Bramwell, Proceedinys of tke S. f. P. R., 1896, p
2. Voir à ce propos la préface du livre de Despine (d'Aix), Le magnétisme aux eaux d'Aix. i8/|0, p. m.iv.
mènes normaux ou du moins des phénomènes susceptibles d'être observés dans bien d'autres circonstances. Létat de somnambulisme artificiel ne fait que mettre en lumière et amplifier des phénomènes qui dépendent desHois générales de Timagination, de' l'attention expectante, du désir. Si la psychologie normale donnait une bonne explication de ces faits on pourrait l'appliquer sans dinTiculté aux observations somnambuliques qui semblent les plus étranges.
A la même époque, il faut placer l'ouvrage du général Noizet, également élève de l'école polytechnique et ami de Bertrand, « Mémoires sur le somnambulisme et le magnétisme animal ». Noizet a connu l'enseignement de l'abbé Faria et l'a communiqué à Bertrand. Son ouvrage qui n'a été publié qu'en i854 avait été en réalité rédigé et présenté comme mémoire à l'Académie rovale de Berlin en 1820 et contenait dès ce moment toutes les idées essentielles analogues à celles de Bertrand. La loi psychologique essentielle, c'est la loi d'après laquelle toute idée tend à devenir un acte ; c'est parce que l'idée a pénétré dans la conscience du sujet que l'action suggérée se réalise. L'auteur ne semble pas se demander suffisamment pourquoi cette loi ne s'applique pas constamment dans l'état normal et pourquoi elle s'applique avec tant de rigueur dans les suggestions. Néanmoins cet ouvrage est extrêmement important au point de vue historique ; car, si je ne me trompe, c'est lui qui établit un lien entre l'enseignement de Bertrand et celui qui sera donné plus tard par l'école de Nancy.
Braid (1842) admet de même que les phénomènes de la suggestion ne sont que des formes particulières que prennent certains faits psychologiques très communs, mais il insiste un peu plus sur le caractère propre à ces faits, il insiste sur le monoïdéisme dont parlaient déjà Bertrand et Noizet et semble croire qu'une attention excessive détermine ce passage facile de l'idée à l'acte qui semble essentiel D'après ces remarques Braid seraitun des premiers auteurs de cette théorie qui explique la suggestion par l'attention excessive et que nous allons voir reprise et développée récemment par Munsterberg'.
Durand (de Gros) dans son œuvre remarquable (i855-i86o)
1. Cf. Milne Bramwell, Brain. iiSt)6. p. 10, Hypnotism, ils liislory. praetice and Iheory, London, igoS.
U'i L'UTILISATION DE L'AUTOMATISME
insiste lui aussi sur ce que la suggestion a de particulier. Il sait remarquer que la disposition à la suggestion n'est pas une chose universelle et qu'elle n'est même pas constante chez le même individu : à côté des phénomènes « idéo-plastiques )> de la suggestion il y a lieu d'étudier l'état de suggestibilité, « l'état hypotaxique » dans lequel les sujets sont amenés par diverses influences. Les autres ouvrages publiés à cette époque se préoccupent plutôt du point de vue médical et thérapeutique et insistent peu sur l'étude psychologique du phénomène. Cependant le travail de Mesnet (JJjiion jyiédicale, 187/i, n" 87) me paraît important : il décrit longuement un individu qui à la suite d'une blessure à la tête présentait des crises de somnambulisme spontané. Dans ces crises il accomplissait diverses actions qui semblaient déterminées simplement par la vue ou le contact des objets: tenait-il dans ses mains un rouleau de papier il le dépliait et se mettait à chanter, tenait-il un bâton il se mettait à faire l'exercice militaire, voyait-il un bijou brillant il cherchait à le dérober, etc.. Ces faits nous montrent que l'influence de l'opérateur qui donne les ordres n'est pas indispensable et que des objets inertes qui ne sont pas présentés par une personne peuvent aussi être le point de départ de suggestions. On trouve des faits du même genre dans « le haschisch « de Moreau (de Tours) : des lumières, des objets dans la chambre suffisent pour changer la direction des rêves et même pour déterminer des actions. Toutes ces études préparaient et même avançaient beaucoup l'étude psychologique de la suggestion.
A peine avait-on commencé à comprendre ces phénomènes que l'on voulut s'en servir : on les utilisa tout d'abord pour interpréter et pour produire cet état somnambulique au cours duquel on les avait observés pour la première fois et que l'on considérait toujours comme essentiel.
Dès le début du magnétisme animal avait commencé une querelle célèbre, celle des Fluidistes et des Animistes dont on peut suivre le développement dans tous les journaux du temps et en particulier dans le Journal dn magnétisme (IX, ii4, ii9< 525, 5go). Les premiers sans trop insister sur la façon dont les choses pouvaient bien se passer, voulaient expliquer le changement dans l'état du sujet par l'action physique du fluide émané du magnétiseur. Les seconds se moquaieni de cette interprétation
L HISTOIRE DE LA SUGGESTION ET DE L'HYPNOTISME Wi
sans aucun fondement et soutenaient que tout dépendait des modifications opérées dans les phénomènes psychologiques du sujet : l'action du magnétiseur était une action morale qui changeait les pensées et ce changement moral déterminait tout le reste. Cette opposition exprimait bien déjà à cette époque toute la différence entre le magnétisme et l'hvpnotisme : ces deux études portent en somme sur le même phénomène, sur le somnambulisme provoqué artificiellement; mais ce qui caractérise l'hypnotisme, c'est d'abord qu'il adopte vis-à-vis de ces phénomènes une attitude plus scientifique et qu'il cherche à éliminer le merveilleux, l'occulte, le miraculeux dans lequel se complaît le magnétisme et ensuite qu'il explique les faits par des phénomènes et par des lois psychologiques au lieu de faire appel à des forces empruntées au monde physique ou physiologique.
S'il en est ainsi, 1 hypnotisme commence avec Bertrand en 1820. C'est lui qui dit le premier nettement que le somnambulisme artificiel peut s'expliquer simplement par les lois de l'imagination du sujet, que celui-ci s'endort tout seul parce qu'il pense à s'endormir et qu'il se réveille parce qu'il a l'idée du réveil. Ensuite vint l'abbé Faria qui mettait en pratique cette conception et qui déterminait l'état de somnambulisme simplement en disant à ses sujets: « Je veux que vous dormiez. » Ensuite il faut placer l'œuvre du général Noizet qui insista sur une théorie voisine, assez dangereuse d'ailleurs, celle de l'analogie du somnambulisme provoqué avec le sommeil naturel. Signalons aussi à propos des mêmes idées, l'œuvre de Haidenhain et les lettres curieuses du D' Ordinaire dans le Journal du magnétisme (i85o, p. 120 à 207).
Ce n'est qu'après ces études qu'il me semble juste de mettre l'œuvre de Braid, 1 843 (Neurhypnologie ou traité du sommeil nerveux, traduit par le D"^ Jules Simon en i883). On sait que Braid arriva à sa conception en essayant de reproduire les expériences du magnétiseur Lafontaine ; il réussit à plonger des sujets soit dans le sommeil, soit dans le somnambulisme, en leur faisant fixer attentivement pendant quelque temps un bouchon de carafe en cristal. En opérant ainsi, il supprimait le fluide nerveux dont parlait Lafontaine, mais il faisait intervenir un autre phénomène physiologique, la fatigue causée par la fixation attentive et il faisait en somme une expérience différente de celle de J.\NEr. — Mt'dic. psycli. 10
146 LUTILISATION DE L AUTOMATISME
Bertrand et de Faria. Il y avait peut-être là le point de départ d'une recherche intéressante sur le rôle que joue la fatigue dans ces phénomènes, mais Braid n'insista pas sur ce point. Il s'égara en cherchant à appliquer à l'étude du somnambulisme les théories de Gall sur la phrénologie et la cranioscopie et il prétendit exciter telle ou telle faculté morale en agissant par friction sur la bosse du crâne correspondante. Cependant, comme l'a très bien montré M. Bramwell, Braid ne persévéra pas dans cette voie dangereuse, il étudia surtout les suggestions et leur rôle dans la détermination du sommeil, c'est-à-dire qu'il se rattacha à l'opinion des premiers hypnotiseurs français.
Toutes ces études sur le sommeil hypnotique étaient encore très incomplètes : elles n'avaient guère analysé qu'un seul caractère, la disposition à l'inertie mentale et la disposition à la suggestibilité ; mais elles avaient bien mis en évidence un fait important, la possibilité de transformer l'état mental de certains individus en utilisant certaines suggestions ou en employant certains procédés qui déterminent de la fatigue.
D'ailleurs la pjupart de ces études avaient à cette époque un autre objet et cherchaient avant tout à obtenir un résultat thérapeutique : la suggestion et l'hypnotisme à peine nés étaient immédiatement appliqués au traitement des malades. Dès 1780, Deslong écrivait: « Si M. Mesmer n'avait d'autre secret que celui de faire agir elFicacement l'imagination sur la santé, n'en auraitil pas toujours un merveilleux? Car si la médecine d imagination est la meilleure, pourquoi ne ferions-nous pas de la médecine d'imagination ? » On rechercha partout les faits qui montraient cette action de l'imagination sur la santé, soit que l'idée déterminât des maladies, soit qu'elle les guérit. Hecquet citait l'observation d'un homme « qui apercevant une personne suspendue par les talons à une voiture qui l'entrainait fut saisi d'une telle émotion qu'il ressentit à l'instant une vive douleur au talon et resta boiteux toute sa vie' ». Ellis cite une femme qui se croit atteinte de la syphilis et qui est guérie par des pilules de mie de pain que l'on dit mercurielles et qui la font saliver abondamment^ » J. H. Bennett, Carpenter, David Brewster présentent des faits du même genre. Aussi est-il juste d'appliquer ce trai-