‹ Les médications psychologiquesChapitre 79 sur 123 · Dclbœiif, Revue philosophique, 1887, I, p. iSî · texte numérisé non relu

Dclbœiif, Revue philosophique, 1887, I, p. iSî

paraît un moment critiquer ces conceptions de la suggestion, il ne tarde pas à donner lui-même exactement la même théorie en la traduisant seulement en termes plus ou moins anatomiques'. Bien des observations mettent en effet en évidence ce monoïdéisme caractéristique de la suggestion. J'ai longuement décrit autrefois ces individus captivés par une idée suggérée qui ne voient et ne pensent rien d'autre, qui ne savent même plus à ce moment ni leur situation, ni leur nom et qui reviennent ensuite à la réalité en ayant tout oublié ^. Inversement on arrête le développement des suggestions quand on reste en rapport avec le sujet et qu'on glisse dans son esprit d'autres idées en opposition avec la première. Quand le sujet résiste à une suggestion, on observe également que l'idée a éveillé par association des tendances antagonistes. Un jeune garçon à qui on a suggéré de se déshabiller commence à peine, puis sentant que sa chemise est maculée, il s'arrête et si on veut le faire continuer il tombe dans une attaque de nerfs : dès que le monoïdéisme cesse, la suggestion s'arrête. M. Bramwell oppose à cette conception ses expériences sur les suggestions multiples successives ou même simultanées^. On peut répondre que dans ces cas chaque système se développe isolément et qu'il n'y a pas de conscience commune, on peut aussi répondre que dans beaucoup de ces cas il n'y a au fond qu'une seule suggestion qui se réalise, celle d'obéir rapidement aux ordres quelconques du suggestionneur et que l'idée suggérée reste en somme unique. Le monoïdéisme semble donc bien être une condition importante de la suggestion. Malheureusement il y a une part d'illusion dans ce langage et dans ces explications. Le resserrement de la pensée et de l'action se retrouve en réalité très souvent quand une tendance se réalise en un acte. On le constate au suprême degré dans la résolution après la réflexion qui est justement caractérisée par le retour ;i l'unité après la dispersion , dans la discussion des motifs. Il n'est donc pas étonnant que ce monoïdéisme existe dans la suggestion. Si on se borne à cette constatation la théorie du monoïdéisme ne serait guère diff'érente de celle de la concentration de l'attention. Du moment que l'on ne dit pas ce qui caractérise ce

1. Wundt, Revue philosophique, 1892, II, p. 557; ^^ l'hypnotisme, 1892, p. 85.

Page 1