Sumere maternes tituloa cum posset ab ursis
Mais de ses deux amis, de ses deux grands compagnons d'œuvre, comment le séparer! Il ne serait pas connu tout à fait ; le politique, le lettré, le philosophe, n'apparaîtraient pas en lui dans tout leur jour, si on ne le suivait pas dans ses intimités avec Bibbiena et Bembo. Sans cet accompagnement nécessaire, pour scrupuleusement fouillé qu'il semble, ce portrait, pivot de ces études, resterait inachevé.
Dès les débuts du règne (1514), une grande fête littéraire eut lieu au Vatican, la représentation de cette Calafidria^ qui, sans valoir la Mandragore de Machiavel, inaugura toutefois si dignement la comédie moderne. Le célèbre architecte Baldassare Peruzzi fut le machiniste et le décorateur de la scène. La pièce a pour auteur le favori de Léon, Bernardo Dovizi da Bibbiena. L'œuvre est leste, mais des mieux troussées: elle roule sur une perpétuelle confusion de sexe entre deux Ménechmes d'une ressemblance parfaite, un frère et une sœur, Lidio et Sautilla.
L'intrigue se déroule dextrement à travers des complexités où les quiproquos foisonnent. Le comique, en ses écarts, sans outrepasser de beaucoup les limites de la bouffonnerie, se mêle à l'observation piquante, à une profonde entente du cœur humain, du monde en général,
Gaeculus hic noster maluit esse Léo.
Quid tibi cum magno commune est, talpa, Leone ?
{Pasquin et Marforio. — Histoire satirique des Papes, par Mary-Lafon.)
et de la société italienne de ce temps, avec ses bas-fonds bourbeux^ ses superstitions et ses débauches, et l'étemelle béatitude dégagée à toute époque, en tout pays, par la bêtise satisfaite du bourgeois, de l'éternel bourgeois, du Jjoseph Prudhomme, disons-nous; galerie de masques grimaçants, saisis au vif dans le réel de l'attitude et le remous de Texistence vulgaire, bouffons, sbires, entremetteuses, filles et Gassandres 1
Calandro est Tun de ces derniers. Calandro, c'est le bourgeois de Rome au quinzième siècle 1 II aime Lidio, qu'il a vu vêtu en fille et qu'il prend pour telle. Fulvia, sa femme, s'éprend de Sautilla, qu'elle a rencontrée en costume masculin. Ce double travestissement s'explique par une intrigue reposant sur la confusion causée par ces changements d'habits à rencontre du sexe, — 1^ mari prenant le bien-aîmé de Fulvia pour sa belle, la femme croyant Sautilla son galant.
De là le gros sel grivois semé dans l'œuvre, àl'ébaudissement du pontife, friand de telles pipées.
Où l'esprit émancipé de Bibbiena dépasse le niveau commun du siècle (le neveu de Pic de la Mirandole professa vers ce temps la magie dans son dialogue de la Strega; notre Bodin, environ cent ans après, écrivait sérieusement sa Démonologie), c'est dans le rôle joué par le Nécroman promettant à Fulvia les services d'un esprit
familier dont il dispose et qui Taidera à tromper son mari.
« Avec mes figures et mes points, dit à un complice ce Ruffo» avec mon expertise en toute chiromancie, entre les dames J^^
renom d'être un noble nëcroman, et elles tiennent pour certain, — les crédules, — que je suis maître d'un esprit au moyen ' duquel elles pensent que je fais et défais ce que je veux *. »
Ce type du Nécroman, une des singularités de l'époque, se retrouve, lui, son grimoire et ses relations directes avec les esprits de Tabîme dans les amusants Mémoires de Benvenuto Cellini. Maître es arts sataniques, un prêtre, au Golysée, enferme l'artiste dans un cercle tracé sur le sol. A la lueur d*un feu o\x se vaporise Tarome peu engageant de Yassa fœtida, et qui projette sur le prestigieux monument des lueurs et des ombres ressemblant à des spectres, il évoque en hébreu, en grec et en latin « un million d'hommes terribles. . . et quatre énormes géants armés de pied en cap^ k
Tel apparaît le Nécroman de la pièce.
Le benêt Calandro se laisse persuader par un valet, Pessenio, de se faire porter chez sa belle, — musse dans un panier.
Passons, bien que d'un vrai comique, sur cette scène plaisante, oîi la stupidité de Calandro apparaît hyperbolique. Rien de changé à cet égard, ou peu de chose. L'équivalent existe dans la foi des bourgeois spirites de nos grandes villes aux morts faisant tourner les tables ou posant pour leur photographie. Fessenio, sur l'observation que le réceptacle est bien étroit, l'avertit que,