‹ Les Médicis (volume 2)Chapitre 102 sur 167 · GuiCHARDiN, Hist, d'Italie, liv. XH, ch. vi · texte numérisé non relu

GuiCHARDiN, Hist, d'Italie, liv. XH, ch. vi

878 LES MÉDIGIS.

mois après la mort du pontife, François-Marie de la Rovère reconquérait pour sa dynastie le duché d'Urbin.

La politique de famille si obstinément suivie par Léon échouait ainsi, entravant le progrès de l'État temporel, que la force des choses favorisait trop, du reste, pour qu'il pût être sérieusement arrêté.

Dans son palais du Vatican, la royauté du successeur de saint Pierre revêt des aspects toujours plus profanes. — Est-ce un roi? C'est presque un sultan, trônant entouré, comme les Aroun-al-Raschid et les Saladin, des élus du savoir, des apôtres de la culture intellectuelle. Composé d'hommes graves, d'humeur adoucie, mais mondaine, et aussi d'un escadron volant de jeunes porporati aux mœurs élégantes et faciles, livrés àl'intrigue, aux arts et au plaisir, le Sacré Collège est une façon de divan, la cour un sérail (je ne dis pas un harem), où couvent les complots sous le rire et les fêtes ; où, affectant l'allure orientale, la justice du Maître (on est loin des crimes des Borgia) se défend comme elle peut, s'armant parfois du cordon contre les plus hautes têtes.

Le cardinal Alphonse Petrucci n'avait pas trente ans. Fils de Pandolphe et frère de Borghèse Petrucci, il avait été chassé et privé du gouvernement de Sienne par Léon X, malgré les services rendus aux Médicis par sa famille. D'accord avec un autre meipbre du Sacré Collège, le Génois Bandinello de Sauli, il s'était adressé au chirurgien Battista de Vercegli pour empoisonner le saint-père. Vantant l'habileté de ce célèbre opérateur,

il avait engagé le pape à lui confier le traitement de i*ulcère dont il souffrait. Léon, soupçonneux, refusa de se laisser panser par Battista.

Il faut lire dans les auteurs du temps* le récit de cette conspiration, dans le secret, sinon dans la complicité de laquelle se trouvaient deux autres cardinaux, Adrien de Cornetto et François Soderini, de Volterre, les longs détours par où la vérité fut connue, la pathétique allocution du pape en consistoire, adjurant les conjurés au repentir, l'aveu des coupables terrifiés, la sentence de mort lue à Petrucci par le débonnaire Bembo.

La nuit suivante, 23 juin 1517, l'exécuteur de l'arrêt étranglait le jeune cardinal dans sa prison.

Près du terme de ces études, — dirai-je de cette fresque littéraire? — avons-nous bien compris le^type autour duquel se groupèrent les hommes de la seconde Renaissance, et qui, par sa situation spéciale, résume en lui les phases diverses de ce grand mouvement?

La figure de Léon X s'est offerte à nous sous ses traits onduleux et divers. Elle n'est pas de celles qu'un peintre enlève en quelques touches, s'il en a la puissance. Pour tenter de la rendre (aurons-nous réussi ?), cette audace était hors de propos. Elle n'eût su où se prendre devant l'indécision du modèle et ce qu'il a de flottant, de tout en nuances.

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