‹ Les médications psychologiquesChapitre 70 sur 123 · I. Seif, CQihjr't's de i)sycltothéra[)it', 1910, p · texte numérisé non relu

I. Seif, CQihjr't's de i)sycltothéra[)it', 1910, p

sur les caractères des suggestions véritables nous dispensent d'insister.

Il est juste de mettre les théories dans leur meilleur jour même quand leurs auteurs n'ont pas pris la peine de le faire eux-mêmes. On peut se représenter autrement cette obéissance et cette complaisance et supposer que pour des raisons particulières, dans certains cas, elles ne sont plus du tout volontaires et réfléchies mais qu'elles sont devenues impulsives à la suite du développement exagéré des tendances correspondantes comme cela arrive dans les diverses passions. Supposons un individu chez qui une éducatipn spéciale et une longue pratique d'un métier exigeant une forte discipline ait développé une habitude énorme de l'obéissance. Chez lui la tendance à l'obéissance passive peut avoir subi une telle hvpertrophie quelle se réalise indépendamment de la volonté d'une manière impulsive dès qu'elle est éveillée. M. Richard C. Cabot dans son article « suggestion, autorité et commandement' » cite des faits de ce genre. Un tel individu, dès qu'il recevra un ordre ou dès qu'il croira recevoir un ordre l'exécutera d'une manière impulsive même si ces ordres sont très variés et contradictoires. N'aura-t-il pas tout à fait l'attitude d'un individu suggestionné? De même on peut imaginer des individus ayant conservé le caractère infantile et chez qui le besoin de la direction paternelle soit énormément développé ou bien des individus dont les tendances amoureuses soient très hypertrophiées, chez ces individus l'obéissance et la complaisance prendront une forme impulsive. Ici encore on aura des faits analogues à la suggestion et il est probable que les auteurs précédents ont compris les choses de cette façon.

Certaines observations seraient favorables à cette interprétation : on connaît le développement considérable de la suggestion chez des individus qui ont été régulièrement traités de cette manière pendant longtemps par la même personne. Il y a là évidemment un développement de la tendance à l'obéissance irréfléchie qui se fait par l'exercice. Il est facile d'observer aussi le besoin croissant qu'éprouvent certains sujets de la présence et de la direction de leur médecin et de constater que ce besoin ressemble a une sorte d'amour. Ce besoin que nous aurons souvent à étudier dans ce livre dépend de bien des conditions

j. Psychothcrapy de Parker, II, m, p. 19.

LES CONDITIONS DE LA SUGGESTION 23o

complexes mais on peut accorder qu'il fait naître une disposition à accepter les ordres avec moins de réflexion. Je n'ai pas observé aussi nettement que M. Bernheim le développement particulier de la suggestion chez les gens du peuple, chez les domestiques, les soldats, les ouvriers, je lai constatée à peu près également dans les milieux les plus variés. Mais je reconnaîtrais volontiers que les jeunes gens sont en général plus suggestibles que les adultes et les femmes plus que les hommes, ce qui est conforme à la même interprétation.

Peut-on cependant généraliser et faire de toutes les suggestions des impulsiens passionnelles résultant simplement de l'hypertrophie des tendances à l'obéissance et à la complaisance? A mon avis beaucoup d'objections se présentent immédiatement. Chez un grand nombre de malades que j'ai observés on peut obtenir immédiatement des suggestions dès la première entrevue quand ils n'ont pas encore eu ni le temps ni l'occasion de nous apprécier et de nous aimer. 11 faudrait donc supposer qu'il y a chez eux, antérieurement à notre examen, une grande disposition préalable à l'obéissance en général et à la vénération pour le médecin en particulier. Or si on interroge les familles, si on fait une enquête sur le caractère du malade on ne constate rien de semblable, on apprend au contraire que ni la docilité, ni la complaisance, ni l'affection ne sont réellement développées chez eux. J'ai insisté sur ce point dans beaucoup d'observations qui n'ont pas été discutées. Ces individus suggestibles ne sont nécessairement ni des soldats, ni des domestiques, ni des matelots rompus h l'obéissance. Ils ne sont en réalité ni très dociles, ni très confiants, quand ils peuvent se rendre compte des choses et quand ils ne sont pas entraînés par l'automatisme d'une suggestion réussie, ils sont au contraire indociles, indisciplines, incapables d'une obéissance ou d'une confiance raisonnables. J'ai souvent observé que ces sujets sont froids et qu'ils se plaignent eux-mêmes qu'ils ne savent pas éprouver d'affection profonde. M'. Ferenczi et M. Jones semblent croire qu'il est très facile d'être troj) amoureux et que tous les individus suggestibles sont capables d'un amour effréné et d'une complaisance infinie. Ilclas, je suis bien [)lus sceptique et je crois que ces individus faibles et suggestibles sont aussi incapables d'aimer, qu'ils sont incapables d'obéir. La suggestion que l'on a immédiatement obtenue chez eux étonne leurs proches : « car d'ordinaire ils n'écoutent per-

sonne et ils ont déjà été chez bien des médecins sans en croire un seul ».

Un autre fait nous montre bien que la suggestion ne peut pas être toujours en rapport avec une disposition profonde du caractère, c'est le fait de la suggestibilité passagère. Voici des individus qui à certains moments de leur vie, après un accouchement par exemple, au cours d'une grave maladie, pendant la fièvre typhoïde, pendant des convalescences ou à la suite de graves perturbations émotionnelles deviennent étonnamment suggestibles. Ils peuvent être suggestionnés par n'importe qui : toute personne qui leur parle, homme ou femme, inférieur ou supérieur les amène très facilement à faire ou à croire une foule d'absurdités, les camarades même ont remarqué que l'on peut très aisément abuser de leur naïveté et « qu'ils croient tout de suite tout ce qu'on leur dit ». Pk. (h. 28), énergique jusque-là, est transformé en revenant des colonies après de graves accès paludéens, il demande lui-même à être soigné : « parce que le premier venu peut faire de lui ce qu'il veut, car il exécute d'une manière irrésistible et quelquefois sans en conserver le souvenir tous les actes même les plus absurdes dont on parle devant lui ». Après un certain temps de traitement, quelquefois simplement après quelques jours de repos cette disposition à la suggestion disparait complètement: après deux mois passés à 1 hôpital Pk. n'est plus suggestible. Un grand nombre de femmes sont suggestibles pendant leurs règles et surtout pendant les quelques* jours qui suivent la fin des règles et cessent ensuite complètement de réagir de cette manière. Nous aurons à revenif bien souvent sur un fait que je juge important, la disparition de toute disposition à l'hypnotisme et à la suggestion après la guérison de certaines dépressions nerveuses, tandis que ces phénomènes étaient caractéristiques pendant la maladie. Pour le moment je constate simplement que ces apparitions et ces disparitions de la suggestibilité ne sont guère en relation avec l'existence d'une disposition profonde et permanente du caractère. Peut-on coniprendre que la disposition à l'obéissance amoureuse, à la com- . plaisance excessive pour le médecin bienveillant qui fait penser aux parents puisse ainsi disparaître après quelques jours de repos?

Dans des cas de ce genre il semble que pendant les périodes de suggestibilité il y a eu une transformation, que les tendances à l'obéissance et à la complaisance ont été modifiées par une

influence surajoutée. Ces tendances qui existaient probablement depuis longtemps, qui existent encore après la guérison étaient ordinairement comme toutes les autres tendances soumises à la réflexion ; elles semblent pendant la période maladive échapper à ce contrôle et devenir impulsives, en un mot elles se comportent comme des suggestions. Loin de pouvoir expliquer la suggestion, ces impulsions à l'obéissance et à la complaisance me paraissent présenter un fait remarquable de suggestion : leur développement anormal nous présente encore une fois le même problème au lieu de nous en apporter la solution.

Enfin il ne faut pas oublier que toutes les suggestions ne sont pas déterminées par des personnes, nous avons vu au début de ce chapitre des suggestions déterminées par des objets ou par des circonstances accidentelles. On ne peut vraiment pas dire que la vue d une brouette, d'une boutique de chapelier, ou dune gare de chemin de fer éveillent puissamment des tendances à l'obéissance et à la complaisance amoureuse. Je sais bien qu'en présence de ces objets le sujet se parle à lui-même et que l'on peut encore parler de l'influence du langage ; mais il s'agit ici de sa propre parole et si ce sujet avait fortement la tendance à obéir à autrui, il aurait le doute de lui-même et n'obéirait pas à sa propre parole. Ce genre de suggestions très intéressant ne peut évidemmen pas s'expliquer par l'hypertrophie de quelque tendance sociale.

Comme conclusion, nous pouvons retenir l'importance dans la majorité des suggestions des tendances à l'obéissance et à la complaisance. Nous savons que ces tendances interviennent de plus en plus dans les traitements prolongés et que développées par l'exercice elles peuvent jouer un grand rôle. Nous savons aussi que, au moins chez certaines personnes, elles peuvent dès le début faciliter les suggestions en se transformant elles-mêmes en impulsions. Mais nous ne croyons pas que leur importance soit sutFisante pour expliquer complètement le phénomène de la suggestion, qui peut se produire tout à fait en dehors d'elles et qui dans tous les cas demande d'autres influences surajoutées.

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