I. Etat mental des hystériques, II, p
elle se maintient au niveau des tendances réalistes, des tendances à la constitution de l'assentiment, or celles-ci, ne sont pas atteintes dans ces premiers degrés de la dépression. Aussi n'observet-on pas de suggestion chez les tristes ni chez les paresseux. Ils sont, si l'on veut, au-dessus de la suggestion.
La suggestion appartient à un groupe de dépressions tout à fait particulières, celles qui portent à peu près uniquement sur les tendances réalistes et surtout sur leur forme complète, sur les tendances à l'assentiment réfléchi. C'est le degré de dépression caractéristique de l'état psychasténique où ou observe indépendamment de la suggestion proprement dite tous les troubles les plus intéressants de la volonté, de la croyance et du sens du réel.
Cette dépression particulière se présente sous deux formes, la psychasténie proprement dite et l'hystérie qui me paraît de plus en plus n'être qu une variété de la première. Dans la psychasténie on constate le plus souvent l'obsession qui a, plus qu'on ne le croit, des relations intéressantes avec la suggestion, mais qui cependant ne se réalise pas d'ordinaire d'une manière impulsive. Cette différence me paraît tenir à plusieurs raisons. D'abord les tendances sous-jacentes à l'idée obsédante ont en elles-mêmes peu de force ; nous verrons plus tard à propos des tendances à la recherche de l'excitation que certaines obsessions psychasténiques peuvent devenir tout à fait impulsives comme des suggestions quand elles dépendent d'une tendance puissante comme le besoin d'excitation. En second lieu l'idée obsédante trouve devant elle des résistances dans les habitudes de doute, d'hésitation, d'inquiétude ; enfin chez ce genre de malades la réflexion est troublée sans doute et est devenue incapable d'aboutir à une conclusion mais elle ne s'arrête jamais complètement et ne laisse jamais les idées complètement livrées à elles-mêmes.
Dans l'hystérie au contraire nous voyons au-dessous de l'idée des tendances qui ont conservé plus de force, une disposition considérable à robéissance et à la complaisance qui remplace l'inquiétude et le doute. D'autre part la réflexion également troublée, mais d'une autre manière, ne se prolonge plus indéfiniment mais s'arrête brusquement. L'hystérique abandonne la discussion intérieure de la même manière que le malade précédent abandonne la discussion avec ses adversaires, mais elle ne fait pas comme celui-ci des réserves intérieurement. L'hystérique cesse
de s'interroger, d'évoquer de nouvelles raisons pour ou contre l'idée évoquée, de Ventourer d'autres idées. Si les circonstances ou la parole d'un individu qui épie ce moment continuent à évoquer et à fortifier cette idée, celle-ci reste seule, isolée et puissante. Elle se transforme alors par l'assentiment automatique dont le sujet est encore capable et devient une suggestion. Le rétrécissement de l'esprit, le mono'idéisme ne sont pas ici la conséquence d'une synthèse qui a transformé l'idée primitive en l'adaptant aux autres ; ils résultent de la disparition des autres idées qui ne sont plus évoquées par une réflexion défaillante et de la survivance de l'idée primitive telle quelle était au début de la réflexion et devenue impulsive. Nous avons précédemment décrit des impulsions passionnelles dans lesquelles la transformation de l'idée en impulsion était due à la force même de la tendance sousiacente ; nous avons ici les véritables impulsions suggestives dans lesquelles la transformation de l'idée en impulsion dépend de l'insuflisance et de la suspension de la réflexion.
Pour conclure sur les conditions de la suggestion il faut dire quelques mots sur une question qui était autrefois considérée comme importante et qui a fait couler des flots d'encre : ces conditions de la suggestion se rencontrent-elles dans l'état normal ou bien la suggestion est-elle un phénomène pathologique'? Récemment encore le Congrès de psychothérapie de 1910 qui avait accepté presque toutes mes conclusions précédentes sur la nature et les conditions de la suggestion a protesté avec indignation quand j'ai conclu à son caractère pathologique. Il y a là d'abord une question de sentiment : les médecins voulant faire accepter par le public et par tout le public le traitement par la suggestion ne pouvaient pas la représenter comme un phénomène anormal, propre à certaines maladies seulement. En outre il v a là une foule de malentendus et de jeux de mots sur le mot « suggestion » et sur les mots « santé et maladie ».
Même en donnant au mot « suggestion » son sens précis, il v a des phénomènes de suggestion à l'état normal, puisque les phénomènes pathologiques ne sont que des exagérations de phénomènes normaux et puisque dans une certaine mesure la distraction, la fatigue et l'émotion sont compatibles avec l'état dit normal. Aussi a-t-on constamment cité quelques exemples toujours les mêmes, la marche au pas, le bâillement contagieux.
LES CONDITIONS DE LA SUGGESTION 2'w
le regard levé en lair quand on voit des gens qui regardent en l'air, l'acte de se gratter quand on parle depuces ', etc. Je veux bien que ces actes soient de temps en temps chez quelques personnes à peu près nomuales de vraies suggestions. Mais ces suggestions portent sur des actes très ijisignifiants et seraient d'ailleurs immédiatement supprimées si lacté prenait quelque gravité : il suffit que nous nous sentions observés pour éviter de bâiller ou de nous gratter.
C'est que chez 1 homme normal de notre époque une certaine réflexion est toujours prête à s'éveiller. Elle vient surveiller nos actions au point de vue de certaines règles élémentaires et surtout au point de vue de notre intérêt personnel, dès que nos actions présentent une certaine gravité. Sans doute on peut combiner quelques expériences amusantes qui mettent cette réflexion en défaut : Binet dans son livre sur la suo-crestion et Munsterbera: dans sa psvchotherapy en citent quelques-unes qui réussissent assez souvent. En voici une qui est curieuse : on présente au sujet deux cercles absolument égaux, mais dans le premier est inscrit le chiffre i4 et dans le second le chiffre 19 et on demande lequel de ces deux cercles est le plus grand. Beaucoup de personnes répondent an désignant le cercle marqué 19. Il s'agit là de circonstances peu importantes et exceptionnelles et tout instinct est susceptible d être trompé.
La suggestion dont on parle en médecine est toute différente : elle ne peut rendre un service quelconque que si elle détermine des actes assez importants, ayant une certaine durée et ne disparaissant pas pour la moindre raison. Or cela suppose une interruption assez sérieuse du contrôle et de la réflexion qui n'est guère compatible avec un état d'esprit normal. Cette dépression tout à fait spéciale atteignant ce niveau de 1 assentimeut réfléchi et ne descendant pas au delà, peut-elle exister au dehors de l'hystérie? La question n'est guère susceptible de réponse parce que l'hystérie comme la plupart des maladies de l'esprit ne peut guère être définie autrement que par ses symptômes psychologiques, or le nom d'hystérie est précisément ce qui désigne cette dépression particulière. On peut seulement admettre que ce genre de dépression peut survenir accidentellement chez certaines personnes et ne pas rester permanent pendant longtemps