afin de donner plus de publicité à sa tentative elle fonda avec l'aide de Buswel un journal qui devait paraître tous les mois avec huit pages de petit format « The Journal of Christian science ». Les quelques élèves restés fidèles se cotisèrent pour payer les frais auxquels Mrs. Eddy ne participa pas bien entendu. ' « Ce journal qui promettait à tous santé, bonheur et fortune fut envoyé partout, dans les villages les plus éloignés du Missouri et de l'Arkansas, dans les déserts du Nébraska et du Colorado où les gens ont beaucoup de temps à perdre et un grand besoin de croire au miracle. » Ce journal leur fournissait des prophéties, des récits de guérisons merveilleuses et des déclamations sur le « Mesmérisme malicieux » qui expliquait tous les insuccès. En même temps le livre « Science and health » était revu par M. Wiggins qui essayait de le mettre dans un anglais plus intelligible (cet ouvrage d'ailleurs a été retouché par une trentaine de personnes) et il était publié pour la seconde fois. D'autres livres étaient préparés et publiés, « Christian healing. — The people is God. — Defence of Christian science. — Historical sketch ol metaphysical healing ».
L'école de Boston fut légalisée en i(SS3 et elle devint la source d'un revenu considérable. « Le cours contenait 5o étudiants et durait trois semaines », à ce cours primaire s'ajoutait un cours normal, un cours d' « obstétrique métaphysique » (?) et un cours de théologie, l'enseignement complet coûtait 800 dollars. Les élèves étaient nombreux et chaque cours devait être répété plusieurs fois, il fallut bientôt établir des succursales, des cours préparatoires dans d'autres états, dans la Californie, le Nébraska, le Colorado, à New-York, Chicaao, Denvers, dans' douze autres cités moindres.
Les traitements se multipliaient dans la même proportion, le journal était plein du récit des guérisons : on inaugura le trai
tement à distance, source de grands bénéfices, car il était payé 5oo dollars et consistait simplement à penser à la personne malade et à lui envoyer ainsi la guérison. De tous les côtés Mrs. Eddy déployait une activité merveilleuse, parlant sans cesse dans des cours et dans des conférences, exigeant que l'on parlât d'elle continuellement et se faisant faire des cadeaux par tout le monde. Tous ces succès permirent une installation dans un bel hôtel de Commonwealth Avenue et le journal fit une description enthousiaste du luxe de sa fondatrice.
Ce n'est pas que les difficultés eussent disparu; elles. surgissaient tous les jours et souvent menaçantes au point de tout compromettre. Ainsi une élève du cours « d'obstétrique métaphysique » avait assisté une femme pendant son accouchement et l'avait laissée mourir d'hémorragie sous ses yeux. Il y eut un procès en responsabilité médicale et un grand tapage dans les . journaux contre « ces Scientists qui se mêlaient d'accouchements sans en savoir plus que les bébés qu'ils voulaient mettre au monde ». L'accoucheuse fut condamnée et Mrs. Eddy ne voulut pas la défendre ni l'aider à payer l'amende, elle se borna à la répudier comme mauvaise élève : cela fit un très mauvais effet.
En i883, M. Julius Dresser qui avait autrefois connu Mrs. Eddy lors de sa maladie nerveuse et du traitement de sa paraplégie vint à Boston et fut surpris du rôle qu'il lui voyait jouer. Il raconta tout ce qu'il savait sur les rapports de Mrs. Eddy avec Quimby; il publia les lettres et les poèmes reconnaissants de Mrs. Eddy tout à fait opposés à ce qu'elle racontait sur sa guérison miraculeuse et sur sa révélation. Mrs. Eddy furieuse déclara qu'elle avait écrit ces documents sous l'influence du Magnétisme malicieux manœuvré par Quimby et couvrit d'ordures la mémoire de celui qu'elle avait autrefois adoré. Quelques étudiants cependant eurent la curiosité de connaître ce Quimby : ils lurent les livres qu'avait publiés Warren E. Evans, en i86g, sur ce guérisseur et ils trouvèrent cet enseignement infiniment plus raisonnable que celui de leur maitre. Quelques-uns se séparèrent de l'école, non sans difficultés, et ce fut le principe du mouvement de la « New thought ». Un étudiant essaya aussi de publier un livre où il essayait d'éclaircir les idées de Mrs. Eddy, et qui menaçait de créer 3es hérésies.
La fondatrice de la Christian science tint tête à tous les ennemis : elle édicta des règlements draconiens interdisant à tout
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jamais à ses élèves de lire une ligne d'un livre parlant de traitement mental qui né fût pas signé par elle, leur interdisant également de publier jamais une étude ou une traduction quelconque sur ses propres ouvrages : les religions menacées se protègent en mettant à 1 index les ouvrages des infidèles. Le procédé réussit encore à Mrs. Eddy qui, à force d'énergie, d'orgueil et de foi inébranlable, put surmonter tous les obstacles et parvint à l'apothéose.
Echappée au danger terrible de la division de son école, cette femme de 70 ans rallia de nouveaux élèves, fit des articles de réclame de tous les côtés, fonda des églises dans toutes les villes et devint rapidement toute puissante. En 1888. il y eut une grande réunion à Chicago qui fut un triomphe : « elle dut recevoir 3 000 personnes et sur son passage le peuple s'écrasait pour la toucher, on s'arrachait des lambeaux de ses vêtements pour en faire des reliques, des paralytiques guérissaient en touchant un pli de sa robe et des mères lui tendaient leur enfant malade pour qu'elle le regardât seulement. » Les fidèles ont appelé cette scène la manifestation de la Pentecôte.
Une église avait été bâtie à Boston par les membres de la société de la Christian science réunis en une sorte de congrégation et administrés par un comité. Mrs. Eddv n'en était pas absolument satisfaite parce que cette église était assez modeste et qu'elle n'en avait pas la propriété absolue. Après beaucoup de manœuvres habiles elle arriva à ses fins : on fit appel à tous les fidèles et en 189^ on posa la première pierre de la Cathédrale de Mrs. Eddy. Ce monument, la « Mother church de Boston », ne devait pas être une église locale, mais devait être à la tête de toutes les autres églises : Mrs. Eddy en était le « Pastor emeritus » ; elle gouvernait avec un comité de directeurs puiement fictif « où Mrs. Eddy et Dieu faisaient la majorité ». Le travail pavé d'un prix colossal fut fait rapidement et le service de dédicatlon eut lieu le 5 janvier 1895. Cette église est un beau monument de marbre et de granit dont l'architecture est imposante et qui peut contenir deux mille personnes. Il contient pour son pasteur « une chambre de la mère » toute en bois rare, en marbre, en onyx et en or, meublée par les enfants des sociétaires les « busy bées ». Quand Mrs. Eddy vint à Boston pour la cérémonie de dédication, 3oooo personnes attendaient à l'entrée du
temple : il fallut célébrer cinq services de suite pour satisfaire une partie du public et une foule incroyable défila douze par douze dans la « Mother's room » comme pour recevoir les sacrements.
Depuis ce moment solennel Mrs. Eddy parut peu en public, elle se retira dans ses propriétés de Concord et « dans un isolement pareil à celui du grand Lama elle assista elle-même non à sa béatification, mais à sa divinisation ». Il fut admis parmi les disciples loyaux que la Christian science est la descendance qui résulte de la communion de Mrs. Eddy avec Dieu de la même manière que Jésus vient de Marie : « le résultat de cette deuxième immaculée conception est un livre et non un homme parce que notre siècle est plus spirituel que celui de Jésus-Christ. » Dans les cérémonies qui se font dans la cathédrale, un homme lit des versets de l'évangile et une dame en grande toilette, qui représente Mrs. Eddy, lit en réponse les nouveaux versets de « Science and health » qui écrasent toujours les premiers, car « l'idée féminine de Dieu est bien plus élevée que l'idée masculine et Jésus n'était que le représentant masculin de l'idée spirituelle ». Ces expressions entortillées semblent hésiter encore, mais bientôt Mrs. Eddy serait devenue une divinité.
Malheureusement elle mourut à Boston, à l'âge de 89 ans, le 4 décembre 19 10, d'une attaque de pneumonie. Les disciples firent autant que possible le silence sur sa mort, car dans sa religion la mort n'existe pas et il ne faut pas en parler. Mrs. Eddy était simplement entrée dans une autre phase de son existence, où elle continuera son travail individuel, où elle peut encore continuer a progresser. Il n'y a pas de rituel pour les enterrements, et tous les services ont continué comme si elle était vivante; elle n'est pas morte, elle est simplement sortie de la chair « she passed out ot the flesh ». On a parlé un moment de la prétention de Mrs. Augusta E. Stetson, première oratrice dans l'église de New- York, à se mettre h la tête de toute l'église; mais elle a déclaré que Mrs. Eddy ne pouvait avoir de successeur et qu'elle n'accepterait pas cette situation.
A ce moment l'église mère de Boston contenait près de 5oooo membres, il y avait aux Etats-Unis 668 églises de la Christian science. Ces églises étaient desservies par i 336 ministres et 86096 communiquants, les guérisseurs répandus dans toute l'Amérique étaient innombrables. Il y avait d'ailleurs des suceur-
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sales assez nombreuses à l'étranger, en Italie, en France, dans la Grande-Bretagne, au Canada, dans la Colombie britannique, en Allemagne, en Norvège, en Suisse, dans l'Inde, dans la Chine, dans le sud de l'Afrique, dans l'Australie, etc. La branche la plus importante de la Christian science à l'étranger parait être celle qui s'est développée en Angleterre sous la direction du D"^ Schofield, plus tard sous l'influence de la comtesse Dunmore, elle ne paraît pas présenter des caractères bien originaux'.