I. Archives ilc iwnrologic, mai, juillet
leur parle d'amour ou de vengeance. La grande puissance de la tendance hypertrophiée annihile rapidement la puissance de la tendance supérieure à la réflexion : ce sont là des impulsions passionnelles qui sont très fréquentes .
Une bonne observation que faisait autrefois M- Bramwell' nous empêche d'accepter cette explication sous cette forme trop simple. Il fait remarquer que l'on peut suggérer au même sujet des actes fort difî'érents les uns des autres. Dans les suggestions expérimentales on fait marcher le sujet comme on le fait manger, ou parler, ou dormir. Dans les faits naturels que nous avons décrits, Nof. , quand il rencontre une boutique de chapelier, a l'impulsion d'acheter un chapeau et quand il rencontre la gare de Lyon il a l'impulsion de partir pour Marseille ; Justine obéit aussi bien aux paroles qui la poussent à renvoyer son domestique qu'à celles qui l'empêchent de changer de linge ou de parler à son mari. Il faudrait supposer chez ces sujets une -foule de tendances hypertrophiées, de passions contradictoires, ce qui est inadmissible. De véritables impulsions passionnelles ne peuvent pas être ainsi transformées : on ne déterminera pas des impulsions chez l'ivrogne, l'amoureux ou le jaloux en leur parlant d'acheter un costume neuf ou de prendre un billet de chemin de fer.
Aussi les auteurs précédents complètent-ils leur explication en rattachant tous les actes suggérés à une même tendance, en montrant qu'ils ont tous un caractère commun, celui d'être des actes d'obéissance, de complaisance vis-à-vis dune certaine personne. Quand un sujet marche ou se couche, mange ou écrit au moindre signe de son médecin, il n'actionne pas des tendances différentes ; nous avons vu qu'il y a une partie incomplète dans chaque action, que c'est jusqu'à un certain point une activation de jeu pour chacune de ces tendances. La partie importante de l'acte c'est l'obéissance immédiate au signe de cette personne. Il n'est plus nécessaire de supposer une foule de tendances hypertroj)hiées, une foule de passions, il suffît d'en admettre une seule, 1 hypertrophie de la tendance à la soumission.
Ces théories sociales de la suggestion ont été rarement présentées avec netteté malgré leur intérêt. Liébault remarcjuait
I. Bramwell, Procecdings of Ihe S. f. P. R., i8(j6, p. 2i6-aa6.
que « les travailleurs, les gens de la campagne, les enfants, les soldats, habitués à obéir, sont suggestionnés immédiatement ». M. Bcrnheim, en 188A, confirme la même remarque : « les gens du peuple, les cerveaux dociles, les anciens militaires, les artisans, les sujets habitués à l'obéissance passive m'ont paru ainsi qu'à M. Liébault plus aptes à recevoir la suggestion que les cerveaux raffinés, préoccupés, qui opposent une certaine résistance morale souvent inconsciente... » Cette thèse n'a pas été exposée souvent avec plus de précision : je me suis trompé, paraît-il, en l'attribuant à M. Forel et à M. Vogt; M. Hattingberg et M. Seif seraient plus disposés à l'accepter* et à résumer toute la suggestion dans une exagération de l'obéissance.
On retrouve des idées du même genre dans les théories de la suggestion qui ont été proposées par quelques membres de l'école de M. Freud à Vienne. Nous reverrons quelques idées importantes de cette école dans un autre chapitre pour le moment nous signalons seulement sa conception de la suggestion. Cette thèse a été exposée particulièrement par M. Ferenczi dans son travail : « Die Introjection in der Neurose und die Rolle der Uebertragung bei der Hypnose und Suggestion ". » Les soins du médecin pOur le malade et son attitude à la fois autoritaire et bienveillante déterminent dans l'esprit du malade l'éveil des tendances puissantes qui déterminaient autrefois sa conduite vis-à-vis de ses parents dans son enfance. Or ces tendances sont essentiellement, d'après l'école de M. Freud, bien entendu, des tendances amoureuses. Les tendances éveillées par le médecin sont donc des tendances à la soumission amoureuse : « la crédulité et la- docilité hypnotique ont leur racine dans l'élément massochiste de la tendance sexuelle. » M. E. Jones dans son article « the action of suggestion in psychotherapy -^ » admet sans hésitation cette interprétation et fait de l'attraction sexuelle inconsciente la base de la suggestion et de l'hypnotisme : « Cette attitude d'allection chaude, de crainte, de jalousie, de vénération est dérivée d'un groupe psycho-sexuel en activité, Janetqui a décrit ces sentiments n'a pas été à leur véritable source. » M. Seif, au congrès de psychothérapie de 1910 se rattache égale-