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I. llicliard, C Cabot, Psychollierapy d<- l'arkcr. H

21i L'UTILISATION DE L'AUTOMATISME

Sans doute les suggestions sont des phénomènes automatiques, des actions presque complètes, auxquelles manquent le dernier degré de l'actiA-ation parfaite ; mais ce caractère se retrouve dans beaucoup d'autres faits psychologiques. Des mouvements réflexes peuvent être exécutés régulièrement sans contrôle et sans synthèse personnelle. Appellerons-nous suggestion le mouvement d écartement du bras à la suite dune piqûre de la peau ? Des tendances sensitives, perceptives, sociales, intellectuelles élémentaires s'activent très souvent d'une manière ^ analogue. Le simple fait de mettre l'orthographe quand on écrit sans s'en rendre compte et sans en avoir la conscience personnelle ne doit pourtant pas être assimilé h la suggestion, sinon toutes les actions habituelles seraient des suggestions et nous reviendrions en partie à la thèse de l'école de Nancv. Les actions de jeu, comme on vient de le voir, sont très voisines des actions automatiques. Les actes suggérés d'ailleurs se rapprochent par bien des côtés des actions de jeu : on ne peut pas comprendre les suggestions criminelles de Nancy ni les- suggestions de contracture localisée de la Salpêtrière sans faire appel à la théorie des actions de jeu. Et cependant la suggestion est quelque chose de fort distinct du jeu, ne fut-ce que par contrainte subie par le sujet qui est fort distincte de la liberté du jeu. Il est certain que notre définition de la suggestion par l'automatisme ne serre pas le problème d'assez près.

Nous avons toujours admis implicitement que la suggestion portait sur toutes les actions possibles, que Ton pouvait suggérer des actions fort élémentaires comme des actions fort complexes. Il y a là une erreur qui rend les définitions trop générales et inexactes. Sans doute on peut par suggestion faire lever le bras et ouvrir la bouche, mais bn le fait en disant au sujet : «levez le bras, ouvrez la bouche», c'est-à-dire qu'on obtient l'acte par l'intermédiaire du langage, ce qui immédiatement supprime son caractère élémentaire. Si l'on veut bien réfléchir que la plupart des suggestions se font par le langage ou par des signes qui équivalent au langage on comprendra qu'elle porte toujours sur une catégorie d'actions spéciales et que son domaine est plus restreint que nous ne le pensions.

Nos études sur la hiérarchie des tendances nous ont amenés à étudier depuis quelques années des tendances particulières que nous avons appelées les tendances rctdistes on essavant de faire

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pénétrer dans le français le sens si Intéressant du verbe anglais « to realize ». Il s'agit là des relations entre le langage et l'action qui jouent un rôle considérable dans tous les troubles mentaux et qui permettent de comprendre davantage ce qu'il y a d'essentiel dans le phénomène de la suggestion. C'est pourquoi je crois utile de présenter ici un rapide résumé de mes leçons faites au Collège de France sur « les tendances réalistes » et sur (( les tendances rationnelles, igiS-i^, igi^-iB'».

Les opérations qui constituent les diverses variétés de l'assentiment, qui donnent naissance à la volonté et à la crovance ont été présentées dans ces cours comme des transformations de l'acte du langage. Elles consistent en des conduites particulières qui établissent certains liens entre le langage et l'action complète des membres. Sans doute le langage est lui-même une action constituée par des mouvements particuliers, mais ces mouvevements du larynx et de la bouche sont très petits comparativement à ceux de nos membres, ne dépensent pas autant de force, n ont pas les mêmes effets sur le monde matériel, ne provoquent de réaction que chez nos semblables et se sont peu à peu distingués des autres mouvements. Le langage est devenu une action très spéciale dont les relations variées avec les autres actions des membres ont déterminé des conduites importantes.

Au début le langage était intimement uni à l'action proprement dite dont il n'était d'ailleurs qu'une partie. Les signes dont est sorti le langage n'étaient que des mouvements particuliers faisant partie de l'action et apparaissant surtout à ses débuts. jNIais déjà dansVord/e qui a été le point de départ du langage, le signe se sépare du reste de l'action. Le chef apprend à ne faire que le signe et à s'arrêter sans continuer l'action : le sujet apprend à ne pas répéter le signe et à ne faire que la fin de l'action dont le signe était le début. A ce moment la parole et l'action étaient déjà séparées puisque chacune se présentait dans un individu distinct, mais cependant leur union était encore très infime et il n'v avait pas de parole sans action.

Peu à peu cette séparation s'est accentuée : le mot n est plus resté attaché à une seule action })récise, individuelle, il a été çattaché à plusieurs actions légèrement différentes les unes des autres, des mots sont devenus des symboles communs. La mé-

1. Ce résumé est extrait de V Annuaire du Collège 'te Fronce, i!\'^ cl tô"' année.

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moire a construit des discours indépendants des cireonstances et des actions au milieu desquelles ils étaient nés, et capables d'être reproduits avec des circonstances et des actions différentes. Dans les plaisanteries, dans les conversations les hommes ont appris à jouer avec le langage, à tirer une excitation du langage lui-même, indépendamment de l'action à laquelle il était primitivement lié. Sans doute cette séparation entre le langage et l'action n'a jamais pu être tout à fait complète, car le mot aurait perdu toute espèce de sens. Mais elle est devenue assez grande pour que le langage soit souvent inconsistant, comme on peut le co)islater dans le bavardage de bien des malades : on remarque qu'ils modifient leurs paroles sous la plus légère impulsion, sans accorder d'importance aux plus invraisemblables contradictions, sans se préoccuper du désaccord entre leurs paroles et leurs actes. C'est cette évolution qui a amené peu à peu la formation de Vidée, car l'idée est essentiellement une forme du langaoe inconsistant. Le mot, la phrase qui reste la partie principale de l'idée ont encore un sens, ils évoquent une action, mais cette évocation est réduite au minimum et il y a très peu de tendance à l'exécution réelle de cette action. Une telle manière de parler finit par devenir du psittacisme et perd la plus grande partie de son efficacité.

Il est alors devenu nécessaire de réagir contre cette indépendance trop grande du langage et de chercher à lui rendre sa consistance. Les hommes ont fait des efforts pour que leurs propres paroles deviennent de nouveau pour eux des ordres, c'est ce qui a donné naissance aux promesses, aux pactes, aux affirmations, aux divers assentiments qui sont les éléments constitutifs de la croyance. Nous voyons encore là un travail de l'attention sur une partie de l'acte précédent, si l'on veut toujours bien comprendre sous le nom d'attention le contrôle exercé par une tendance supérieure sur une inférieure.

Cette opération de l'assentiment se fait comme une réaction à un stimulant spécial qui est une phrase particulière « l'interrogation », que cette phrase soit prononcée par un autre individu ou par le sujet lui-même: «^Voulez-vous sortir avec moi?... Est-ce qu'il pleut au dehors ? » Quand elle a été provoquée par l'interrogation dans un esprit qui est capable de l'effectuer, cette opération de l'assentiment peut prendre plusieurs formes suivant la nature de l'acte que l'on rattache à la parole. La vo~

lonlé, si on prend ce mot dans le sens général, est un assentiment qui se rapporte à une action immédiate, dont les conditions sont actuellement réalisées et qui peut être commencée au moment même où on parle. « Voulez-vous sortir avec moi? — Oui, je le veux bien », et je commence immédiatement l'acte de sortir avec la personne qui m'invite.

La croyance est plus difficile à comprendre et a donné lieu à bien des malentendus à cause dune analyse psychologique insuffisante. Beaucoup d études que nous ne pouvons résumer ici ont montré que dans la croyance interviennent une foule d actions. Le point qui me paraît le plus important c'est que dans la croyance l'acte considéré ne peut pas être exécuté immédiatement parce que les conditions de cette action ne sont pas présentes. « Je crois qu'il pleut au dehors », il s'agit là d une conduite particulière, celle de l'homme qui circule dans la rue pendant qu'il pleut, qui marche avec des précautions particulières, qui porte un parapluie ouvert. En disant a je crois qu'il pleut », je m'engage à prendre un parapluie, à adopter dans la rue cette attitude ; mais je ne peux pas faire ces actes immédiatement parce que je suis dans ma chambre où il ne pleut pas. C'est là un engagement conditionnel : « si je sors, si je suis dans la rue, je me conduirai de cette manière ». Toutes les croyances sont du même genre, ce sont des assentiments à propos d'actions différées, conditionnelles.

Les conséquences de ces assentiments, de la volonté et de la croyance sont remarquables car elles nous fournissent les notions si importantes de réalité et d'être. De même qu'un fait est ce qu'on raconte; un être est ce que l'on veut et ce que l'on croit: c'est ainsi que les sentiments de réalité et même les hallucinations sortent de la volonté et de la croyance.

Indépendamment de' ces deux variétés qui dépendent de la nature de l'acte, l'assentiment présente d'autres formes essentielles: l'alfirmation et la négation qui peuvent s"appli(juer à la volonté ou à la crovanoe. La j)remière lie d'une manière positive hi parole à faction correspondante : « je vais faire tout de suite ou je ferai, quand les circonstances le permettront, l'acte dont je parle» c'est l'affirmation. Des expressions particulières, en particulier l'usage des pronoms personnels, ces duplicata des noms propres, deviennent des formules de l'affirmation. Ou bien nous pouvons faire l'acte de séparer le plus complètement possible la parole et

] action en ne faisant pas l'action maintenant et en faisant même l'action opposée pour bien montrer l'acte d'assentiment ou en prenant l'engagement de ne pas la faire plus tard môme si les circonstances étaient favorables : « Non je ne sors pas, je m'assieds dans un fauteuil non je ne crois pas qu'il pleuve, si

je sors je ne prends pas de parapluie » : c'est la négation.

S'il en est ainsi, une nouvelle question se pose : comment sopère le choix entre l'affirmation et la négation? Comment à la suite de l'interrogation le sujet adopte-t-il à propos des actes immédiats ou conditionnels l'assentiment positif ou l'assentiment négatif et même comment à la suite de l'interrogation le sujet arrive-t-il à faire un assentiment quelconque ? Il est évident que dans certains cas l'assentimei^t et le choix d'une variété d'assentiment s'opèrent d'une façon immédiate et directe. La tendance évoquée sous forme verbale lutte simplement contre les autres tendances évoquées au même moment par les circonstances et suivant son degré de force et de tension l'emporte sur elles on se laisse inhiber, c'est-à-dire, drainer par elles. L'acte d'affirmation ou de négation vient simplement constater et certifier sa victoire ou sa défaite sous une forme particulière. « On veut et on croit ce que l'on désire », et toutes les influences qui dépendent des actions extérieures à ce moment, de l'autorité des personnes présentes, de l'expérience antérieure du sujet peuvent-suivant les hasards des circonstances jouer un rôle pour diriger l'assentiment dans tel ou tel sens.

Il y a des individus probablement nombreux, surtout parmi les débiles, qui ne possèdent pas d'autre forme d'assentiment que celle-là. J'ai observé autrefois avec le D"^ Powilewicz (du Havre) une jeune fille de i8 ans, que j'ai décrite dans V Automatisme psychologique, p. 178, sous le nom de Blanche, qui présentait au plus haut degré un état mental de ce genre. Cette jeune fille, épileptique et imbécile, n'était pas incapable de toute fonction de réalisation, elle comprenait la parole et savait affirmer ou nier. Mais elle niait avec entêtement dès qu'une chose lui déplaisait ou elle affirmait avec conviction dès que l'on prononçait devant elle une parole avec autorité: « Tiens, un éléphant est entré dans la chambre. — Oui, monsieur, je vais lui mettre du pain dans la trompe. » J'ai retrouvé deux sujets du même genre dans lé service de M. Nageotte à la Salpêtrière et j'ai étudié leurs observations dans mes cours an Collège de France. Ils affirment ou

ils nient n'importe quoi sans se soucier des difficultés ou des contradictions suivant la poussée du moment. C'est là probablement la forme inférieure de l'assentiment qui existe seule dans des esprits débiles qui peut par moment réapparaître chez les autres.

Chez ceux-ci, en effet, cet assentiment immédiat n'est pas le seul, car le choix entre l'affirmation et la négation s'opère sous une forme particulière que l'on peut appeler V assentiment réfléchi. L'essentiel de la réflexion est un arrêt, un ralentissement de l'assentiment qui permet une meilleure épreuve de la tendance évoquée en la mettant en parallèle avec un plus grand nombre d'autres tendances. Pour permettre cette prolongation de la lutte des tendances exprimées verbalement la réflexion précise d'abord le phénomène de l'idée en lui ajoutant les caractères du doute. Non seulement la phrase qui exprime l'idée et qui implique une action contient peu de disposition à l'exécution de cette action, mais il v a encore au moment où nous prononçons cette phrase un ensemble de précautions, d'inhibitions pour nous empocher nous-mêmes et pour empêcher les autres de dépasser ce degré minimum d'activation de la tendance. La séparation du langage et de l'action n'est pas ici accidentelle, elle est cherchée, elle est déterminée par une action spéciale qui est un effort pour éviter tout assentiment, alfirmation ou négation : « ce n'est qu'une idée, je ne vous dis rien de plus ».

Le plus souvent, quand il s'agit d'une idée, nous ne nous bornons pas à supprimer autant que possible l'action correspondante, mais nous réduisons aussi l'expression même de la phrase ; nous la prononçons si bas qu'elle n'agit même plus sur l'oreille de nos semblables et qu'elle ne produit plus de réactions que dans notre propre organisme. C'est alors u\^e pensée (\\n est simplement consciente. La conscience n'est pas autre chose, comme on l'a étudié dans les cours précédents, qu'une réaction de notre organisme à nos propres actions. La pensée est un langage qui ne détermine de réactions qu"(Mi nous-mêmes. A l'idée et à la pensée se rattachent avec diverses variations dans le degré d'assentiment, les imaginations, les fictions, les sentiments qui corres[)ondont à des commencements d'action confus, incapables de se rattacher à {juel(|ue action précise déjà organisée et qui ne peuvent être interprétés que par des romparaisons et des métaphores,

Il a été facile d'étudier l'utilité des idées ainsi entendues et de la pensée intérieure, l'importance de la dissimulation du mensonge, de la préparation de l'action sans que rien soit perceptible à l'extérieur, de l'essai des actions sous forme de pensée c'est-àdire sous la forme la plus économique. Les nombreuses altérations que présente lapensée intérieure au cours des maladies mentales sont sur tous ces points particulièrement instructives. En outre des notions importantes comme la notion de phénomène et la notion à'esprit sont sorties de 1 idée et de la pensée : un esprit est un être capable de dissimulation et de mensonge c'est-à-dire de pensée.

Mais le rôle essentiel de l'idée c'est de permettre la réflexion: il s'agit là d'une conduite compliquée qui arrive à l'assentiment en deux étapes, qui s'exécute en deux actions successives de même que beaucoup d'opérations intellectuelles élémentaires sont constituées par deux actions simultanées. La première opération consiste, comme on vient de le voir, à donner à l'expression verbale de la tendance évoquée la forme de l'idée et à la maintenir pendant quelque temps sous cette forme. La seconde opération consiste à mettre cette idée en opposition avec d'autres idées représentant également sous forme verbale un grand nombre d'autres tendances.

Ce travail suppose que d'autres idées viennent se rapprocher de la première, c'est ce qu'on appelle le cours des idées. Il semble facile d'expliquer cette apparition des autres idées par la loi de l'association des idées. Mais à mon avis l'importance de cette loi a été fort exagérée. Le plus souvent des actions précises, des interrogations analogues à celles que nous faisons quand nous demandons un ordre à des chefs réels déterminent ces évocations. On peut le constater très nettement dans les exagérations pathologiques de la réflexion. Ces interrogations amènent des actes de réponse, c'est-à-dire de nouvelles idées et ainsi se constitue cette conversation intérieure qui est l'essentiel de la réflexion.

Parmi les idées ainsi évoquées un certain nombre répondent justement à la demande de direction et donnent de véritables ordres. Le devoir moral, si mal étudié au point de vue psychologique, est une combinaison des deux attitudes relatives au commandement, de celle qui consiste à recevoir un ordre et de celle qui consiste à le donner soi-même. Ce mélange, qui est une con-

séquence de la conversation intérieure, constitue l'originalité de l'ordre moral. Les règles esthétiques et logiques sont évoquées de lu même manière : une des premières règles logiques, la loi de l'accord universel, comme disait Garnier, nous oblige à penser comme la majorité de ceux qui nous entourent, elle arrête des croyances qui seraient en opposition avec la pensée commune. Le principe de contradiction en dérive, car nous répétons toujours vis-à-vis de nous-mêmes la conduite sociale que nous avons vis-à-vis des autres et nous ne devons pas plus nous contredire que nous ne devons heurter la pensée des autres. Ces premières règles logiques jouent à propos des crovances un rôle analogue à celui que les idées morales jouent à propos des volontés.

D'autres idées représentent les influences particulières de telle ou telle personne suivant que nous sommes amenés dans notre discussion intérieure à formuler leur approbation ou leur blâme. Enfin il ne faut pas oublier que toutes les anciennes tendances relatives à lalimentatiou, à la fonction sexuelle, à l'instinct de la conservation de la vie, les tendances à la construction, à la conservation, au développement de la personnalité, les tendances à l'intellectualisation de la personne, à l'organisation de son histoire, etc., sont également appelées par l'interrogation et tranformées en idées qui deviennent les idées de l'intérêt personnel. Comme les idées morales elles-mêmes, ces idées prennent la force d'impératifs. Tous ces divers ordres s'opposant les uns aux autres constituent l'ensemble des motifs.

La tendance primitivement évoquée et arrêtée au stade de ridée se trouve soumise au contrôle de tous ces ordres et forcée de s'y adapter. Ce travail constitue Ui délibération quand il s'agit d'aboutir à 1 acte volontaire et il prend le nom de raisonnement quand il s'agit du passage des idées à la croyance. La présentation des alternatives et leur valorisation doivent être comprises comme des essais de l'acte en imagination sous forme de parole intérieure. Cet essai détermine aii-dedans de nous-mêmes de véritables réactions sociales: des discours intérieurs rappellent les règles morales, expriment l'approbation ou le blâme des témoins et du sujet lui-même ou rappellent le souvenir d'actions semblables et leurs résultats heureux ou malheureux. Comme l'a bien montre M. Rignano (de Bologne) le raisonnement est tout à fait analogue à cette délibération : il consiste aussi en une série

d'expériences mentales dans lesquelles les idées qui se heurtent à des contradictions sont éliminées. Ces expériences sont faites à bien meilleur compte dans la pf^nsée que dans la réalité et leurs résultats finissent par augmenter ou diminuer la tension de la tendance en délibération.

Après un stade intermédiaire fort curieux qui consiste dans un arrêt du travail mental plus ou moins long, quelquefois fort long chez certains malades, survient la décision ou la conclusion, l'assentiment positif ou négatifse produit et l'idée est décidément repoussée ou bien elle se transforme en volonté réfléchie ou en crovance réfléchie. Mais il ne faut pas croire qu'à ce moment l'idée soit restée ce qu'elle était au début. Les décisions obtenues à la suite de ce travail ne sont pas du tout identiques aux volontés et aux croyances qui résultaient de lassentiment immédiat. Elles sont autres en nature, caria tendance primitive a subi une transformation, elle a évolué en s'adaptant à tous les ordres qu'elle a rencontrés au cours de la réflexion. Elles présentent en outre une union entre la parole et l'acte beaucoup plus terme car cette union a été soumise aux vérifications légales ; le premier assentiment est un simple certificat, le second est un certificat légalisé. Il ne s'agit plus de simples volontés mais de ?-ésolutions, il ne s'agit plus de simple crovance mais de saç>oir, car le savoir n'est pas autre chose que la croyance après réflexion correcte, la croyance légalisée. Enfin ces décisions dans lesquelles il y a eu adaptation de l'acte aux tendances jiersonnelles et adaptation de la personne toute entière à l'acte donnent naissance au sentiment de l'action qui est si important, à des souvenirs personnels, à l'adoption de l'acte par la personnalité qui a joué un rôle dans la décision et qui a été transformée par elle. L'action est devenue personnelle, comme la croyance est devenue réelle: les choses auxquelles nous crovons après réflexion complète sont devenues pour nous non seulement des êtres, mais des réalités.

Tout ce-èravail de l'assentiment réfléchi est évidemment long et difficile ; c'est une opération supérieure qui demande une haute tension des forces psychologiques maintenue pendant un certain temps. Aussi est-il naturel qu'il présente souvent des perturbations. Un des troubles les plus fréquents est l'incapacité de terminer la réflexion, d'aboutir à cette décision, à cette conclusion différente des prémisses. Certains malades, les abouliques, les douleurs iont lacle d'idéation, coninieiuMMit l'interrogation et la

discussion mais ne peuvent aller au delà. Ils n'arrivent jamais à raffirmation ou à la négation réfléchies, ils n'ont jamais que des idées ou des imaginations, mais ils n'ont ni des résolutions ni des savoirs. C'est pour cela que leurs volontés manquent de caractère personnel et leur croyance de réalité : « Ce nest pas moi qui veux et je ne suis plus dans un monde réel. »

INIais il y a une autre forme des troubles de l'assentiment réfléchi qui devient ici particulièrement intéressante, je veux parler de l'impulsion. Dans ce phénomène, il y a au début l'attitude de la réflexion, l'arrêt de la tendance évoquée au stade de 1 idée, l'appel des souvenirs, l'interrogation et un commencement de discussion. Mais rien de tout cela ne parvient à son terme car l'opération s arrête tout d un coup. On pourrait pour comprendre cet arrêt le comparer avec un autre phénomène fort curieux, je veux parler de la façon dont certains malades déprimés conduisent une discussion avec les personnes qui les entourent. Ils expriment fortement une opinion qui leur est propre et quand cette opinion rencontre une contradiction ils semblent vouloir la défendre et combattre l'opinion opposée. On peut remarquer d abord qu'ils discutent mal, qu'ils n'écoutent pas l'adversaire, qu'ils n'apportent guère d'arguments nouveaux, mais qu'ils se bornent à répéter quelquefois avec une colère croissante leur propre opinion. Le fait essentiel c'est qu ils n arrivent jamais à la fin de la discussion : cette fin serait une certaine transformation des deux opinions qui les rapprocherait tantôt de l'une tantôt de l'autre, mais en les modifiant toutes les deux de manière à permettre l'adhésion des deux interlocuteurs à une pensée commune. Bien avant cette fin, notre sujet s'arrête tout d un coup, soit qu'il s'éloigne avec colère en répétant sa propre opinion sans aucune modification et sans s occuper 'de ce que pense son adversaire, soit qu'il semble accepter complètement, telle qu'elle était, l'opinion de celui-ci : « au fond, j'étais d'accord avec vous, je pensais comme vous. » Il se passe quelque chose de semblable dans la discussion interne : le sujet abandonne tout d'un coup la délibération ou le raisonnement et donne son assentiment plus ou moins complet à lune ou à l'autre des idées exprimées suivant la force que le hasard lui donne à ce moment. C'est un retour brusque à lassentimenl immédiat mais après un début de réflexion qui reste inachevée.

22'f LUTJLISATION DE L'AUTOMATISME

Nous retrouvons ici les caractères de I action automatique, c'est-à-dire de l'action inachevée, n'ayant pas l'adaptation parfaite qu'elle aurait pu avoir chez cet individu si elle avait été complète. Mais il s'agit d'un automatisme particulier, un automatisme de la volonté et (ie la croyance, entendues comme fonctions de réalisation, fonctions établissant un lien entre la parole et l'action.

Ce qu'il est important de constater ici c'est que la suggestion n'est qu'une variété d'impulsion. Nous constatons d'abord ce fait important c'est qu'elle a toujours pour point de départ le langage et l'idée. Tantôt les sujets ont eux-mêmes exprimé l'idée au début, comme nous l'avons relevé dans nos observations : « C'est une brouette... C'est un chapelier... C'est une gare de chemin de fer où on entre pour voyager... L'eau du robinet coule goutte à goutte comme le sang de ma mère. » Tantôt ce sont les personnes présentes qui ont parlé du danger des domestiques, des symptômes du tétanos, etc., et qui ont éveillé l'idée dans l'esprit du sujet. Il ne faut pas parler de suggestion quand on ne peut pas mettre en évidence l'existence de cette phase préalable de l'idée dans l'esprit du sujet. C'est d'ailleurs pour cette raison qu il ne faut pas exagérer l'interprétation des accidents hystériques par la suggestion, car il y a nombre de symptômes qui se développent antérieurement à toute idée du sujet à leur propos et indépendamment de ses idées.

Les individus qui ont de telles idées sont, il ne faut pas l'oublier, parfaitement capables de les soumettre à la réflexion. Dans la plupart des circonstances de la vie ils utilisent la réflexion plus ou moins habilement; nous nous attendons à ce qu'ils agissent de même maintenant et les sujets s'y attendent eux-mêmes. Ce qu'il y a de caractéristique dans la suggestion c'est que à ce moment ils se conduisent autrement. Ils ont à propos de cette idée un début de réflexion, on note souvent une période de délibération, une tentative de raisonnement. Justine a répondu en parlant des qualités de son domestique, Lqu. a demandé si le tétajios était contagieux pour une personne qui s'était simplement approchée du cadavre. Mais cette délibération n'a pas été prolongée, elle n'a pas abouti à une décision : le sujet a continué ;i ^çardcr dans l'esprit la même idée sans la modifier, sans l'adopter. Souvent môme dans les cas que j'ai ap[ielés « suggestion par distraction » le sujet a rejeté l'idée sans la soumettre à aucune

LES DÉFINITIONS DE l,A SUGGESTION 2-2o

délibération. Dans les deux cas la réflexion cesse bientôt, le sujet n'interroge plus à propos de lidée, ne discute plus. Mais l'idée abandonnée à elle-même ne s'efTace [)as, la tendance semble posséder une charge sullisante et elle se développe indépendamment. La réalisation sous forme de volonté et de croyance devient complète, mais elle manque toujours de ces perfectionnements que la réflexion y aurait ajoutés. C'est pourquoi cette action continue à nous paraître bizarre, c'est pourquoi le sujet lui-même sait fort bien distinguer lacté qu'il accomplit par suggestion et l'acte qu'il accomplit à la suite d'un consentement volontaire.

A côté de ces défauts il faut cependant constater que cette action impulsive présente certaines qualités. Chez certains déprimés on peut facilement noter les différences remarquables entre laction inférieure automatique et l'action d'un ordre plus élevé. Par exemple, Adèle, jeune femme de 3o ans, est parvenue lentement et progressivement à ce dernier stage de la dépression de la tension psvchologique que l'on désigne communément sous le nom de démence précoce et que je suis disposé à considérer comme une démence psychasténique. Elle est à peu près incapable de faire aucune action, mais elle bavarde seule constamment. Ses récriminations violentes contre tous les membres de sa famille sont faites rapidement et à haute voix. Dans certains cas on peut attirer un instant son attention, arrêter ce flot de paroles, et obtenir une courte réponse à une question précise. Mais alors la réponse correcte e&t lente, pénible et murmurée d'une voix très faible. Il y a un contraste curieux entre cette réponse juste qui s'entend à peine et les récriminations automatiques qui immédiatement après recommencent à haute voix.

J'ai fait autrefois la même remarque à propos des suggestions faites à une déprimée aboulique'. « Si je demande à Marcelle doucement et avec politesse de faire un acte, elle répond : « Je veux bien » et elle essaye; mais l'acte ne se fait pas. Si au contraire je me mets en face d'elle et lui commande brusquement de faire l'acte, elle s'étonne et refuse, mais cependant l'acte s'accomplit complètement et sans hésitation... » La suggestion à effet posthypnotique va nous fournir un moyen de mettre en évidence en les opposant l'un à l'autre les mouve-

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