I. Bertiand, De l'extase, 1820, p
■2. (iunR7, Proc. of. t. S. f. P. /?.. i883-84, p. 27G.
LES CONDITIONS DE LA SUGGESTION 24o
assez attention à l'encrier, je ne vois pas votre oiseau. » Inversement on pent observer que la suggestion se développe dans les périodes où l'attention disparaît. Voici un cas typique : Myb. (f. 64) a entendu parler dans la journée dune bande de jeunes vauriens qui menace les gens du village. Elle est préoccupée, mais elle répète : « non, ce n'est pas vrai, on raconte des bêtises. » Le soir elle s'endort et elle entre peu de temps après dans un état de somnambulisme délirant où elle appelle au secours et frappe à coups redoublés les personnes qui approchent. Réveillée elle s'écrie : « Oh ! quel affreux cauchemar, ces jeunes gens étaient réellement là. » Une jeune fille de i6 ans, Pkw. épileptique, se plaint qu'une malade de la salle est grossière et qu'elle crie tout le temps « vache, cochon »; elle ajoute : « elle est mal élevée, ce n'est pas moi qui parlerais comme cela. » Peu de temps après elle a un vertige épileptique suivi d'une période de grande confusion et pendant cette confusion elle crie : « vache, cochon. » Ne peut-on pas remarquer que dans ces cas curieux la tendance éveillée par les conversations a été arrêtée par la réflexion et l'attention pendant la veille du sujet et qu'elle ne s'est développée en impulsion que pendant les périodes de sommeil ou de confusion quand précisément l'attention était absente. C'est à cause de ces observations que l'on a quelquefois cherché à éviter l'attention pour faire des suggestions. Depuis longtemps beaucoup d'auteurs avaient observé que chez certains malades les suggestions par insinuation, faites doucement sans trop attirer l'attention, réussissaient mieux que les suggestions impératives. J'ai consacré une longue étude à ce genre de suggestion que j'ai appelé les suggestions par distractionV Beaucoup de sujets qui d'ordinaire ne sont pas cataleptiques laissent leur bras en l'air si on le soulève doucement à leur insu. Chez certains sujets on obtient des actes assez complexes en le leur suggérant doucement derrière eux pendant qu'ils parlent à une autre personne. C'est d'ailleurs ainsi qu'ont été produites ces suggestions de mots orduriers que j'ai rappelées chez Ne. Ces suggestions par distraction sont plus fréquentes qu'on ne le croit et dans bien des cas au lieu de rattacher la suggestioii à l'attention exagérée on serait tenté de la rattachera la distraction.
I. Automatisme psychologique, 1889, pp. i85, 22/4, 287 ; [.es accidents mentaux des hystériques, 189^, p. 3i.
246 LUTILISATION DE L'AUTOMATISME
S il en est ainsi comment comprendre les faits que nous avons cités au début de ce paragraphe dans lesquels l'attention semblait la condition de la suggestion. A mon avis il y a l;i un malentendu : tant que l'attention existe même très forte il ji'y a ni impulsion, ni suggestion, il y a arrêt de l'assentiment et effort pour faire aboutir la réflexion. C'est au moment où cette attention cesse, que la tendance jusque-là contenue sous forme d'idée et peut-être même comprimée par cet arrêt se détend et s'active sous forme d'impulsion. Comme disait une malade que j'ai citée autrefois : « Je faisais bien attention et je ne cédais pas, je me suis fatiguée, j'ai eu un moment de défaillance et de distraction et cela a passé. » L'effort d'attention intense et prolongé ne joue donc pas un rôle par lui-même, il prépare la .suggestion en maintenant la tendance à l'état d'érection, en lui donnant le temps de se renforcer, en la comprimant. Mais il devient ainsi une occasion pour ces défaillances de la pensée que nous avons maintenant à considérer.