Bernheim, La suggestion, 1886, p
2. A. T. Mycrs, Proceedings of the S. f. P. R., i8y3, p. 207.
Janet. — Médic, psYcli.
forme de traitements par le raisonnement et la persuasion. Encore au début de ce siècle on avait vu éclore dans tous les pays et dans toutes les langues, surtout dans les pays de langue anglaise, une énorme littérature sur ce nouveau moyen de soulager l'humanité souffrante.
Pour ne prendre qu'un exemple, dans les Etats-Unis d'Amérique où ces leçons étaient faites des chaires de psychothérapie avaient été fondées, comme celle de M. 'Morton Prince à Tuff's collège médical school, à Boston, de nombreuses conférences étaient faites de tous côtés sur ces sujets, des revues comme le « Journal of abnormal psychology |» étaient consacrées presque entièrement à ces études, des collections de livres sur la psychothérapie étaient de plus en plus nombreuses. M. Will. B. Parker dirigeait alors la publication d'un grand ouvrage en trois volumes in-/i°, intitulé « Psychotherapy, a course of reading in sound psychology, sound medicine and sound religion » qui parut à New-York en 1909 et auquel collaboraient tous les professeurs de neurologie et de psychiatrie, des philosophes et des psychologues ainsi que les représentants des diverses religions. La société de thérapeutique Américaine, dans son meeting annuel de 1909 à Newhaven discutait longuement toutes ces nouvelles méthodes thérapeutiques et ces discussions devenaient le point de départ d'un livre également curieux, exprimant les opinions de la plupart des médecins américains, « Psycho-therapeutics, a symposium », Boston, 1910. 11 était évident que le mouvement sorti de l'ancien enseignement du magnétisme animal, de celui de l'hypnotisme et, il ne faut pas l'oublier, de la « Christian science » de Mrs. Eddy avait gagné le monde scientifique et l'enseignement universitaire. Dans ces conditions mes leçons de psychothérapie faites à Boston en 1904 et au collège de France en 1907 pouvaient apporter une contribution à cet intéressant mouvement d'études et pouvaient peut-être présenter certains problèmes à un point de vue particulier. C'est pourquoi elles avaient été complétées et étaient prêtes à être publiées au début de la guerre.
La publication de ce livre a été naturellement arrêtée et retardée par les événements et il semble aujourd'hui qne les études de ce genre n'occupent plus une place aussi importante. Ce n'est, je crois, qu'une apparence et un mouvement qui se développait dune façon aussi puissante dans tous les pavs ne
tardera pas à reprendre son cours. Ces recherches historiques qui montrent le grand rôle des philosophes et des médecins français dans la formation d'une science pleine d'avenir, ces recherches thérapeutiques qui trouveront malheureusement aujourd'hui bien des occasions d'être appliquées à propos de tous les troubles névropathiques que la guerre a engendrés ne me semblent pas avoir perdu tont intérêt.
Trois groupes d'études ont été ici réunis autour d'un même sujet, celui de la thérapeutique psychologique. Le premier groupe, comme on vient de le voir, est surtout constitué par des études historiques sur les recherches et les pratiques qui ont joué un grand rôle dans la formation de ces thérapeutiques et qui méritent de conserver une place dans Ihistoire de la médecine et dans l'histoire de la psychologie. Les premières études de ce genre portent sur les thérapeutiques miraculeuses, religieuses et philosophiques. Parmi ces thérapeutiques il me semble juste de placer les pratiques du « Magnétisme, animal » qui malgré quelques apparences de recherche scientifique prennent leur inspiration dans l'esprit de système et dans l'amour du merveilleux. Depuis longtemps j'ai recueilli bien des documents sur l'histoire du Magnétisme animal et, sans juger nécessaire de les publier tous, je crois utile d'en indiquer les principaux. 11 me semble difficile de comprendre l'évolution des idées médicales et psychologiques soit en Amérique, soit en France sans prendre pour point de départ les conceptions du Magnétisme animal dont le rôle dans l'histoire des idées me paraît avoir été extrêmement important. Il faut ensuite faire une place à la « Christian science » de Mrs. Eddy, insuffisamment connue en France, mais ({ui a déterminé en Amérique un mouvement d'idées considérable et qui est le véritable intermédiaire entre le Magnétisme animal et bien des méthodes plus modernes de traitement par la moralisation. Ce qu'on appelle en Amérique « Emmanuel Movenient » et « New thought movement » en dérive et nous amène a bien des méthodes' intéressantes de thérapeutique des névroses. Quoique l'histoire de l'hypnotisme ait été bien souvent présentée d'une manière plus ou moins complète, il est nécessaire de la mettre à sa place dans cette évolution des idées ; d'ailleurs les dernières périodes de cette histoire depuis la lutte entre l'école de la Salpêtrière et l'école de Nancy n'ont guère été étudiées jusqu'à présent et elle ne sont pas sans importance.
/, MEDICATIONS l'SYrHOLOr.KjLES
A CCS études historiques sur les débuts de la psychothérapie qui occupent une grande partie du premier volume de cet ouvrage, il faut ajouter des exposés des thérapeutiques plus récentes. Le traitement des maladies nerveuses parle repos a pris surtout sous la direction de Weir Mitchell de Philadelphie une grande importance et il a suscité lui aussi beaucoup de controverses surtout chez les médecins moralisateurs qui affectent de mépriser la fatigue des névropathes. Le traitement par l'isolement dans des maisons de santé spéciales s'est développé à la suite de la réforme du régime des aliénés de Philippe Pinel en France et de William Tuke en Angleterre, il soulève tous les problèmes de l'influence sociale des hommes les uns sur les autres. Il faut faire une place dans l'histoire des doctrines médicales et dans l'histoire de la psychologie à l'ensemble des études qui s'est développé en Autriche d'abord et plus tard en Amérique sous le nom de la « Psycho-analyse » de M. Freud. Ces doctrines sont sorties des études françaises sur les réminiscences traumatiques, elles les ont singulièrement exagérées et déformées, mais elles ont contribué certainement à susciter un grand intérêt pour les recherches psychiatriques et un grand mouvement dans les idées. J'ai consacré à la Psycho-analyse un chapitre important en reprenant et en complétant le rapport que j'avais présenté sur ces études au congrès de médecine de Londres en 1910. Il ne faut rien oublier dans l'histoire de la médecine car bien des choses renaîtront qui ont semblé disparaître. Les traitements bizarres de la métallothérapie, de l'œsthésiogénie nous ont semblé le point de départ nécessaire pour comprendre les traitements par les diverses excitations qui paraissent devoir renaître aujourd'hui et ils nous ont conduits aux travaux curieux des dernières écoles Anjéricaines de psychothérapie qui semblent cependant au premier abord aVoir peu de ressemblance avec eux. Il ne s'agit pas seulement ici de l'histoire de la médecine : je reste convaincu que ces études préparent l'éclosion des sciences psychologiques et qu'en les résumant nous travaillons aussi à l'histoire de la psychologie et de la philosophie.
Le deuxième groupe d'études peut être considéré comme un ensemble de recherches psychologiques sur un certain nombre de notions indispensables au psycho-thérapeute, notions qui reviennent constamment dans les ouvrages de ce genre et qui sont rarement précisées. Les faits et les Idées qui sont contenus
INTRODUCTION o
dans les mots <■' suggestion, hypnotisme, désinfection mor;ilr. repos, isolement, réveil de la sensibilité, excitation, etc., « ne peuvent évidemment pas être analysés ici complètement, car ils exigeraient un traité complet de psychologie. Mais il n'est pas impossible d'éliminer quelques interprétations vagues et inexactes qui permettent trop souvent de reproduire indéfiniment les mêmes faits sous des noms différents et de proposer pour quelques-uns de ces mots sinon des définitions, au moins des significations capables d'apporter un peu de clarté dans ces • tudes. J'ai insisté particulièrement sur certaines conceptions (jui me paraissent particulièrement utiles dans la psychologie médicale, sur les idées de force et de faiblesse psychologiques, de tension et de dépression psychologiques et sur les influences qui agissent sur les unes ou sur les autres. Dans le chapitre qui étudie le rôle de l'isolement, j'ai essayé de traiter ce problème important de la fatigue que les hommes se causent les uns aux autres, de la dépense qu'exigent les relations sociales, de l'action appauvrissante qu'exercent les individus antipathiques. Dans les chapitres consacrés à l'excitation, je me suis préoccupé du problème inverse de l'excitation par l-a société, de l'enrichissement par la direction, du bénéfice qu'apportent les individus sympathiques. On ne se figure pas le nombre de problèmes morauv (jue soulèvent les plus simples études de psychiatrie et larichesse de documents intéressants que nous apportent les moindres observations de maladie mentale.
C est pourquoi les recherches précédentes sont complétées par un nombre assez considérable d'observations cliniques portant >ur ces diverses psycho-névroses que l'on désigne sous les noms (le neurasthénie, d'hystérie, de psychasténie, de cyplothymie, de démence précoce. Si on laisse.de côté des considérations anatoiiiiques ou étiologiques qui sont encore fort peu connues, si on it'ste au point de vue de la description symptomatique et de lanalvsc psvchologique, ces divers troubles peuvent être pré- 'ientés comme des degrés divers, plus ou moins profonds de la lépression psychologique qui diminue la force ou la tension de lactivité mentale. Les observations de malades présentant divers troubles de ce genre que j'accumule depuis plus de trente ans avec la passion d'un collectionneur sont devenues très nombreuses : elles dépassent maintenant le n()mbre de 35oo. Un très grand nombre de ces malades ont été suivis pendant des années,
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quelques-uns pendant quinze et vingt ans. Cette collection me permet d'étudier ici les névroses ii un point de vue spécial, celui de l'évolution ; elle me permet de noter les diverses modifications que la maladie a présentées au cours de la vie et les influences qui semblent avoir joué un rôle mauvais ou favorable sur ces diverses modifications. Sur la plupart de ces malades j'ai essayé pendant des années d'appliquer tantôt l'une, tantôt l'autre de ces méthodes psychothérapiques dont j'ai étudié ici l'historique et le principe. L'observation du malade pendant les mois et les années qui ont suivi les tentatives de traitement permet de constater les résultats immédiats et les effets lointains d'une thérapeutique. Il y a là une sorte de vérification expérimentale de la valeur de tel ou tel procédé qui apporte un complément important, une illustration aux études précédentes sur la psychothérapie.
Malheureusement il est tout à fait impossible de présenter même brièvement de si nombreuses observations médicales et psychologiques et sauf dans des cas particulièrement intéressants de résumer l'histoire individuelle des malades. Je suis obligé de procéder par des allusions à des ensembles de faits cliniques, de réunir plusieurs expressions caractéristiques empruntées à divers malades du même genre, résumant assez bien une situation morale commune, d'établir des statistiques qui indiquent le nombre des sujets troublés par certaines circonstances ou améliorés par telle ou telle pratique. Malgré ces efforts pour abréger ces analyses, des observations occupent une grande place particulièrement dans le second volume. 11 me semble difficile dans de telles études d'éviter cet inconvénient : la description précise des faits psychologiques permet seule au lecteur de comprendre et de discuter les interprétations. Nous sommes encore à ce moment particulier de l'évolution des sciences psychologiques où des observations cliniques, des descriptions de types caractéristiques sont plus utiles que des théories systématiques.
Les principales divisions de cet ouvrage correspondent à un certain progrès qui me semble apparent dans la succession des méthodes psychothérapiques. Les premiers traitements de ce genre ont été très généraux et très vagues, ils se bornaient à exercer sur le sujet une action nwiale quelconque. Puis la psychothéra-
pie, comme j'essayerai de le montrer, est devenue plus spéciale et a fait appel aux mécanismes latents, aux tendances préorganisées, elle a été l'utilisation de l'automatisme. Une conception déjà plus avancée s'est préoccupée des dépenses qu'exige l'activité humaine et en ordonnant le repos et l'isolement a organisé l'économie des forces de la pensée. Enfin, si on ne craint pas les conceptions encore plus aventureuses, la psychothérapie a cherché à augmenter les forces insuffisantes par des spéculations heureuses, par des acquisitions nouvelles. Les deux premières études sur la recherche de l'action morale et sur l'utilisation de l'automatisme forment le premier volume de cet ouvrage. Le second volume sera consacré aux traitements par les économies psychologiques, c'est-à-dire aux traitements par le repos, par l'isolement, par la désinfection psychologique. Le troisième volume contiendra les recherches sur les acquisition psychologiques que 1 on essaye d'obtenir par les divers traitements psvcho-phvsiologiques, par les excitations variées et par les directions morales.
Depuis la mort du P' Raymond, 19 lo , mon laboratoire de psychologie qui était organisé dans le service de la clinique à la Salpêtrière a été en partie transporté dans le service de mon collègue et ami, M. le D' Nageotte, professeur au Collège de France, médecin de la Salpêtrière, que je remercie de son obligeant accueil. Quoique malheureusement ces études de psychologie pathologique soient encore bien loin d'avoir atteint la précision et la vérité scientifique de ses belles recherches sur l'histologie du système nerveux et du tissu conjonctil", elles sont inspirées par le même esprit de curiosité et de sincérité et je suis heureux de pouvoir mettre son nom sur la première page de cet ouvrage. Ces volumes remplis comme les précédents d'observations faites dans le même hôpital conservent le même titre général de « Travaux du laboratoire de psychologie de la Salpêtrière ».