‹ Les médications psychologiquesChapitre 26 sur 123 · Psychotherapy de Parker, II, 4, 3o; III, i · texte numérisé non relu

Psychotherapy de Parker, II, 4, 3o; III, i

Par une discussion prolongée el infatigable, il faut lui démontrer son erreur : ni son estomac, ni son intestin, ni son cerveau n'ont en réalité aucune lésion. Il y a une foule de troubles nerveux qui font croire à tort à des maladies du cœur, à des méningites, à des néoplasmes cérébraux, à des péritonites tuberculeuses quand il n'existe dans l'organisme rien de semblable (117).

Les troubles que le malade a constatés sont simplement des troubles fonctionnels, ils n'ont en eux-mêmes ni gravité, ni importance; on le comprend très bien quand on se rend compte de leur véritable nature et de leur origine. « Xe prenez pas au sérieux les palpitations de votre cœur, elles dépendent d'un état continuel d'inquiétude et n'offrent aucun danger... c est l'émotivité qui amène ces variations dans la fréquence et dans la tension du pouls et même ces intermittences » (36o). « Les troubles gastriques et intestinaux que présentent les nerveux n'ont pas de conséquences, ils dépendent de l'influence des représentations sur les viscères. Rien ne trouble l'estomac comme les passions tristes ainsi que le montrait déjà très bien Barras dans son traité sur « les gastralgies et les entéralgies ou maladies nerveuses de l'estomac et des intestins, Paris, 1820 ». La principale cause de l'entérocolite est une représentation mentale défectueuse, la fixation de la pensée sur l'intestin. Les insomnies dont les malades se plaignent si souvent et qui dépendent de l'inquiétude persistante ne signifient rien et il ne faut pas s'en occuper. Il n'v a pas grand mal à avoir quelques nuits d'insomnie, que le malade arrive donc à propos du sommeil à l'indifférence complète qui se résume dans ces mots : « si je dors, tant mieux, si je ne dors pas, tant pis » (/ioo). Les modifications de la sensation ne méritent pas de retenir un instant notre attention : « la sensation . peut être annihilée par la distraction ou par l'auto-suggestion inhibitrice, elle peut être rendue plus aiguë et grossie par l'attente, elle peut être créée de toutes pièces par la représentation mentale » (i55). Les crises convulsives ne sont que l'expression exagérée d'un malaise moral, les paralysies, les impuissances n'ont rien de plus sérieux: « paralysé, que dites-vous? vous n'avez guère que de la fatigue nerveuse, bien explicable après les ennuis auxquels vous avez été exposé, ne vous en inquiétez pas, demain tout ira mieux » (/(/ig). « Les barrières qui vous arrêtent ne sont pas dans votre système nerveux, elles sont dans votre imagination, voilà tout... vous crovoz que vous ne pouvez

LA MORALISATIO.N MEDICALE 01

pas uriner, limpuissance de la fonction urinaire vient d une attention excessive » (376, Syg). Mais surtout qu'on ne parle jamais de douleurs ou de sensations pénibles : « La machine humaine est si compliquée qu'il ne se passe pas un jour sans que nous percevions quelque grincement dans son fonctionnement, tantôt c'est un trouble gastrique, une douleur vague, un battement de cœur, une névralgie fugace. Pleins de confiance dans notre santé, il faut passer en souriant sur tous ces bobos. »

Au moins les troubles moraux dont souffrent ces malades sontils plus sérieux? Pas davantage, c'est à tort qu'ils se plaignent tous de bouleversements émotifs : « Ce ne sont pas de vrais malheurs qui troublent leur âme, ce sont des riens, de petites contrariétés, des piqûres d'épingle de la vie : un peu de philosophie facile à inculquer sulTit à rétablir l'équilibre mental » (m). C'est à ces troubles moraux qu'il faut rattacher un sentiment dont les nerveux se plaignent constamment, le sentiment de la fatigue. Celui-ci se sent épuisé dès qu'il a fait vingt pas et ne peut plus avancer : s'il essaye de se contraindre il éprouve des angoisses terribles et des troubles de toute espèce, celui-là éprouve les mêmes fatigues dans les relations sociales, il ne peut tolérer la société que quelques minutes, un autre ne peut continuer le moindre travail mental et il est forcé d'abandonner une lecture au bout de quelques pages ; beaucoup de sujets ont des épuisements rapides des organes des sens, ils ne peuvent voir et surtout regarder que quelques instants. Ce sont là des faits bien connus et à mon avis essentiels : commentM. Dubois les interprète-l-il et quelle explication en donne-t-il au malade ? Tout cela est bien simple, ce sont là des fausses fatigues, des fatigues mentales, des convictions de fatigue et non pas des fatigues vraies. « 11 nous arrive à tous d'être fatigués, nous savons ce que c'est et nous sommes assurés d'avance qu'un peu de repos suffira ; le neurasthénique prend peur, il constate avec dépit sa lassitude et il la rend durable par l'attention qu'il lui prête » (ii8). 11 est évident que ce problème de l'épuisement des névropathes, qui pour moi est malheureusement si compliqué et qu'il faudra étudier dans un prochain chapitre, est au contraire aux yeux de M. Dubois étonnamment simple. 11 en est de même de tous les autres troubles de la pensée : « Ils sont légion ces névrosés qui ont des maux de tête dès qu'ils voient un calorifère... qui ont mal au cœur dès qu'ils voient une fleur... qui souffrent du froid

en plein été, qui mettent des gants pour toucher une tasse de lait (157)... Le fait capital est toujours dans les névroses l'intervention des représentations mentales... c'est l'idéation qui cré^è ou entretient les désordres fonctionnels » (18). ^

Ajoutez pour bien comprendre ces malades que sous l'influence des idées fausses ils ont pris une foule de mauvaises habitudes mentales. Ils accordent une attention excessive à certaines sensations qui existent chez tous les hommes, mais dont on ne se préoccupe pas, « auximpressions vagues déterminées par les instincts sexuels, aux sensations de fatigue, aux légères douleurs de l'estomac ». Ils ont pris l'habitude d'attendre un phénomène, de le prévoir, de le chercher, v on attend les palpitations (364)- •• la toux nerveuse (369)... C'est l'attention expectante, c'est un état continuel d'inquiétude qui transforme l'idée en acte à l'insu de la personne » (^Sg). Ajoutez encore des habitudes d'émotion, de terreur^ de colère, de contrariété, de bouderie et vous comprendrez comment toutes sortes de maladies très compliquées se développent à la suite de quelques idées fausses. Au fond il n'y a rien de réel dans ces maladies en dehors des idées fausses elles-mêmes : le pauvre homme « est dans l'erreur » tout simplement comme les malades de Mrs. Eddy.

Ce sont des vérités qu'il faut faire bien pénétrer dans la tête du patient. On y parviendra d'abord par notre attitude vis-à-vis des divers symptômes qu'il accuse et que l'on ne prendra pas au sérieux, que l'on ne traitera pas. « Il faut renoncer aux sondages de l'estomac, aux déjeuners d'essai, aux recherches chimiques... il faut négliger l'aphonie des hystériques aussi bien que leurs anesthésies... Je ne regarde plus les jambes paralysées, je n'interroge plus la sensibilité au moyen de l'aiguille, j'admets tout de suite que ces désordres n'existent plus » (373, 209). En outre il faut discuter de toutes manières : « La persuasion par la voie logique est une vraie baguette magique » (109). « Il faut discuter avec eux en avocat convaincu qui sait présenter ses arguments, les multiplier, marteler dans la tête du malade l'idée de la vérité (272)... Le médecin doit détruire tout cet échaffaudage de craintes, de théories fausses, surprendre le mécanisme mental par lequel le malade est arrivé à ses idées fausses » (16^), et toujours il doit répéter : « n'y pensez pas, faites comme si cela n'existait pas... passez en souriant sur ces bobos » (436).

En même temps f|ue l'on poursuit cette discussion médicale et

LA MORUJSATION MEDICALE 0,3

psychologique, il faut éveiller dans l'esprit du malade l'idée de la guérison. Sans doute il peut paraître bizarre de parler de guérison à un individu quand on a commencé par lui prouver qu'il n'avait aucune maladie. Mais on peut lui accorder comme Mrs. Eddy, qu'il a l'illusion de la maladie et qu il doit guérir de cette illusion, « il faut inculquer au malade 1 idée fixe qu'il guérira, il faut maintenir la fixité de cette idée jusqu'à la guérison complète, il faut en amener la conviction par des raisons toujours plus impérieuses (273)... Le névrosé est sur la voie de la guérison aussitôt qu'il a la conviction qu'il va guérir, il est guéri le jour où il se croit guéri » (245). Pour y parvenir il faut lui indiquer des petits procédés qui permettront d'obtenir une amélioration partielle. M. Dubois donne à ce propos quelques conseils pratiques pour diminuer la constipation des névropathes (344), c'est une des rares choses qu'il daigne traiter d'une façon pratique. « Il faut noter avec optimisme tous les petits progrès obtenus et il faut les grossir pour encourager le malade » (289). C'est ainsi que l'idée de guérison remplacera dans son esprit l'idée de maladie avec lésions incurables et qu'elle se réalisera en amenant une transformation complète.

Les rechutes pourraient être rapides et fréquentes : les sujets ne conserveraient pas indéfiniment dans l'esprit l'idée de leur guérison sans penser à autre chose et il faut se défier des pensées qui les envahiraient de nouveau. C'est ici que nous arrivons à l'essentiel du traitement qui consiste à remplacer les idées absurdes des névropathes par de hautes pensées philosophiques. Il faut faire comprendre au malade l'importance de la pensée, la puissance de son âme, la supériorité de l'esprit sur le corps : « Il faut être prêt à discuter sur la fatalité, la liberté, la responsabilité, la religion naturelle, etc., car le malade vous entraîne vite sur le terrain de la philosophie et il faut avoir des idées » (4o). On insistera surtout sur la puissance et la liberté de la volonté : « Si vous êtes déterminé par vos fâcheuses tendances, vous êtes aussi esclave de vos impulsions heureuses, de vos bonnes sensibilités, de vos idées claires du vrai, du bien, du beau : la vue claire du but doit suffire à assurer vofre marche » (57).

L'essentiel, en effet, c'est d'acquérir des idées morales capables de diriger notre vie, de régler notre conduite vis-à-vis de nousmêmes et vis-à-vis des autres. La morale est indispensable à ces

94 LA RECHERCHE DE L'ACTION NfORALE

malades, elle seule « peut amener un changement profond dans leur mentalité. Il faut faire l'éducation de leur raison, leur faire comprendre le danger qu'il y a à trop penser à soi-même : « Montrez-lui par des exemples bien cht)isis de votre expérience d'homme et de médecin ce que valent le courage moral, la tendance naturelle au perfectionnement de notre personnalité morale » (4o). « Ce dont nous avons besoin dans notre vie, ce n'est pas de volonté,... c'est de l'intelligence qu'il nous faut... formons avant tout cette intelligence morale qui nous permet de distinguer le bien du mal et d'éclairer notre marche dans le chemin de la vie bordé de fondrières'... Oubliez votre estomac et votre intestin, supportez gaiement les malaises... et mettez-vous au cœur l'ambition de vivre une vie active et courageuse (336)... Il faut se laisser vivre avec une imperturbable confiance dans sa résistance, dans son incassabilité, il faut prendre de bonnes habitudes, mais telles que l'on puisse les déranger sans crainte, s'intéresser à tout, développer toutes ses aptitudes, perfectionner son être moral, il faut vouloir être en bonne santé... et savoir jeter tous les malaises dans la boîte aux bobos (54 1, ligg)... Il faut que le cabinet du médecin devienne un dispensaire psychothérapique où l'on ne distribue pas l'ordonnance pour le pharmacien, mais où l'on jette sans compter dans l'entendement du malade toutes ces semences de vaillance stoïque, ces motifs de la raison non froide, mais sereine, qui seuls peuvent corriger les défauts de notre mentalité innée ou acquise-. »

Le meilleur moyen de s'oublier soi-même, c'est de penser un peu plus à autrui, le meilleur moyen d'acquérir notre propre bonheur, c'est de nous préoccuper de celui des autres. « Ily aunégoïsme qu'on ne saurait trop recommander, c'est l'altruisme, lequel n'est qu'un égoïsme perfectionné ^.. Soulagez donc ceux qui souffrent au lieu de leur donner le spectacle de votre affolement... le devoir si pénible soit-il doit être accompli joyeusement^. » Le petit livre sur « l'éducation de soi-même » contient de très belles pages sur la tolérance, l'indulgence, la modération, la pitié, la bonté ; ces excellents sermons écrits pour des malades seraient peut-être, à m(5n avis encore plus utiles pour les individus bien portants. Si

Page 1