Bernheim, Revue de l'hypnotisme, 1887, p. i
8. Bernheim, Zeitschrift Jiir Psychologie und Neurologie, Kjii, Sonder-Abdrûck.
264 LLTILISATION DE L'AUTOMATISME
MM. Foiel, Vogt, Wetterstrand, Moll, Jong-, Lehman, Wunclt, Voisin, Bérillon, Dollker, etc.. Ce rapprochement de l'hypnotisme et du sommeil est déterminé par plusieurs raisons intéressantes. On considérait l'hypnotisme comme un état mental particulier remplissant yne certaine période de la vie et se distinguant de la pensée ordinaire au cours de la vie du sujet, or on ne connaissait guère que le sommeil qui possédât un tel caractère. On avait remarqué que le début de l'état hypnotique ressemblait souvent à une sorte d'évanouissement, d'assoupissement. Quelques sujets, au début de la période anormale présentent une certaine torpeur, une difficulté à se mouvoir et à parler et se plaignent eux-mêmes d'être engourdis, endormis. La fin de l'état hypnotique ressemble assez à un réveil, avec sentiment de « désengourdissement », de retour graduel à l'état normal et surtout d'oubli tout à fait analogue à ce que l'on observe chez un individu qui sort du sommeil et oublie ses rêves. Dans toutes ces attitudes et ces sentiments il y avait sans doute une part qui était due aux anciennes traditions des magnétiseurs et à une certaine éducation des sujets ; mais il y avait aussi une part considérable de phénomènes naturels, car nous les retrouvons dans les maladies accidentelles qui déterminent aussi des scissions dans la vie et des périodes distinctes de la veille. Enfin bien des phénomènes importants de l'hypnotisme semblaient avoir leurs analogues dans le sommeil, comme le remarquait déjà Jouffroy : « Quand la voix du magnétiseur se fera entendre à son oreille, l'esprit (du somnambule) reconnaissant les sous qu'il a résolu de remarquer concentrera son attention sur ces sons, les comprendra et y répondra. Si cette voix lui ordonne avec autorité de faire attention à ce qu'il éprouve dans différentes parties du corps, il obéira et distinguera les plus petites sensations, tandis qu'il demeurera insensible à des sensations plus fortes qu'il éprouvera ailleurs. Eh bien, endormez-vous avec l'idée que vous avez des punaises dans votre lit, les plus petites démangeaisons troubleront votre sommeil, c'est qu'elles attireront l'attention de votre esprit et elles l'attireront parce qu'il est prévenu ; s'il ne l'était pas, il ne remarquerait pas des sensations beaucoup plus fortes. On conçoit aussi comment l'esprit ayant la faculté d'éveiller les sens ou de ne pas les éveiller, le sujet reste endormi tant que le magnétiseur le veut et s'éveille aussitôt qu'il le lui ordonne ou le touche d'une manière
convenue '. » Ajoutons que les rêves peuvent quelquefois être provoqués par diverses impressions et qu'on les a facilement comparés puis confondus avec les hallucinations et les suggestions. Ces diverses remarques et ces rapprochements faciles tint déterminé cette opinion si répandue que l'état hypnotique est un sommeil, soit tout à fait identique au sommeil normal, soit légèrement différent par ses conditions de production ou par son évolution.
La discussion de cette thèse si séduisante a cependant été faite à plusieurs reprises, non seulement par moi-même en 1889, mais ensuite par un très grand nombre d'auteurs comme M. Ochorowicz-, par Kraft Ebing, par Mendel, par M. Babinski^ par M. A. Dôllken. Il est facile de résumer et de compléter ces critiques : le sommeil est bien une période de notre vie différente de notre état habituel, mais il n'en a pas moins ses caractères propres. Il V a dans le sommeil un ralentissement marqué de toutes les activités phvsiques et mentales. La circulation, la respiration, les sécrétions mêmes v sont fortement diminuées, la tension psychologique étant très basse, le mouvement et l'action sont presque complètement supprimées. Les excitations extérieures qui pendant la veille détermineraient les actions ou bien ne sont pas perçues ou, si elles le sont un peu, déterminent tout au plus des évocations de tendances au plus bas degré. Ces tendances évoquées mais ne se développant pas restent à l'état de rêve, ce qui est peut-être un degré d'activation encore inférieur à l'idée. Si l'excitation se répète ou si elle est assez violente pour contraindre la tendance évoquée à se développer davantage, le résultat est fort net, le dormeur s'agite et s'éveille, tellement l'état de sommeil est incompatible avec un développement un peu élevé de la tension psvchologique. Si l'on peut employer une comparaison que j'ai souvent faite, le sommeil semble être un état de moindre dépense qui permet des économies pour que l'on puisse dépenser plus pendant la veille : des individus qui ont un revenu médiocre peuvent se résoudre à vivre six mois à la campagne dans une retraite favorable aux économies pour briller six mois dans la capitale.
S'il en est ainsi l'état de sommeil est tout à fait différent de
1. Jouiïroy, Mélanrjes philosopliiques, 18^0, 5'^édit., i8'y5, p. 336.