Le livre « Science and health
Le moment est venu de chercher quelles sont les doctrines et les méthodes qui ont déterminé un aussi prodigieux succès. Les scientists nous répètent sans cesse que tout est contenu dans un livre célèbre publié pour la première fois à Boston en 1876 et qui a maintenant plus de 180 éditions; JNIrs. Eddy elle-même nous recommande son livre avec quelque complaisance : « Le livre que j'ai écrit sur Christian science est la vérité absolue... c'est l'âme de la divine philosophie et il n'y a pas d'autre philosophie :... ce n'est pas une recherche après la sagesse, c'est la sagesse... quand Dieu parle, j'écoute... » Nous ne devons pas hésiter à lire ce fameux livre « Science and health ». Mon exemplaire de la 176'' édition est un volume, petit in-S", sévèrement relié en noir et portant sur le plat gravé une croix et une couronne entourées de ces mots : a Heal the sick, raise the de^d, clean out lepers, cast out démons. » Il a pour titre : « Science and health Avith the key to the Sciptures », il débute par des maximes de lévangile et par des citations de Shakespeare dont l'une au moins est bien à sa place : « There is nothing either good or bad, but thinking makes it so. » Une préface enthousiaste nous apprend que les temps des penseurs sont venus et que la vérité frappe à la pt)rte de 1 humanité, « elle nous montre qu'une grande découverte a été faite en 1866 et que l'on peut grâce à elle guérir à la fois la maladie et le péché ». Un premier chapitre sur la Prière n'est pas sans éloquence : il nous montre
1. Ces derniers renseignements sur la mort Je Mrs EcIJn it sur l'étal actuel de l'église scientist sont lires d'un article du journal « the Sun )i du 5 décembre iqio qui m'a été aimablement envoyé de Boston.
que la prière silencieuse, plutôt que la prière qui s'entend, la prière jointe à un fervent désir de savoir et de faire la volonté de Dieu nous fait pénétrer dans la vérité, qu'elle a un effet bienfaisant sur les malades, car elle donne à l'esprit plus de pouvoir sur le corps grâce à une foi aveugle en Dieu.
L'ouvrage semble se diviser ensuite en trois parties très inégales, la première partie la plus longue et la plus importante traite sans aucun ordre un certain nombre de sujets philosophiques ou historiques : l'expiation du Christ, le mariage, Christian science et le spiritualisme, le magnétisme animal, la science, la théologie, la médecine, les premiers pas vers la guérison, la science de l'être sont les titres des principaux chapitres. La deuxième partie est intitulée : « la clef des Ecritures » et présente un essai d'interprétation au point de vue de l'auteur de quelques textes de la Bible. La troisième partie sous ce titre « fruitage, la récolte » est un recueil d'observations relatant les guérisons les plus remarquables.
Il faut ajouter comme dernière remarque générale que la lecture de ce livre est fort difficile surtout pour un étranger. A l'absence totale d'ordre et de composition se joint un style fort étrange, que je n'ai pas le droit de juger, mais que les termes bibliques, les archaïsmes, les expressions bizarres volontairement et perpétuellement recherchées rendent trop souvent à peu près incompréhensible. Si j'ose exprimer cette opinion, c'est que bien des critiques anglais l'ont formulée également : « il faudrait, disait l'un d'eux, un lexique spécial pour comprendre ce livre : le mot « fiancé » signifie ici « intelligence spirituelle », le mot « mort » signifie « illusion », le mot « mère » siofnifie « Dieu », etc.. » Dans ces conditions l'intelligence des idées philosophiques de cet ouvrage pourrait devenir délicate s'il contenait des conceptions nouvelles et compliquées ; mais heureusement ce livre ne contient qu'un petit nombre d'idées assez connues et très simples incessamment répétées à tort et à travers au milieu d'une foule de métaphores et il ne semble pas bien difficile de les en extraire pour les résumer.
11 n'y a pas lieu d'insister sur les interprétations de la Bible : elles sont très bizarres et souvent amusantes. Mrs. Eddy transforme tous les textes souvent au moyeu de simples jeux de mots et ce qu'elle ne peut pas transformer elle l'attribue à des erreurs
de copiste. Elle arrive toujours à démontrer que tous les passages des livres sacrés sont une simple préparation à son propre livre. « Divisez le nom d'Adam en deux syllabes et vous lirez a dam (un obstacle, une obstruction), c'est le début de toutes les erreurs de l'esprit mortel... Jésus n'a pas pris de drogues pour calmer l'inflammation de ses plaies, il n'a pas eu besoin de nourriture, ni d'air pur pour ressusciter les énergies éteintes, il n'a pas demandé l'habileté d'un chirurgien pour guérir ses mains et ses pieds déchirés... il a ainsi complètement démontré la supériorité de la science divine dans sa victoire sur la mort et sur le tombeau » (p. /i5)'. Ces interprétations ont pu avoir quelque utilité pour donner à la Christian science un caractère religieux et la rattacher au Christianisme, elles n'ont pas d autre importance.
La plus grande partie de l'ouvrage est consacrée à l'affirmation d'une sorte de philosophie simplement, violemment idéaliste et spiritualiste. Je dis l'affirmation, car Mrs. Eddy ne sent jamais le besoin d'expliquer, ni surtout de démontrer quoi que ce soit ; elle ne semble pas concevoir qu'il existe autre chose que l'affirmation et la répétition de l'affirmation. Cette philosophie peut être résumée par ces trois maximes fondamentales :
God is ail in ail,
God is good, good is mind,
God spirit being ail, nothing is raatter.
Mrs. Eddy ajoute finement que ces propositions fondamentales peuvent être lues a l'envers sans inconvénients, elles gardent le même sens : « cela prouve mathématiquement leur exact rapport avec la vérité ». C'est là un des rares passages où l'auteur parle de démonstration et l'on voit qu'il ne se montre pas bien difficile. En un mot tout est spirituel et le principe de ce monde est Dieu « qui est un esprit immortel ». « Vie, vérité et amour constituent les trois personnes en une appelée Dieu, le triple divin principe ))(p.33i). « Père-Mère est le nom de Dieu, ce qui indique ses tendres relations avec sa créature spirituelle » (p. 332). On peut remplacer le nom de Dieu par divers
I. Les chifiFres entre parenthèses indiquent la page du livre dont il est question, ils renvoient ici à Science and health, l'^ù" édit.
synonymes qui indiquent ses fonctions, « divin principe, vie, vérité, amour, âme, esprit, pensée ». Enfin il faut ajouter que dans sa philosophie Mrs. Eddy donne une certaine place au christianisme dont elle a pris le nom : elle croit à Jésus-Christ, fils de Dieu, au Saint-Esprit, elle admet l'expiation des péchés par l'incarnation de Jésus, sa crucifixion et sa résurrection, mais il faut reconnaître qu'elle parle peu de ces dogmes et qu'elle ne cherche pas à les rattacher nettement à son système idéaliste.
La vie est une manifestation de Dieu, « elle est le Divin principe, pensée, âme, esprit, elle est sans commencement et sans fin » (/i68), « l'esprit est seul Dieu, et l'homme est son image et
sa ressemblance La conscience et l'individualité de l'homme
sont des reflets de Dieu, elles sont des émanations de Celui qui est vérité et amour, l'homme immortel n'est pas et n'a jamais été matériel, mais toujours spirituel et éternel » (336).
La partie négative de cette philosopjiie est plus importante et plus développée que cette première partie positive. Mrs. Eddy a en horreur le concept de la matière et perpétuellement elle répète que la matière n'existe pas ; elle ne cherche pas à l'expliquer, à la transformer, elle est radicale et la supprime tout simplement. C'est le troisième grand principe : « God, Spirit being ail, matter is nothing. » « La croyance à la vie et à la réalité de la matière a été meurtrière dès le commencement » (89). « Le réel, je le proclame éternel, mais son antipode, ou le corporel, je le décris comme non réel ; l'esprit, je l'appelle la réalité et la matière, la non-réalité. »
Bien d'autres choses ont le même sort : le mal, le péché, la pauvreté, la maladie, la mort déplaisent également à notre réformatrice et sans plus d'embarras elle les supprime tout simplement : c'est le ^*, principe fondamental : « life, God, omnipotent good deny death, evil, sin, disease » (/ii3). «Rien n'est réel et éternel, rien n'est esprit que Dieu et son idée, le mal n'a pas de réalité, il n'est ni une personne, ni une place, ni une chose... )) (71). «Quand donc sera démasquée l'erreur de croire qu'il y a de la réalité, de la vie dans la matière et que le péché, la maladie et la mort sont des créations réelles de Dieu » (206).
Malheureusement de telles négations ne suflisent pas ; comment se (ait-il que les hommes continuent à croire à l'existence de la matière, à la réalité de la soufl'rance et de la mort. La réponse est encore bien simple : cela provient d'une erreur
absurde, d'une illusion fondamentale qui fausse l'esprit humain. Cette illusion, Mrs. Eddv l'appelle « Mortal mind, l'esprit mortel ». Ce mot vague dont elle reconnaît l'imperfection (ii4) désigne pour elle toutes les erreurs possibles, c'est la chair opposée à l'esprit, c'est l'esprit humain coupable en contradiction avec le divin esprit et la vérité (ii4)- « Ce qu'on appelle matière étant sans intelligence ne peut dire : je souffre, je meurs, je suis malade, je suis bien ; c'est l'esprit appelé mortel qui crie de la sorte. Pour le sens mortel, péché et souffrance sont réels, mais le sens immortel ne contient ni mal, ni pestilence. Vous dites (ju'un abcès est douloureux, mais cela est impossible, car la matière sans l'esprit n'est pas douloureuse. L'abcès manifeste seulement par l'inflammation et l'enflure une crovance à la douleur et c'est cette croyance f(ui est appelée un abcès ; que sa
croyance soit atténuée et il guérira de son abcès C'est l'esprit
malade et non la matière qui contient l'infection. » (i53). La croyance universelle à la mort ne sert à rien, elle ne peut mettre en évidence la vie et la vérité. La mort sera trouvée à la longue n'être qu'un rêve mortel qui vient dans les ténèbres et qui disparait dans la lumière {à'J^
On devine aisément les théories physiologiques et médicales qui découlent de semblables conceptions. Les sciences et en particulier les sciences physiques n ont aucune valeur, ce sont des inventions du « mortal mind », des crovances aveugles .(i 24)- « L'acte de décrire les maladies, leurs symptômes, leurs localisations, leur fatalité, n'est pas scientifique : avertir les gens du danger de la mort est une erreur qui tend à effrayer devant la
mort ceux qui sont ignorants de la vie et de Dieu (79) » La
vérité est beaucoup plus simple : le corps n'existe pas, et par
conséquent ne joue aucun rôle «Comprendre que l'esprit est
infini, qu'il n'est pas borné par la corporalité, qu'il ne dépend ni des oreilles, ni des yeux pour voir et entendre, ni des muscles ou des os pour marcher, c'est un pas vers la science de l'esprit par laquelle nous discernons la nature et l'existence de l'homme » (84). La mort n'existe pas et les maladies n'existent en aucune façon, le corps et ses organes n'ont rien k faire avec hi vie : « Un homme pourrait aussi bien vivre sans ses poumons s il pensait qu'il le peut... qu'importe l'ulcération de ses poumons. Dieu est bien plus pour Ihomme que ses poumons
Peut-on admettre qu'un dyspeptique soit un être créé à l'image de Dieu ? Un dyspeptique n'aurait pas la domination sur les oiseaux des airs et les bêtes des champs, puisque en mangeant un petit morceau de chair animale, il ne pourrait pas s'en rendre maître ; par conséquent Dieu n'a jamais créé un dyspeptique : c'est la peur, l'hygiène, la physiologie et la physique qui en ont fait contrairement aux commandements de Dieu » (222).
Malheureusement des entêtés persistent à parler de maladies et de souffrances, comment est-ce possible ? il s'agit uniquement d'illusions et de fausses croyances de l'esprit mortel. « II n'y a pas d'inflammation en réalité, il y a simplement la peur de l'inflammation » (/ii/4). « La cause de toute maladie est mentale, c'est une croyance mortelle, une conviction erronée de la nécessité et du pouvoir de la mauvaise santé et une peur que l'esprit
soit impuissant à défendre la vie Sans cette croyance humaine
aucune circonstance n'aurait le pouvoir de produire la souffrance » (877). « On fit croire à un homme qu'il occupait un lit où un malade venait de mourir du choléra : immédiatement les symptômes du mal apparurent et cet homme mourut. Or il n'avait pu attraper le choléra par contact matériel, puisqu'en réalité aucun malade n'avait été dans ce lit. Si un enfant est exposé à la contagion, sa mère effrayée crie : « mon enfant va être malade ». Les lois de l'esprit mortel et ses propres peurs gouvernent son enfant plus que cet esprit d'enfant ne se gouverne lui-même et produisent leur effet qui aurait pu être évité par une autre compréhension et on dit alors que c'est l'exposition à la contagion qui a fait le mal » (i54)- De même si un enfant a des vers ou quelque autre maladie, c'est toujours parce que ceux qui sont auprès de lui gardent avec peur cette idée dans leur esprit.
Des objections faciles et grossières nous viennent immédiatement à l'esprit, mais elles sont rapidement écartées. « Si une dose de poison est avalée par erreur et si le sujet meurt sans que personne sache qu'il a pris du poison, est-ce encore la croyance humaine qui a produit ce décès? Sans aucun doute : la vaste majorité du genre humain, quoi qu'elle ne sache rien de ce cas particulier, croit que cette drogue est un poison mortel, cela est admis par le « mortal mind » et c'est cette majorité des opinions qui influe sur le malade, plutôt que l'opinion des quelques personnes présentes dans sa chambre (178) Vous direz que les
chevaux et les vaches ne pensent pas à leurs poumons, mais les
LES TRAITEMENTS PIIILOSOPHK^UËS
animaux domestiques sont contrôlés par la pensée de leurs maîtres humains, c'est nous qui avons corrompu les cheA'aux et les vaches et qui leur avons appris la pneumonie et la colique. »