‹ Les médications psychologiquesChapitre 29 sur 123 · I. A. Forel, l.'ùme cl le systcmc neroeux, lyoO, p · texte numérisé non relu

I. A. Forel, l.'ùme cl le systcmc neroeux, lyoO, p

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employé à équilibrer sa mentalité dune façon harmonique en la faisant travailler autant que possible dans d'autres domaines

(3i3) Si l'on veut arriver autant que possible à une vieillesse

heureuse, il faut avant tout ne jamais renier son optimisme, secondement ne jamais perdre son temps à ruminer sur le passé, ni à pleurer ses morts, troisièmement travailler jusqu'à son dernier soupir afin de maintenir l'élasticité de son activité cérébrale » (3i8). On reconnaît dans ces ouvrages la même inspiration que dans les livres de M. Dubois: la santé et le bonheur sont encore obtenus par l'hvgiène de l'âme, par le développement de l'intelligence et par l'exercice des vertus morales ; mais ces préceptes sont appliqués moins brutalement à une thérapeutique qui n'est pas aussi exclusive. Ce sont des pensées analogues, mais qui manifestent une inspiration indépendante.

Au contraire, quelques 'écrivains français ont été les disciples immédiats du professeur de Berne et n'ont fait que reproduire mot à mot son enseignement avec des modifications insignifiantes. Déjerine qui avait connu à Berne l'enseignement et la pratique médicale de ]\1. Dubois entreprit de faire connaître cette méthode en France et de l'appliquer. Il écrivit en 190/i une préface pour l'ouvrage de M, Dubois : « Le rôle primordial, sinon unique dans le traitement des psychonévroses incombe à ce que j'appellerais volontiers la pédagogie psychique, c'est-à-dire la rééducation de la raison. Le premier, il (M. Dubois) a résolument basé toute sa thérapeutique sur cette idée directrice. » Dans le Journal de médecine de Paris (12 mars 191 o), Déjerine écrivit une déclaration de foi spiritualiste, éloquente et exposa les idées de !M. Dubois sur le traitement par la persuasion. « Pour guérir les troubles nerveux qui dépendent toujours de l'émotivité il faut combattre les doctrines décevantes et stériles du monisme, du fatalisme, du scepticisme, du déterminisme, il faut raisonner peu à peu, détruire les préoccupations obsédantes du malade, lui refaire une mentalité nouvelle. Tout homme doit offrir à ses facultés supérieures un idéal qui lui permette de trouver en lui un soutien dans les épreuves de chaque jour. Il faut donc rappeler au malade les notions du beau, du juste, du noble, insister sur la satisfaction que laisse après lui l'accomplissement du devoir, développer la notion de solidarité et de charité, ne pas oublier que le cerveau doit toujours se laisser guider par le cœur. C'est là que sera la véritable médecine de l'avenir. »

Janet. — Médic. psycli. 7

Déjerine a eu l'idée intéressante de chercher à réaliser dans un service d'hôpital l'organisation des traitements moralisateurs qu'il avait admirée à Berne et il a fait à ce propos dans son service de la Salpêtrière une expérience des plus remarquables. L'organisation curieuse de cette salle de malades destinée à la moralisation curative a été indiquée dans la thèse de médecine de iNl. Manto ; elle a été décrite d'une manière plus complète dans le livre de MM. J. Camus et P. Pagniez « Isolement et psychothérapie », igo^. Dans cette salle, les malades doivent rester constamment couchées dans un lit entouré de rideaux fermés, ils ne reçoivent, ni n'écrivent aucune lettre, ne voient aucune personne du dehors jusqu'à ce que leur santé soit améliorée d'une façon notable. Une de ces malades, car il s'agit d'un service de femmes, ne peut parler à personne si ce n'est au chef de service, à l'interne ou à la surveillante. Les infirmières ne s'approchent du lit de la malade que sur l'ordre de la surveillante et ne doivent pas lui adresser la parole. Sauf quelques cas particuliers l'isolée est alimentée exclusivement avec du lait pendant les premiers temps... Au début du traitement elle ne peut lire ni journaux, ni romans, ni livre d aucune sorte. Matin et soir le chef de service ou son interne font à chaque malade au pied de son lit des séances de psychothérapie. Les auteurs ajoutent qu'il est imprudent de cesser ce traitement avant quatre semaines d'isolement complet et qu'il n'y a pas grand avantagea le prolonger au delà de trois ou quatre mois*.

Dans ce traitement, le repos au lit entouré de rideaux fermés, l'isolement sévère sont organisés en partie pour soustraire le sujet à l'influence des autres malades qui pourrait être mauvaise et surtout pour le mettre plus complètement sous l'influence morale du médecin qui pratique sur lui dans ses entretiens biquotidiens le traitement moralisateur. Quel est donc ce traitement et que fait le thérapeute au lit du malade ? Nous ne trouvons dans le livre de MM. Camus et Pagniez aucun enseignement nouveau sur ce point : ce sont toujours les mêmes idées et les mêmes expressions que dans le livre de M. Dubois (de Berne). Ce sont les mêmes proscriptions de tous les traitements chirurgicaux et médicaux, les mêmes attaques un peu déclamatoires contre la pauvre suggestion « dans laquelle le sujet obéit

I. Camus et Pagniez, Isolement et psychoOtérapie. it^oi. pp. ioi-io7(F. Alcan).

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sans critiquer, sans réfléchir, sans raisonner, sans juger, sans avoir ni à accepter, ni à contrôler » (p. 26). Il faut absolument la remplacer au plus vite par la persuasion, « un discours dialogué où le médecin sefTorce de détourner la pensée du malade de son mal, de relever son courage, de ranimer son espérance, de changer son état d'esprit, de lui faire comprendre la possibilité de la guérison, l'importance de sa collaboration ». Pour diriger de tels traitements, ces auteurs reconnaissent avec plus de netteté que ne le faisait M. Dubois que toute science, toute étude de quelque nature qu'elle-soit est parfaitement inutile : cette thérapeutique « ne demande plus au médecin d'être une sorte de prêtre dune science d'initiés, mais d'être simplement un honnête homme au sens élevé que le xvii* siècle donnait à ce mot et instruit de tout ce que peut le langage de la raison adressé à un malade confiant » (p. 82). Je ne parlerai pas ici du dernier livre de Déjerine et de M. Gauckler, « les manifestations fonctionnelles des psycho-névroses et leur traitement par la psychothérapie, 191 1. « Quoique ce livre soit du même genre que les précédents, il contient cependant quelques idées un peu plus précises qui me semblent le placer parmi les études sur les traitements éducatifs.

D'autres auteurs français, avec un peu plus de retard, il est vrai, ont suivi l'exemple de Déjerine et ont essavé de remplacer tous les traitements par la simple moralisation des névrosés. M. Bernheim lui-même qui jadis avait fait de si belles études sur la suggestion et qui n'avait eu qu'un tort celui de dire que la suggestion était tout, préfère dire maintenant que la suggestion n'est rien et qu'il n'a jamais voulu faire que de la persuasion. M. Dubois s indigne de ce changement de front, il lui reproche « de chercher à purifier (!), à rendre plus rationnelle son influence psychique ' », à vouloir lui aussi se rattacher à la psychothérapie, comme si M. Bernheim n'en avait pas le droit. Singulière querelle de mots et de mots auxquels les deux auteurs ne donnent aucune signification. M. Paul-Emile Lévy en 1898 employait encore un certain simulacre d'hypnotisme qui n'était pas bien méchant; il demandait seulement au malade de fermer les yeux pendant le fameux entretien moralisateur. M. Dubois le lui reproche sévèrement : « Il y a là encore trop d'artifice — On

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