‹ Les médications psychologiquesChapitre 59 sur 123 · Psychotherapy de Parker, II, iv, pp · texte numérisé non relu

Psychotherapy de Parker, II, iv, pp

3. Hernlit'im, Coiifires des Sociétés savantes, Nancy, 1901. l^. Bernheim, La Suggestion, p. 2 2 ■y.

de pratiquer encore ce traitement qui il y a vingt ans guérissait tout le monde. Enfin, dernier désastre, la Revue de M. Bérillon vient de changer de nom, le i" juillet 1910; elle n'est plus la « Revue de l'hypnotisme » comme elle l'a été avec courage pendant vingt ans, elle devient une revue banale de psychothérapie. L hypnotisme est bien mort jusqu'à ce qu'il ressuscite.

Cette profonde décadence et cette disparition si rapide après un tel enthousiasme et un tel développement ne laissent pas d'être surprenants. Ceux qui s'intéresseront plus tard à l'histoire de la médecine étudieront cette période avec une grande curiosité, ils trouveront bien des raisons sérieuses pour expliquer ces revirements de l'esprit médical. Pour ma part, je n'ai pas une telle ambition, je me borne à considérer la disparition actuelle de l'hypnotisme comme une de ces éclipses passagères auxquelles il est d'ailleurs assez sujet et j'entrevois deux motifs assez vraisemblables qui ont déterminé cette occultation.

D'abord il est certain que la lutte entre l'école de la Salpêtrière et l'école de Nancy a été néfaste pour l'hypnotisme luimême : on le comprendra si on se rend mieux compte des résultats de cette lutte. Charcot avait apporté dans l'étude de l'hypnotisme une disposition d'esprit excellente qui manquait aux anciens magnétiseurs, l'esprit scientifique de précision et de méthode, le sens du déterminisme. Il voulait que l'on pût s'entendre quand on parlait de ces faits obscurs et pour cela il présentait des symptômes nets, des définitions rigoureuses; il voulait que l'on put prédire et il établissait des lois amenant tel phénomène à la suite de tel autre'. Tout cela était excellent, c'est ce qui séduisit les esprits scientifiques et les fit pour un moment renoncer à leurs préventions contre le somnambulisme provoqué. Malheureusement il commit une erreur énorme en se figurant que les phénomènes hypnotiques étaient des faits physiologiques, simples, analogues à ceux qu'il observait dans la sclérose en plaques ou dans le tabès et en imaginant que l'on pouvait trouver ces définitions et ces lois dans des modifications des réflexes. M. Bernheim au contraire, guidé par les descendants des anciens animistes, comprit admirablement que l'hypnotisme était un phénomène mental et

1. Cf. mon étude sur « l'œuvre psychologique « de .1. M. Charcot, Revue philosophique, i8()5, I, p. 569.

que ces problèmes étaient des problèmes psychologiques : il avait complètement raison sur ce point capital et c'est ce qui lui donna aisément la victoire.

Cette victoire fut mal accueillie au moins dans le monde scientifique : on l'enregistra, mais en la déplorant. La doctrine de Charcot qu'elle renversait était claire, nette et facile à étudier, elle soumettait les sujets au contrôle des appareils enregistreurs déjà connus, elle semblait faire rentrer le Magnétisme animal dans le cadre de la physiologie : cela semblait un beau progrès scientifique, il fallait y renoncer. Qu'est-ce que l'école de Nancy mettait à la place de ce beau rêve ? L'état hypnotique est un état moral où la suggestibilité est exaltée, il est le résultat de la suggestion; quant à la suggestion, c'est la manifestation d'une propriété générale de l'esprit humain la suggestibilité ou, si l'on préfère, la crédivité; elle consiste dans ce fait que les idées pénètrent dans l'esprit et sont acceptées par lui. Cela paraissait à la fois vrai et vide. On avait le sentiment que c'était une entrée en matière et non une doctrine scientifique.

Pour discuter, simplement pour étudier ces choses-là, il fallait quitter la physiologie que l'on connaissait, il fallait apprendre à parler un autre langage, il fallait entrer dans une autre science, la psychologie. Mais la psvchologie considérée comme un mélange confus de littérature et de morale, dont on avait vaguement entendu parler sur les bancs du lycée, n'était guère en honneur à lécole de médecine. Et d'ailleurs la psvchologie telle qu'elle était à cette époque méritait-elle d être plus étudiée par les médecins ? Je nai jamais été aussi frappé par la nullité de notre science psychologique que lorsque j'ai essayé de l'enseigner à des médecins. Toutes ces discussions creuses sur l'origine des idées et des principes de l'intelligence, toutes ces conceptions théoriques sur le mécanisme purement logique de la pensée n'avaient aucun rapport avec la vie réelle et pratique et le médecin n'y pouvait trouver aucune explication de la conduite de son malade. La psychologie aurait dû être uniquement une science de la conduite et c'était précisément la chose dont elle oubliait de parler. Le grand, le très grand mérite de M. Bernheim, c'est qu'il a fait sentir la nécessité d une science psychologique faite pour des médecins et non pour des philosophes. Mais comme cette science n'existait pas on s'est simplement détourné d'une étude pour laquelle cette science était indispen-

sablé et l'on est retombé dans les préjugé» contre le somnambulisme provoqué que Charcot avait écartés un moment.

Une autre raison de cette décadence me parait être dans les diflicultés que les praticiens ont rencontrées, quand ils ont voulu appliquer l'enseignement de l'école de Nancy. On leur avait dit sur tous les tons quel'hvpnotisme était une propriété générale de l'esprit humain, qu'il se manifestait chez tous les hommes sans exception, qu'un bon hypnotiseur trouve à peine 27 réfractaires sur I 000 personnes et M. Bernheim ajoutait que, si un médecin nhvpnotise pas du premier coup 96 pour 100 de ses malades, il ne sait pas son métier. Dans ces conditions on s'est mis à l'œuvre avec courage et dans tout l'univers on a essavé d hypnotiser tous les malades quels qu'ils fussent. Le malade hésitait à se faire hypnotiser, il vovait dans ce procédé nouveau de traitement quelque chose de mystérieux et de redoutable, il s'attendait malgré les discours persuasifs de son médecin à éprouver quelque chose d'étrange ou au moins de particulier. Après avoir pris l'avis de la famille et même du directeur de conscience, on se décidait à commencer les séances et le médecin commençait à répéter suivant la formule : « Regardez-moi bien, ne songez qu'à dormir, vous allez sentir une lourdeur dans vos paupières, une fatiffue dans vos veux... vos veux clionotent... » Au bout de quelques séances, le médecin répétait encore avec patience : « vous sentez une lourdeur dans vos paupières, vos yeux clignotent... » mais le malade devenait visiblement de mauvaise humeur, tout simplement parce qu'il ne sentait rien du tout. Le malade, surtout le malade payant, n'aime pas à ne rien sentir du tout quand on lui fait un traitement. J'ai vu des malades désolés parce qu'une injection sous-cutanée ne leur avait causé aucune douleur: ils aimaient mieux souffrir un peu que de ne rien sentir du tout. ]E.t cela est surtout vrai quand ils se sont attendus à des choses extraordinaires. Le médecin les consolait de son mieux: « Vous avez eu tort de vous attendre à des choses extraordinaires. L'hvpnotisme est une chose simple, il n'est pas autre chose que ce que vous avez éprouvé. Ne dites pas que vous n'avez rien éprouvé, vous aviez l'air ennuyé, c'est déjà quelque chose, c'est certainement le premier degré de l'hypnose dans la classification des maîtres... Sans doute vous n'êtes pas hypnotisé complètement, mais il ne faut pas être trop ambitieux, vous êtes un peu hvpnoïdizéetc'estdéjà bien joli. » Le malade finissait par se fâcher

et il retournait chez un autre médecin qui lui donnait au moins une bonne purge. Quand les clients sont dégoûtés d'un traitement les médecins ne tardent pas eux aussi à le trouver déplorable. Ils en arrivèrent bientôt à inventer l'immoralité de l'hypnotisme pour expliquer leur revirement.

Cette décadence ne signifie rien, elle est déterminée par des causes accidentelles, des regrets et des déceptions après des enthousiasmes irréfléchis, elle n'est qu'un accident momentané dans l'histoire du somnambulisme provoqué.

A la fin de cette période de luttes et d'efforts, pendant la période de calme qui précède la renaissance, il serait bon de pouvoir faire l'inventaire, de préciser les résultats acquis et de mettre en réserve les notions utiles. Malheureusement cela est très dilficile à cause du grand défaut des observations médico-psychologiques qui s'accuse ici plus que partout ailleurs, je veux parler du vague et de l'incorrection de leur langage. Nulle part peut-être ce défaut de précision n'est plus apparent que dans les études de psychothérapie et dans l'emploi du mot « suggestion » et du mot « hypnotisme ». Aussi je crois faire ici une œuvre utile en essayant de préciser d'après les travaux de ces vingt dernières années le sens qu'il faut attacher à ces deux mots (v suggestion » et « hypnotisme ». Occupons-nous d'abord de la suggestion: la notion exacte de ce phénomène me parait si importante que j'ai déjà essavé plusieurs fois de le définir '. Dans chacun de ces essais, j'ai été amené sans doute à conserver la même conception générale, mais je crois, si je ne me fais pas illusion, avoir obtenu chaque fois un peu plus de précision psychologique. Je voudrais dans ce dernier travail appliquer à la notion de suggestion les résultats de mes dernières études sur les tendances et leur développement.

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