‹ Les médications psychologiquesChapitre 51 sur 123 · Myers, Proceedings of the S.f. P. /?., VII, p · texte numérisé non relu

Myers, Proceedings of the S.f. P. /?., VII, p

Janet. — Médic. psych. il

Le mémoire de Liégeois sur la même question est encore plus complet. Dans une longue série d'expériences qui avaient toutes réussi admirablement bien il suggérait à des individus hypnotisés tous les plus beaux crimes qu'ils exécutaient férocement avec des couteaux en bois et des pistolets en papier. On les amenait à soutenir avec énergie tous les faux témoignages devant un interne du service qui devenait magistrat et qui prenait un air sévère; on les faisait signer au profit de M. Liégeois des chèques énormes et des donations mirobolantes. Le danger public était manifeste : « On pourra, disaient Binet etFéré, pour résumer cette doctrine endormir un individu quelconque en quinze secondes, entre deux portes, et lui faire commettre tel crime que l'on pourra imaginer'. » Beaucoup d'auteurs que Liégeois énumère dans un article de la Revue philosophique (1892, I, p. 256) admirent avec lui l'importance de ces expériences et considérèrent cette puissance de la suggestion comme un grand danger public. « Il y a plus de 100 000 personnes à Paris, disaitil, auxquelles on peut par un mot suggérer tous les crimes. » Il fallait immédiatement reformer toute la législation pour défendre la société et tout accusé devait être soumis à une hypnotisation préalable pour savoir si on ne lui avait pas suggéré son crime.

Après l'étude des suggestions criminelles, ce qui caractérise encore mieux le groupe d'auteurs qui se groupaient autour de M. Bernheim c'est le désir d'utiliser immédiatement pour la thérapeutique cette suggestion qui se révélait si puissante. Ce sont surtout les observations de guérison qui ont augmenté la seconde édition du livre de M. Bernheim. Il nous rappelle d'après une leçon de Charcot (1872-73) les miracles de saint Louis et les cas de paralysie guéris après des pèlerinages faits au tombeau de Saint-Denis où les restes du roi Louis IX venaient d'être déposés. Il cite des exemples bien choisis et bien discutés parmi les observations des miracles de Lourdes, des guérisons de paralysie, de fausse coxalgie (p. 2i5), d'amaurose, de paraplégie (p. 217) et il expose à ce propos les principes de sa thérapeutique suggestive. « C'est une loi physiologique que le sommeil met le cerveau dans un état psychique tel que l'imagination accepte et reconnaît comme réelles les impressions qui lui sont transmises. Provoquer par l'hypnotisme cet état psychique spé-

I. Bincl et Fcrc', Le Miujnctismc unimal, 1887, p. 9-3 (F. Alcan).

cial et exploiter dans un but de guérison ou de soulagement la suggestibilité ainsi artificiellement exaltée, tel est le rôle de la

psychothérapeutique hypnotique (p. 218) La suggestion

attaque la maladie par un de ses éléments et la suppression de cet élément morbide retentit heureusement sur tout l'appareil pathologique dont tous les éléments sont réciproquement subordonnés les uns aux autres (p. 4 10) C'est la restauration fonctionnelle qui amène la restauration organique (p. /410). » L'hypnotisme d'ailleurs qui rendra ces services ne présente aucun danger et s'il amène un trouble quelconque on pourra y remédier immédiatement par la suggestion elle-même qu'il rend si facile. M. Bernheini nous montre ensuite les heureux résultats qu'il a obtenus en pratiquant cette méthode. Dans la série de ses observations nous voyons des guérisons immédiates ou rapides d'un certain nombre d'accidents hystériques analogues à ceux que l'école de Gharcot traitait de la même manière : restauration de la sensibilité cutanée et des fonctions visuelles par aimantation simulée (pp. 285, 291, 29g), restauration de la marche dans l'hémiplégie hystérique (pp. 298, 3o5), guérison de crises hyslériformes avec somnambulisme (p. 802), guérison d'aphonie hystérique (pp. 212, 809, 358). Nous passons bien vite à la guérison d'autres phénomènes névropathiques que M. Bernheim, sans nous dire pourquoi, ne veut plus appeler hystériques, troubles gastriques (p. 317), inappétences, tristesses (p. 827), douleurs de diverses espèces (pp. 819. 820,825), secousses choréiques et tremblements (pp. 882, 385, 846), crampe des écrivains (p. 3^9), idées fixes, somnambulismes nocturnes (pp. 828, 857). Une foule de douleurs et de troubles rattachés au rhumatisme sont supprimés de la même manière. Enfin ces procédés apportent un grand soulagement sinon la guérison a des affections graves en rapport avec des lésions incontestables des centres nerveux dans des cas de sclérose en plaques (p. 285), de tabès (p. 275), d'hémorragie cérébrale (pp. 267, 272). « Dans beaucoup de ces cas, en elTet, le trouble fonctionnel survit à la cause ou à la lésion organique qui lui a donné naissance,... certaines douleurs s'éternisent alors que la lésion déterminante n'existe plus,... l'influx cérébral arrive par cette excitation dynamogénique à se frayer une voie jusqu'aux cellules motrices et la conductibilité rétablie restaure la fonction,... la possibilité d'imprimer à l'articulation les mouvements nécessaires à son intégrité restituent ainsi aux tissus fibro-séreux

leur souplesse, à la synovie son onctueux, à la circulalion capillaire son activité et agit efficacement pour améliorer ou guérir ' l'arthropathie (p. 4io). » En résumé, « les douleurs musculaires, les points douloureux des phtisiques, l'anesthésie des hvstériques, quelquefois les douleurs fulgurantes des ataxiques, certaines contractures dynamiques liées à des affections organiques des centres nerveux, certains mouvements qui survivent à la chorée, l'incontinence nocturne d'urine chez les enfants, etc., disparaissent souvent comme par enchantement par une seule suggestion ou par un petit nombre de suggestions (p. 226). »

Cette thérapeutique fut acceptée avec enthousiasme et un grand nombre de médecins dans tous les pays publièrent des guérisons analogues. Je rappelle seulement à ce propos les études intéressantes de Delbœuf sur « les effets curatifs de l'hypnotisme », 18S7. Cet auteur prend comme point de départ la brûlure par suggestion « où l'idée de la souffrance avait produit le mal » et il cherche si l'absence de douleur n'empêcherait pas le mal de se produire. Dans une suite d'expériences curieuses sur des sujets de bonne volonté il pratique deux brûlures réelles l'une sur chaque bras, il rend l'une de ces plaies insensible et il laisse l'autre douloureuse. 11 croit pouvoir établir que du côté rendu insensible la lésion guérit beaucoup plus vite : « c'est la douleur qui est la grande cause du mal >) (p. 22) et c'est sur la douleur que la suggestion hypnotique a une grande prise.

Je rappellerai aussi les études d'Auguste Voisin sur la thérapeutique suggestive appliquée aux maladies mentales'. Les premières observations portèrent sur quatre cas de délire hystérique et sur deux cas de délire mélancolique avec refus d'aliments. L'auteur soutenait qu'il était possible d'hypnotiser des aliénés même pendant leur délire et de transformer complètement leur état par des suggestions.

Toutes ces études, quoique intéressantes, ne donnaient pas ii ce groupe de travailleurs une unité ni une originalité bien nettes : mais un dernier point constitua l'école de Nancy. Ce qui caractérisa cette école et lui donna son unité ce fut, comme il arrive souvent, un ennemi commun : l'école de Nancy a été avant tout l'adversaire de l'école de Charcot.

1. Auguste Voisin, Annales niédico-psycholoijiqiies, i884, II, pp. i5o, 28Ô ; 1886, p. 238.

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