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Le. MONOIDÉISME

Nous sommes forcés de revenir à un ensemble de théories de la suggestion fondées sur un principe tout différent. Au lieu de rattacher l'impulsion suggestive à une force particulièrement sfrande de certaines tendances, elles la rattachent à une faiblesse générale de l'esprit, en particulier à une faiblesse des tendances supérieures constituant la personnalité. Ces théories, tout en conservant toujours leur caractère essentiel, ont revêtu plusieurs Formes différentes.

La première forme de ces théories me paraît celle du monoïdéisme : les idées isolées les unes des autres prennent dans l'esprit une plus grande force, c'est là une ancienne remarque déjà faite par Descartes et par Condillac. Les magnétis&urs savaient bien que la suggestion était plus puissante quand les sujets étaient « isolés », c'est-à-dire quand ils paraissaient ne percevoir aucun phénomène en dehors de la personne de leur maître et de ses paroles. Cette remarque avait été également appliquée à l'explication de la suggestion par Braid qui parlait à ce propos de concentration mentale, mais sa conception restait vague et se ra])pr()chait des théories qui font de la suggestion un phéno-

mène d'attention excessive '. Plus tard Liébault reprit la même notion avec un peu plus de précision.

C'est M. Charles Richet qui me paraît avoir le mieux présenté cette interprétation delà suggestion vers 1878. « Une petite excitation auditive ou visuelle passe inaperçue au milieu d'une salle de spectacle, elle jouerait un grand rôle au milieu du silence : l'homme éveillé est comparable au spectateur de la salle, le somnambule suggestionné k l'homme dans la solitude.- » Pour arrêter une pensée il en faut une autre qui y mette obstacle, pour entraver un sentiment un autre plus fort doit prendre naissance. On peut supposer que dans la suggestion c'est la mémoire simultanée de deux sentiments ou de deux pensées qui fait défauts » Charcot accepte cette interprétation: « Chez certains sujets il est possible de faire naître par voie de suggestion, d'intimation un groupe cohérent d'idées associées qui s'installe dans l'esprit h la manière d'un parasite, reste isolé de tout le reste et peut se traduire à l'extérieur par des phénomènes moteurs correspondants *. » « L'idée ou le groupe d'idées suggérées se trouveront dans leur isolement à l'abri de cette erande collection d'idées personnelles depuis longtemps accumulées et organisées qui constituent la conscience proprement dite, le Moi. C est pourquoi les mouvements qui traduiront à l'extérieur ces actes de cérébration inconscients se distingueront par leur caractère automatique, purement mécanique en quelque sorte. Alors c'est vraiment dans toute sa simplicité l'homme-machine rêvé par De la Mettrie \ »

Depuis ce moment cette conception du monoïdéisme se retrouve presque partout : Ochorowicz, Schneider, 1880, Gurney, Delbœuf la précisent et la défendent. « Dans la suggestion, dit ce dernier, tous les autres objets disparaissent, pas plus que le rêve ordinaire, la suggestion n'a de cadre. Comme eux, elle se détache sur un fond noir, ce qui lui donne une vivacité de contraste. Ce qu on a appelé I absence delà pudeur dans le rêve et dans la suggestion ne tient pas souvent à autre chose". » Si M. Wundt

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