I . — L'hypnotisme état de suggestibilité
L'étude de l'hypnotisme a toujours été étroitement associée à celle de la suggestion'; la raison de cette association me paraît être la suivante. Tout en répétant en théorie que la suggestion était partout, les expérimentateurs ne pouvaient pas s'empêcher de constater qu'en fait leurs malades n'obéissaient que fort peu aux suggestions thérapeutiques et ils cherchaient à modifier leur état mental pour les rendre plus malléables. D'autre part une suggestibilité permanente et perpétuelle aurait élé fort peu avantageuse : si un individu est constamment suggcslible il sera perpétuellement ex[)osé à subir toutes les influences. Il écoutera
Janlt. — Mûdic. psycli. '7
toujours le dernier qui lui parle et la suggestion bienfaisante qu'il a reçue à un moment sera détruite l'instant suivant par une autre suggestit»n contraire : une suggestibilité peipétucllc n'est pas la condition idéale pour le traitement. Ce qui serait bien préférable c'est une suggestibilité très forte, mais momentanée, pendant un état déterminé facile à produire à volonté et à supprimer, en dehors duquel le malade gardant les bons effets de la suggestion précédente ne serait plus apte à en recevoir de nouvelles. Malheureusement il n'est pas facile d'obtenir des transformations de l'esprit humain à volonté et nous sommes sur ce point bien ignorants et bien désarmés. Aussi a-t-il été tout naturel de prendre une transformation de l'esprit déjà connue, relativement facile à produire et de chercher si elle ne fournissait pas la forme de suggestibilité que l'on désirait. Les magnétiseurs depuis un siècle déterminaient chez leurs sujets par des procédés artificiels une transformation passagère de l'état mental, puis par d'autres manœuvres ils supprimaient cet état et ramenaient leur sujet à sa condition première. Les hypnotiseurs avaient reproduit les mêmes changements de l'esprit peut-être par d'autres procédés : on connaissait donc le moyen de déterminer un état mental transitoire et différent de la vie normale. Ne fallait-il pas l'utiliser? On chercha donc à emplover la suggestion pendant l'état hypnotique et on déclara que cet état était particulièrement propre à cet usage.
L'hypnotisme d'ailleurs ou le somnambulisme provoqué des magnétiseurs n'avait jamais été défini nettement et on pouvaitassez facilement lui attribuer les propriétés que l'on voulait. Charpignon en faisait « une modification dynamique de l'organisme et un changement dans la répartition de ses électricités ' )>. Durand (de Gros) en faisait un état de ^éthore nerveuse, Braiil, Bubnof, Haidenhain un épuisement nerveux, d'autres un état de répartition irrégulière et inégale du fluide nerveux. La plupart des hypnotiseurs disaient toAt simplement avec M. Paul Richer que « l'hypnotisme est un ensemble d'états particuliers du système nerveux déterminé par des manœuvres artificielles- », ce qui n était pas compromettant. Dans ces conditions Ihvpnotisnie était pour ainsi dire vacant et hi suggestion s'y instaUa.
I. Cliarpignon, Phvaiologie, médecine du inayiiélisme, i848, p. 2i)2. •j. Paul Jliclior, Éludes cîini'iucs sur la cjrande hystérie, i885, p. 5 12.
LE? PROBLÊMES DE L'HYPNOTISME 2o9
Un très grand nombre d'auteurs ont en quelque sorte identifié la suggestion et l'hypnotisme et ils se sont fait de l'hypnotisme une idée très simple, c'est un état psychologique passager, déterminé par des manœuvres artificielles et uniquement caractérisé par la possibilité de faire pendant cet état toutes les suggestions que l'on désire. Cette conception se prépara peu à peu : déjà un magnétiseur,- Dupau', disait que l'état de ses somnambules était caractérisé par la diminution de la volonté, l'exagération de l'imagination et de l'imitation, Durand (de Gros) n'était pas éloigné de considérer l'hypnotisme comme étant cet état « hypotaxique » préparatoire à « l'idéoplastie » des suggestions. M. Joly dans son petit livre « sur l'imagination- » résumait l'opinion de cette époque en disant que « le somnambulisme est caractérisé par l'inertie morale des sujets qui partent sur chaque idée qu'on leur fournit ».
C'est surtout M. Bernheim qui a autrefois précisé cette conception : il faisait de l'hypnotisme « un état psychologique particulier, susceptible d'être provoqué, qui met en activité ou exalte à des degrés divers la suggestibilité, c'est-à-dire l'aptitude à être influencé par une idée acceptée par le cerveau et à la réaliser^ ». Dans l'article du journal « Le Temps »* où il résume très bien ses doctrines, il écrit : « L'hypnose n'est donc pas un sommeil provoqué, c'est la suggestibilité mise en œuvre et exaltée... L'hypnose n'est pas un état contre nature, elle ne crée pas de fonctions nouvelles... elle exagère à la faveur d'une concentration psvchique spéciale (?) là* suggestibilité normale que nous possédons tous à un certain degré ; elle développe un état de conscience nouveau avec prédominance des facultés d'imagination et diminution de l'initiative intellectuelle à la faveur duquel nous réalisons avec plus d'éclat et de netteté les idées, les impressions, les images provoquées. » M. Beaunis adopte une définition du même genre % M. Barth dira aussi que l'hypnotisme est caractérisé par la suppression de l'influx cérébral volontaire et l'exagération de l'influx cérébral automatique, paralysie de la volonté consciente avec exubérance de la mémoire et de