Munsterberg, op. cit., p
Janet. — Médic. psych.
appeler attention ce fait banal de la coordination des mouvements il peut parfaitement dire qu'un acte suggéré présente les caractères de l'attention. Mais c'est là une formule banale qui n'apprend aucunement ce qui produit l'aspect caractéristique de l'acte suggéré.
Pour donner de l'intérêt à ces théories il faut renoncer à ces jeux de mots et donner au mot attention un sens distinct. Sans étudier ici le problème difficile de l'attention, je dirai d'abord avec M. Rignano (de Bologne) que l'attention consiste dans un arrêt de la tendance au premier stade de l'activation, à l'état d'érection, arrêt déterminé par l'activation d'une autre tendance au même moment qui contrôle la première. Quand un animal guette une proie, la tendance à bondir sur la proie déjà éveillée, prête à se déclancher complètement au premier signal, est arrêtée maintenue à ce stade de l'érection par d'autre tendances à la peur ou à la précaution. Dans l'attente, qui est une forme élémentaire de l'attention, la tendance aux actions en rapport avec l'événement attendu est également en érection, mais elle est arrêtée par les autres tendances en rapport avec l'absence de cet événement. J'ajouterai, surtout quand il s'agit des formes supérieures de l'attention, que cet arrêt, ce contrôle est fait par une tendance qui dans le tableau hiérarchique des tendances est supérieure à la première : les tendances sociales contrôlent les tendaHces perceptives, la tendance à la réflexion arrête et contrôle la tendance à l'assentiment immédiat. Si nous adoptons ces significations, les auteurs précédents soutiennent que ce travail d'arrêt et de contrôle, par sa persistance et son exagération, amène lui-même le développement impulsif de la tendance contrôlée.
Cela parait bien étrange et cependant certains faits semblent justifier cette interprétation. A force de guetter sa proie l'animal finira par sauter sur une ombre, quand on attend trop longtemps ou finit par réagir sans que l'événement soit réellement présent. Les sujets qui ont présenté des phénomènes de suggestion ont eu leur attention attirée sur l'idée de l'achat, l'idée du voyage, l'idée du danger des domestiques, l'idée de la contagion du tétanos. Quelquefois on constate qu'ils ont parlé quelque temps de cette idée, qu'ils en ont été préoccupés, en un mot qu'ils y ont prêté attention. D'ailleurs, dans les expériences de suggestion on attire souvent l'attention du sujet : <f Regardez bien ma main, elle a les propriétés de l'aimant, elle va attirer la
vôtre, faites bien attention à ce que vous sentez et vous sentirez déjà un petit soulèvement de votre main. » Il semble vraiment que ces auteurs aient raison et qu'une certaine concentration de l'attention soit l'antécédent de la suggestion.
Ce rôle de l'attention se comprend d'ailleurs au moins en partie. Une tendance qui vient d'être éveillée de son état de latence a une très faible tension, elle a peu de forces et si elle ne s'activait immédiatement elle le ferait très faiblement prête à être inhibée, c'est-à-dire drainée par toute autre tendance en activation plus intense. Si elle reste éveillée un certain temps sans se dépenser en action complète, si elle est maintenue à ce stade particulier de l'érection, elle acquiert de la force et devient capable d'une activation plus facile. On sait bien que des désirs contenus deviennent souvent plus violents et la coquetterie de la femelle n'a souvent pas d'autre fin que d'augmenter la force de la tendance sexuelle du mâle. On peut constater dans l'attente l'accroissement de la force de la tendance arrêtée qui détermine de plus en plus de l'impatience et de l'agitation. L'attention en arrêtant la tendance et en la maintenant à ce premier stade de l'érection favorise ainsi son accroissement et on peut comprendre qu elle prépare sa transformation en impulsion.
Cependant il ne faut pas aller trop loin et considérer cette concentration de l'attention comme la seule condition de la suflgestion. Cette conception qui assimile la suggestion à une exagération, à une crampe si l'on veut, de l'attention volontaire a déjà été discutée à plusieurs reprises, eu particulier par Gurney en 1887', par moi-même en 1889 ^ par M. Bramwell en 1896 ^. Il est un peu surprenant de voir Munsterberg reprendre cette vieille théorie sans dire un mot à propos des objections qu'elle a déjà soulevées : je suis donc obligé de les répéter. Gurney a le premier insisté sur un caractère curieux de la suggestion, sur sa mobilité. Chez les sujets très suggestibles on peut donner successivement et assez rapidement un grand nonibre de suggestions : elles s'exécutent toutes ou commencent à s'exécuter et s'arrêtent net dès que l'opérateur passe à une autre. M. Bramwell en reprenant cettç expérience qu'il a beaucoup étudiée insiste aussi sur les suggestions simultanées et de caractère différent. « Comment,