‹ Les médications psychologiquesChapitre 50 sur 123 · I. Bcrnlicim, La sngtjeslioii, l88fi, p. /j · texte numérisé non relu

I. Bcrnlicim, La sngtjeslioii, l88fi, p. /j

IHh ■ L'UTILISATION DE L'AUTOMATISME

dans les paupières, une fatigue clans vos yeux... vos yeux clignotent, ils vont se mouiller, la vue devient confuse... vos paupières se ferment, vous ne pouvez plus les ouvrir... vous ne sentez plus rien, vos mains restent immobiles, vous ne vovez plus rien, le sommeil vient et j'ajoute sur un ton un peu impérieux : « dormez », souvent ce mot emporte la balance, les yeux se ferment, le malade s'endort (p. 5). »

Quand le sujet est ou semble être endormi on continue à lui parler de la même manière et on exprime devant lui par la parole ou par des signes l'idée de certains actes ou l'idée de certains spectacles. Le sujet se met alors à exécuter complètement l'acte dont on lui parle, ou bien il se comporte comme s'il voyait réellement devant lui le spectacle que l'on vient de décrire. On obtient ainsi la catalepsie suggestive, les membres restent dans la position où on les met, mais seulement quand le sujet a compris qu'ils doivent rester ainsi ; on obtient de même des mouvements variés des mains, des marches, des danses, des actes en apparence quelconques, ou des hallucinations de toute espèce : ce sont là les suggestions positU>es. Inversemment il suffit de mettre dans la pensée du sujet l'idée qu'il ne peut pas agir, qu'il ne sent pas, ou qu'il ne voit pas pour qu'une véritable paralysie s'en suive ou que le sujet se conduise comme s'il ne voyait pas, n'entendait pas telle ou telle personne : ce sont les suggestions ou, comme dit M. Bernheim, les hallucinations négatii'es. Ces effets peuvent se produire pendant la période du sommeil ou bien ils peuvent être différés et n'avoir lieu qu'à un moment quelconque : « Je suggère à Cl. pendant son sommeil qu'il verrait à son réveil M. St. un confrère présent, la figure rasée d'un côté et avec un immense nez en argent. Une fois réveillé, ses yeux s'étant par hasard portés sur notre confrère, il part d'un immense éclat de rire : Vous avez donc fait un pari, dit-il, vous vous êtes fait raser d'un côté et ce nez! Vous étiez donc aux invalides ! Une autre fois, je lui suggère dans une salle de malades qu'il verra dans chaque lit un gros chien à la place des malades et il est tout étonné à son réveil de se trouver dans un hôpital de chiens (p. a/j). » Ce sont là les suggestions posthypnotiques que l'on peut varier indéfiniment. Combinez de toutes manières ces diverses suggestions, il n'y a jamais rien d'autre dans tout l'hypnotisme.

Ces phénomènes de suggestion se comprennent très facilement,

ils ne sont que l'exagération de phénomènes très communs qui se produisent constamment chez tous les hommes. Beaucoup d'actes en effet sont immédiatement accomplis par nous dès que l'idée de ces actes pénètre dans notre esprit! les mouvements de la physionomie, par exemple, les gestes que nous faisons en cadence dès que nous entendons de la musique, la marche au pas, l'imitation de la toux, du bâillement, dès que quelqu'un bâille ou tousse devant nous. Tous ces faits résultent d'une disposition naturelle à l'obéissance, à l'imitation, à la croyance: ils sont bien sulfisamment expliqués quand on se rappelle l'existence d une faculté de crédwité naturelle .

Chez certaines personnes et dans certaines conditions, ces facultés naturelles sont un peu plus développées : « il existe une aptitude particulière à transformer l'idée reçue en acte... cette transformation se fait si vite que le contrôle intellectuel n'a pas le temps de se produire (p. 85) ». La suggestion utilise ces dispo- ■ sitions « elle consiste dans l'influence provoquée par u?ie idée su ingérée et acceptée par le cerveau (p. 78) «.

Dans d'autres cas il peut être utile d'augmenter momentanément cette suggestibilité naturelle. Par la suggestion elle-même on déterminera l'apparition d états psychologiques comme la somnolence ou le sommeil dans lesquels la suggestibilité est plus grande. L'état liypnotique n'est pas autre chose que ce sommeil déterminé par suggestion. Il ne faudrait pas croire que cet état ne puisse être déterminé que sur des individus exceptionnels, des névropathes particuliers. Sans doute l'impressionnabilité est variable et il y a des individus plus disposés par leur éducation ou leur métier à l'obéissance passive, mais « l'expérience montre que la très grande majorité des personnes y arrive facilement (p. 6) ». On obtient ainsi simplement en faisant pénétrer dans la pensée l'idée de sommeil divers degrés de sommeil réel accompagnés de plusieurs degrés de suggestibilité croissante, depuis une légère somnolence où le sujet se croit bien éveillé, mais ne peut cependant parvenir à ouvrir volontairement les yeux jusqu'au somnambulisme profond où il exécute à la lettre et immédiatenient toutes les suggestions les plus compliquées sans en conserver le souvenir. Tels sont les faits très simples que M. Bernheim met en lumière dans son petit livre en laissant entendre à la fin du volume que leur connaissance et les pratiques qui en résultent peuvent avoir les conséquences les plus importantes.

Pendant les années qui suivirent, ces études furent continuées et développées par M. Berheim et ses collaborateurs immédiats parmi lesquels il faut compter surtout M. Beaunis, professeur de physiologie à la faculté de médecine de Nancy, et Liégeois, professeur à la faculté de droit de la même ville. Ces recherches se trouvent dans l'ouvrage de M. Beaunis, « du somnambulisme provoqué », 1886, dans les divers articles de Liégeois, en particulier dans son mémoire présenté à l'Académie des sciences morales en 1884, « de la suggestion hypnotique dans ses rapports avec le droit civil et le droit criminel », et surtout dans la deuxième édition du livre de M. Bernheim en 1886.

Ces ouvrages contiennent quelques études psychologiques intéressantes : je rappellerai en particulier l'étude de M. Beaunis sur la mémoire de l'exécution des suggestions, mais la psychologie n'est pas ce qui préoccupe le plus ces auteurs. Comme ils cherchent à utiliser pratiquement le pouvoir de la suggestion, ils cherchent surtout à mettre en évidence sa puissance et à • déterminer ses limites les plus reculées. 11 sagit surtout de savoir si la suggestion est capable de déterminer des phénomènes physiologiques anormaux que la volonté seule ne serait pas capable de faire apparaître ; cela permettrait beaucoup d'applications pratiques et cela mettrait singulièrement à l'abri du soupçon de simulation. C'est pourquoi M. Bernheim et ses collaborateurs se sont rapidement intéressés aux expériences de vésicotion par suggestion. Charpignon avait déjà dit en i848 que l'on pouvait obtenir la rubéfaction de la peau par des sinapismes imaginaires. De Mirville en 1860 prétendait que des phrases entières s'écrivaient ainsi toutes seules en lettres sanglantes sur les bras de son sujet, ce qui est peut-être un peu fort. Charcot avait déjà décrit des bulles de pemphigus déterminées sur le bras d'une hystérique par la suggestion d'une brûlure imaginaire. M. Bernheim reprit cette étude; dans une série d'expériences faites avec M. Focachon, il obtint des vésications très nettes de la peau par simple suggestion et dans des conditions d'observation qui semblent avoir été assez sérieuses (p. 77, 83). Beaucoup d'auteurs à cette époque suivirent son exemple, Dumontpallier, i883-i885, présenta à 1 Académie de médecine des observations sur l'action vaso-motrice de la suggestion. 11 soutint avoir observé des difl'érences de température île 3 ou 4 degrés à la sur-

face de la peau sur une région Je la jambe recouverte d'un pansement quand on fait la suggestion de sinapisme. Beaucoup d'auteurs ont étudié le même problème, Pitres, Mabille, Ramadier, Bourru, Burot. Fontan, Ségard. On trouvera de bons résumés de ces travaux dans les articles de M. Bérillon ' et de Myers". Cette étude est loin d'avoir abouti à des conclusions bien nettes, quoi qu'elle renferme certainement plus de vérité qu'on ne le croit aujourd'hui.

Une autre étude en apparence toute différente se rattache aussi étroitement au problème de la puissance de la suggestion, c'est celles de la suggestion criminelle. Peut-on par simple suggestion amener une personne à accomplir réellement un acte criminel tout à fait contraire à son caractère et à ses intérêts. Le problème avait déjà été posé par les premiers rapporteurs sur le magnétisme animal en 1787 : l'un d'eux demandait à Deslon si l'on pouvait pousser les sujets au crime et celui-ci répondit affirmativement. Puis la question fut discutée par Durand (de Gros), par Bellanger, iS54, Brière de Boismont, i855, Macario, 1807, Charpignon, i858. Charpignon publia un travail en 1860 « sur les rapports du magnétisme avec la jurisprudence et la médecine légale ». M. Bernheim en i883 reprend la question et rapporte les expériences qui ont déterminé son opinion : « Désireux de voir jusqu'où peut aller la puissance de la suggestion, j'ai un jour provoqué une scène véritablement dramatique. Je lui ai montré contre une porte un personnage imaginaire en lui disant que cette personne l'avait insulté : je lui donne un pseudo-poignard, un coupe-papier, et lui ordonne d'aller le tuer. 11 se précipite, il enfonce résolument le poignard dans la porte, puis reste fixe, l'œil hagard, tremblant de tous ses membres » (p. 34). Plus tard le même sujet va s'accuser lui-même de ce crime sans révéler celui qui le lui a suggéré devant l'interne du service transformé pour la circonstance en magistrat. M. Bernheim ajoute une ancienne observation de Despine, i865, relative à un vagabond qui abuse d'une jeune fille en la mettant dans un état bizarre que l'on suppose être de l'hypnotisme et il laisse entendre qu'à son avis cette influence de la suggestion est extrêmement importante et dangereuse.

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