‹ Les médications psychologiquesChapitre 53 sur 123 · Bramwell, Proceedings of the S. f. P. R-, 1896, p · texte numérisé non relu

Bramwell, Proceedings of the S. f. P. R-, 1896, p

3. Pitres, Leçons sur l'hystérie, 1891, II, p. i3o. !\. Régnard, La sorcellerie, 1887, p. 23^.

5. Les états intermédiaires de l'hypnotisme, Revue scientifique, i88G.

6. Revue de l'hypnotisme, novembre i8tji; Société d'hypnologie, 1892.

purement le résultat de suggestions maladroites et de dressage involontaire*. Les élèves même de Charcot le reconnaissaient d'une manière implicite, puisqu'ils cessaient de se défendre et abandonnaient le champ de bataille, mais ils n'ont jamais reconnu leur défaite avec netteté. Je crois qu'il est temps de le faire : il y a peut-être chez quelques hystériques hypnotisées des modifications naturelles de la sensibilité et des réactions motrices anormales qui déterminent des états cataleptiques et des dispositions singulières à la contracture sous de minimes influences ; mais la disposition régulière de ces modifications en phases successives, régulières, telles que la Salpêtrière les a montrées chez une douzaine de sujets est évidemment le résultat d'un dressage maladroit. L'hypnotisme à trois phases de Charcot, comme M. Bernheim l'a très bien reconnu dès i88/j et comme il a été le premier à oser le dire, n'a jamais été qu'un hypnotisme de culture : c'est lui qui a gagné la bataille.

Cette conclusion est suffisante au point de vue scientifique et elle enlève tout intérêt à l'étude du Grand Hypnotisme ; mais elle ne me paraît pas suffisante au point de vue historique et elle n'explique pas cette singulière aventure dans laquelle s'est compromise la Clinique de la Salpêtrière. Ces trois états sont le résultat de la suggestion et du dressage, soit; mais veut-on dire par là que Charcot de propos délibéré a inventé un beau jour ce tableau des trois états et qu'il a travaillé à le réaliser en dressant Witt., Bar. et Glaiz : ce serait absurde. Alors comment les choses se sont-elles passées ? Une première explication se trouve dans la singulière méthode de travail qui était et qui malheureusement est encore appliquée dans bien des cliniques médicales de Paris. Dans ces cliniques il est bien rare que le professeur étudie lui-même le malade seul à seul. D'ordinaire le professeur ne voit le malade qu'en public, au milieu d'un cercle d'audifeurs et le malade lui est présenté par un chef de clinique ou par des internes qui l'ont étudié précédemment et préparé. Ces procédés sont peut-être tolérables quand il s'agit d'une jambe cassée, ils sont tout à fait absurdes quand il s'agit de troubles psychologiques. Chose étrange, Charcot qui était considéré dans le public comme"^ le grand hypnotiseur n'a jamais hypnotisé personne. Les sujets

}. Cf. Stanley Hall, 1890; Crocq, i8<)3.

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qu'on lui amenait avaient déjà été hypnotisés cent lois par d'autres et étaient déjà dressés par ceux-ci à changer d'état sur un signe du professeur. Charcot ne faisait que le signal et, quand le sujet avait l'air de lui obéir, il restait en réalité sous la dépendance d'une .autre personne qui était le véritable et le seul hypnotiseur. C'est ainsi que les premiers sujets présentés à Charcot en état d hvpnose avaient déjà été étudiés et par conséquent modifiés moralement par plusieurs des médecins que j'ai déjà indiqués. Charcot qui en réalité n"a jamais élé psychiatre, mais anatomiste et neurologiste ne se doutait pas du tout du danger d'un tel procédé, il navait aucune idée de ce que doit être l'étude de l'état mental d'un individu. 11 avait naïvement conçu ce beau projet de commencer l'étude du sujet par l'examen de sa sensibilité et de ses réflexes et il voulait remettre à plus tard 1 examen de l'esprit, comme si on pouvait étudier la sensibilité d'un névropathe, ses attitudes, ses actions même élémentaires sans connaître son esprit, ses sentiments, ses idées, son éducation, ses relations avec telle ou telle personne. Cette première erreur initiale de méthode a joué un rôle considérable dans toutes les confusions qui ont suivi.

Mais cela ne fait que reculçr le problème et nous force à attribuer aux collaborateurs de Charcot une absurdité que nous ne voulions pas lui prêter. Pouvons-nous supposer que ces collaborateurs qui, depuis', ont fait des œuvres scientifiques lemarquables ont inventé de propos délibéré les trois états et les ont enseignés à leurs sujets pour tromper Charcot et se compromettre euxmêmes ? Cela ne tient pas un nîoment et nous revenons à notre question : d'où viennent les trois états ?

Que l'on veuille bien me permettre le récit d une [)etite observation personnelle et l'on aura, je crois, une indication. A celte époque de i883 à 1889, j'étais moi-même professeur de philosophie au lycée du Havre et j'étudiais tous les phénomènes qui se rattachaient à la psychologie pathologique et en particulier les phéjiomènes de l'hypnotisme, soit dans le service d"hô|)ital qui avait été si généreusement mis à ma disposition par M. Powilcwicz, soit sur des malades en dehors de l'hôpital que M. Gibert avait l'obligeance de me confier. Ne recevant de personne aucun enseignement, étranger à l'une et à l'autre école, j'étais déjà arrivé moi-même à la conviction complète de l'erreur de Charcot. Sur beaucoup de sujets j'avais vérifié l'exactitude des dires de

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M. Bcrnheim. Le grand hypnotisme n'existait pas naturellement; pour le retrouver il fallait le suggérer à des malades que l'on dressait d'une manière particulière, c'est ce que j'avais déjà indiqué dans mon livre sur l'automatisme psychologique, 1889 (p. 47)- Mais je conservais un scrupule, une gêne dans mon esprit à cause de l'observation d'un de mes sujets, d'un seul, de cette femme de 45 ans que j'ai désignée dans mes travaux de cette époque sous le nom de Léonie. Cette femme m'avait été présentée par M. Gibert qui l'endormait bien avant moi par les procédés du magnétisme animal. Je pouvais constater sur elle des périodes de son sommeil hypnotique parfaitement nettes et dans ces périodes des réactions différentes, des attitudes cataleptiques, des contractures provoquées tantôt par la percussion des muscles ou des tendons, tantôt par le simple frôlement de l'épiderme. Sans doute bien des détails ne concordaient pas complètement avec renseignement de la Salpêtrière : les excitations musculaires pendant la catalepsie ne déterminaient pas de paralysies, il n'y avait pas d'états dimidiés et en outre les phases étaient plus complexes et présentaient des transitions où les symptômes de deux états tendaient à se confondre. En étudiant ces transitions j'avais déterminé des états intermédiaires, dans lesquels je pouvais arrêter le sujet et où l'on pouvait constater des symptômes mixtes de l'un et de l'autre état voisin, de la léthargie et de la catalepsie par exemple : ce sont ces études qui ont été publiées dans la Re^'ue scientifique en 1886. Malgré ces détails Léonie me présentait évidemment l'essentiel des trois états de Charcot et je ne pouvais nier complètement ces trois états sans me faire une opinion sur ce cas particulier.

L'interprétation la plus simple consisterait à admettre que j avais moi-même par erreur dressé ce sujet. Je n'aurais aucune honte à le reconnaître, sachant combien les erreurs sur ce point sont difficiles à éviter ; mais, par malheur, cette explication n'était puère vraisemblable. Je n'avais rien obtenu de tel avec un grand nombre d'autres sujets étudiés de la même manière ; en outre j'avais alors une habitude que j'ai toujours conservée, celle d'écrire constamment tout ce qui se passait pendant les séances, aussi bien mes propres paroles que les faits et gestes du sujet et je ne trouvais rien dans mes notes qui pût expliquer un pareil dressage. Je savais bien et je l'avais noté que j'avais précisé les phases intermédiaires et peut-être même dressé le sujet à les

présenter nettement, quand j'avais voulu étudier les transitions qui existaient entre un état d'apparence léthargique et un autre d'apparence cataleptique. Mais ces phases, elles-mêmes, ces transitions, ces symptômes neuro-musculaires je les constatais au contraire dans mes notes dès le début. Dès la première séance, quand Léonie m'était présentée par Gibert et quand je n'intervenais en aucune manière, j'avais noté des phases spontanées de léthargie, et de somnambulisme. Dès que j'ai touché le sujet dans les séances suivantes, j'ai constaté des contractures provoquées et de la catalepsie. Si je n'en étais pas responsable, il fallait donc attribuer ce dressage à Gibert qui avait depuis longtemps provoqué ces somnambulismes. C'était encore bien peu vraisemblable : Gibert préoccupé de tout autres problèmes avait le plus grand mépris pour ces recherches des phénomènes élémentaires chez les somnambules ; il ne s'en occupait en aucune manière et il ignorait complètement l'enseignement de Charcot que je lui ai fait connaître. Il a été très surpris quand Léonie est entrée en catalepsie par l'ouverture des yeux. Comment aurait-il enseigné tous ces faits à la somnambule ? Ces réflexions m'ont amené à supposer que cet enseignement et ce dressage devaient être antérieurs aussi bien à l'observation de Gibert qu'à la mienne et m'ont appris qu il fallait connaître toute la vie dune personne dont on voulait faire un sujet de recherches psychologiques.

Or Léonie, née aux environs de Caen en i838, avait eu une vie étrange et très agitée : si j'avais pu recueillir tous les documents, j'aurais essayé d'écrire la vie de cette femme qui nous renseignerait sur une période curieuse de l'histoire du magnétisme en France. Cette femme, en effet, somnambule naturelle dès l'enfance, troublée par des accidents hystériques graves dès la puberté, avait été de bonne heure entre les mains des médecins magnétiseurs qui avaient, comme je l'ai dit, une école florissante à Caen vers i85o. Elle avait joué le rôle de somnambule extra-lucide et avait même été employée pour diriger des fouilles dans les souterrains d'un vieux château à la recherche de trésors. On peut lire dans un petit livre bien singulier Les fouilles du château de Cré\>ecœur, 1867, par M. de Baissas, le rôle extraordinaire que Léonie jouait à ce moment, rpiand on l'enterrait à moitié dans les caves pour qu'elle sentit mieux le voisinaffc de l'or. Puis elle avait été étudiée de toutes manières

par Perrier (de Caen), qui en avait fait un de ses sujets les plus

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remarquables et elle avait même eu l'honneur d être magnétisée et présentée par Dupotet.

Pour résoudre notre problème, il aurait fallu savoir comment se passaient. les séances avec Perrier et quels phénomènes Léonie présentait à cette époque. Léonie m'a toujours soutenu que Perrier avait écrit un livre sur elle, livre qui aurait été imprimé vers i863 et qui aurait eu pour titre « Exercices somnambuliques par le D''X... ». Sur la première page du livre devait se trouver un portrait de la somnambule. Malgré mes recherches très prolongées ce livre est resté introuvable et je me demande maintenant s'il a jamais existé ailleurs que dans l'imagination de la somnambule. Mais, grâce à l'obligeance du fds de M. Perrier à qui je me suis adressé, j'ai pu avoir à ma disposition un assez grand nombre de comptes rendus des séances de Perrier, des notes manuscrites prises avec un soin minutieux pendant les observations mêmes ; j'ai pu également lire un certain nombre d'articles publiés par cet auteur dans le journal du magnétisme de Dupotet. J'ai pu me convaincre ainsi que Perrier, en 1860 et auparavant, distinguait des phases dans le sommeil hypnotique de ses sujets et les caractérisait déjà par des modifications de la sensibilité, par des attitudes cataleptiques et par des contractures réflexes déterminées par diverses excitations. Les phénomènes hvpnotiques que Léonie me présentait en iSS/f étaient un reste des « Exercices somnambuliques » faits sous la direction de Perrier en 1860.

Voici maintenant un nouvel aspect de la question bien étrange : les phases du grand hypnotisme seraient donc bien antérieures à Charcot et elles auraient existé dans l'ancien magnétisme animal. Cela est tout à fait certain dès que l'on veut bien chercher la trace de ces phénomènes dans les anciens ouvrages. Déjà en 1787 Pétetin, de Lyon, décrivait trois phases de l'état magnétique, dont l'une était la catalepsie artitlcielle. Despine (d'Aix), en i8/|0, divisait la crise de son sujet Estelle en trois périodes, le somnambulisme mort ou passif, la catalepsie avec la conservation des attitudes, l'imitation des gestes et la parole en écho et le somnambulisme actif avec spontanéité et intelligence de la parole'. Teste dans son magnétis?ne expliqué, i8/i5 (pp. 3o'i,

I. Despine (d'Aix), De l'eniplui du ma(jnélisine aniiiiul et des eaux iniuérules dans le Irailemenls des maladies nerveuses, 18^0, pp. ^5, i46, 169.

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829) distingue aussi trois phases, celle des rêves avec immobilité, celle de la somniloquie et celle du somnambulisme lucide : la sensibilité et le mouvement n'étaient pas les mêmes dans ces divers états.

Cette même classification est adoptée par Baragnon, i854- Hébert (de Garnay), dans son Petit catecJdsrne du /)ia^nétisme, i855 (p. 29) décrit cinq états, dont les trois derniers sont l'assoupissement léthargique, le somnambulisme et l'extase avec conservation des attitudes'. Bien plus on trouve dans le mémoire de Puel sur la catalepsie, i855, la description d'une paralysie qui est déterminée par la friction des muscles et des tendons pendant l'état cataleptique et qui est tout à fait identique à celle qui est décrite par M. Paul Richer-. Dupotet dans son « manuel » décrit des jthrases analogues et il indique des frictions sur différents points du crâne et en particulier sur le vertex comme un bon moyen pour déterminer le passage d'un état à un autre. Eu un mot nous ne retrouvons pas tout à fait mot à mot les doctrines de Charcot dans les ouvrages du magnétisme, mais nous en retrouvons suffisamment tous les éléments pour pouvoir affirmer que la doctrine des trois états et des modifications physiques caractéristiques de ces états est une vieille doctrine du magnétisme animal. Il est vraiment bien étrange de constater que Charcot a présenté à l'Académie des s-ciences en 1878-82 de prétendues découvertes phvsiologiques destinées à ruiner définitivement les prétentions des magnétiseurs et de voir que ces découvertes étaient renseignement même de ces magnétiseurs depuis cinquante ans.

Il serait difficile et sans grand intérêt de rediercher comment cette doctrine s'est constituée dans l'enseignement du magnétisme animal. Elle est sortie probablement des études sur les degrés d'assoupissement, sur les progrès graduels de la lucidité dans les somnambulismes do plus en plus profonds dont parlaient déjà Puységur et Deleuze. Elle a été précisée parla constatation de certains accidents hystériques accompagnant régulièrement des phases du sommeil ou du réveil. La transmission de l'enseignement et probablement aussi le dressage des sujets ont donné

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