I. Babinski, Gazette hebdomadaire , iniWet 1891. p
i. Grasset, L'hypnotisme et la suggestion, igoS,
3. MM. Forel, Vogt, Self, Journal fur Psychologie und iVeurologie, 1910, p. 33^.
Ix. J. Victor Habermann, Hyiiosis, its psychological interprétation and its practical use in the diagnosis and trcatment of diseascs, Clinical lectures in the department of neurologj at the collège of physicians and surgeons, New York, March 17, kjio.
droits, les objets agissent sur les portes de derrière de l'espril, la douceur du tapis, la couleur de la chambre, donnent des impressions particulières, la couleur et l'odeur de la cathédrale de Séville, le passage du soleil du dehors à cette fraîcheur calme et profondément symbolique évoquent des instincts, des sentiments, des impulsions profondément ensevelis sans que nous sachions comment elles entrent en nous... » et il veut expliquer par là le phénomène de la suggestion.
Sans doute ces faits sont réels et ils interviennent dans tous les cas que nous venons de rapporter : la vue de la brouette éveille la pensée de pousser la brouette, comme la vue de la gare éveille la pensée du voyage, comme l'enterrement d'un père fait penser à sa dernière maladie, comme les conversations entendues au marché font penser à des précautions utiles. Mais ce phénomène n'est pas propre à ces suggestions, car il se retrouve dans toutes les autres opérations psychologiques. A chaque instant une de nos tendances est éveillée par les impressions, les réceptions qui nous viennent de l'extérieur : la simple vue d'un cravon éveille la tendance à écrire, la vue d'un escalier la tendance à monter, la vue d'un verre la tendance à boire ; les actes qui dépendent de ces tendances peuvent être exécutés ou ne pas l'être, être exécutés comme des suggestions ou l'être de toute autre manière, et s'ils sont exécutés ils peuvent l'être d'une manière quelconque. Si on entend la suggestion dans ce sens, on retombe dans la confusion précédente. Moreau (de Tours), au début dune leçon sur les impulsions, racontait que la veille en rentrant de dîner il ne pouvait pas regarder une porte sans avoir l'idée de tirer le bouton de la sonnette, mais il ajoutait immédiatement qu il n'en avait tiré aucun et que par conséquent il n'avait pas eu d'impulsion : il avait déjà un langage beaucoup plus précis.
Souvent aussi, surtout dans les ouvrages de l'école de Nancy, la suggestion est confondue avec l'association des idées entendue dans le sens le plus large. On entend par ce mot quelque chose d'analogue à ce mécanisme qui dans chacune de nos tendances amène une série de mouvements ou même d'actions à la suite les unes des autres suivant un ordre déterminé. La prononciation des premiers mots d'une poésie peut être suivie par la récitation d'une centaine de vers. C'est là ce que j'appelais autrefois '< le système psychologique », ce que les Allemands à la suite de
Freud ont appelé « le complexus », ce que l'on désigne aujourd'hui le plus souvent sous le nom de « la tendance ». Cette loi intervient évidemment dans les actes suggérés, mais au même titre que dans tous les autres, car ce mécanisme se retrouve exactement le même dans toutes les actions possibles. Dans une lettre écrite à la suite d'une résolution mûrement réfléchie, il y a le mécanisme de l'écriture comme dans une lettre écrite sous l'influence d'une suggestion. On ne distinguera pas un poème épique d'une comédie en disant que dans le premier il y a de l'orthographe. S'en tenir à l'automatisme général de la pensée pour définir la suggestion, c'est revenir à la conception précédente qui confond la suggestion avec un phénomène psychologique quelconque.
Je ferai une critique du même genre à la doctrine qui fait intervenir dans la suggestion les phénomènes sociaux et l'influence des hommes les uns sur les autres. Cette idée était déjà dans la pensée de Durand (de Gros) quand il distinguait l'état d'allonomie ou d'obéissance à autrui de l'état d'autonomie ou de détermination par soi-même. Ell'fe se retrouve dans l'ouvrage de M. Forel : « Le concept de la suggestion peut facilement être confondu avec le concept instinct, habitude, réflexe, automatisme. En fait hi distinction est difficile, elle est précisée par le fait de l'action de l'hypnotiseur et par la liaison des hommes les uns avec les autres... » (p. lo). On la retrouve également dans l'ouvrage de M. Moll qui parle sans cesse de la modification desactes par l'influence des hommes les uns sur les autres.
Cela est sans doute exact : on constate dans les suggestions, du moins, dans certaines suggestions, l'influence des autres hommes. Mais cette influence se retrouve partout, car les trois quarts de nos actions sont déterminées par des relations sociales. Les ordres, les demandes, les prières, les enseignements, les conseils manifestent tous la même influence, va-t-on dire que tout cela n'est que de la suggestion ? Ce serait retomber dans toutes les confusions que nous voulions éviter.
Peut-on éliminer de la même manière des conceptions un peu moins vagues sans doute, mais qui présentent un autre défaut, celui de rapprocher de la suggestion des phénomènes fort différents qui doivent être considérés a un autre point de vue. C'est
le reproche que j'adresserais en particulier à toutes les définitions qui cherchent à rapprocher la suggestion des phénomènes de l'émotion. M. Bramwell avait déjà bien noté la différence des deux phénomènes' : « l'émotion, disait-il, est un état grave qui trouble l'esprit tout entier, la suggestion semble souvent quelque chose d'insignifiant qui ne détermine aucun trouble ; plusieurs émotions différentes ne peuvent pas coexister, il peut y avoir plusieurs suggestions simultanées d'ordre différent; l'émotion ne se change pas à volonté et ne se transforme pas immédiatement en son contraire, tandis que l'on peut arrêter et transformer une suggestion par un simple signe. Peut-on facilement reculer les émotions à échéance comme on le fait pour les suggestions, etc.? » Mais cette opposition importante peut être fort précisée, à mon avis, si l'on se fait d'abord une idée nette de la nature de l'émotion.
Dans le rapport que j ai présenté le g décembre igog à la Société de Neurologie et à la Société de Psychiatrie de Paris", j'essayai de désigner l'émotion de la manière suivante : « Il y a des circonstances auxquelles l'individu n'est pas adapté par son organisation antérieure et auxquelles pour une raison quelconque il n'est pas capable de s'adapter actuellement, quoiqu'il perçoive ces circonstances et qu'il sente la nécessité de réagir. Dans ces cas on observe au lieu de la réaction utile un ensemble de troubles dans toutes les fonctions et c'est cet ensemble de troubles survenant dans ces conditions que je propose de désigner par le mot émotion. » Après avoir étudié ces différents troubles, les modifications du sentiment, les agitations intellectuelles diffuses ou systématiques, les troubles des fonctions'viscérales, les troubles des fonctions motrices et des actions, j'essayais de les résumer par la théorie dynamique de l'émotion qui met en lumière linsuffisance systématique de l'action et les désordres qui en résultent. « On retrouve cette suppression ou cette dégradation de 1 action au |)()int de départ de toute émotion. Cette insuffisance qui dépend de bien des causes, nouveauté trop grande de la situation, rapidité trop grande des événements, faiblesse antérieure du sujet, etc., cette insuffisance est toujours un faux pas