La Calandria, acte II, se. m
2* Mém. de Benvenuto Celliniy traduct. Leclanché, 2 vol. in-18j Paris, Paulin, éditeur, 1847; t. I, liv. I•^ ch. i, p. 162-167.
grAce à ses incantations, îl peut se couper les membres pour mieux se tasser, quitte à les reprendre en arrivant. Bien que rebelle à l'exécution, Calandro n'élève aucune objection contre la théorie.
— Mais, demande le Cassandre,, faudra-t-il me tenir dans ce panier éveillé ou endormi ?
FESSENIO.
Belle question I Comment, éveillé ou endormi ? Ne sais-tu pas qu'à cheval on se tient éveillé, dans les rues on marche, a table on mange, sur les bancs on s'asseoit, dans les lits on dort, et dans les paniers on meurt ?
CALANDRO
Comment ! on meurt?
FESSENIO.
Mourus-tu Jamais ?
CALANDRO
Non, que je sache.
FESSENIO.
Alors, comment sais-tu que c'est une mauvaise chose, si i" n'en as pas fait l'expérience ?
CALANDRO
Et comment fait-on pour mourir?
FESSENIO.
La mort est un conte I Puisque tu ne le sais pas, J® ^^ bien te dire le moyen de momîr.
CALANDRO
Oh i dis-le.
FESSENIO.
On ferme les yeux, on tient les mains ouvertes, on plie les bras» on reste immobile, inmiobile^ coi, coi, on ne voit, on n'ouït chose qu'autre fasse ou dise.
CALANDRO
J'entends, mais puis comment fait-on pour revivre?
FESSENIO.
C'est un des plus profonds secrets de ce monde, et presque personne ne le sait : sois sûr que je ne le dirais jamais à un autre, mais à toi me plaît le dire. Mais vois^ sur ta foi, mon Calandro, à ne le révéler à personne •
CALANDRO
Je le jure, et même, si tu veux, je ne le dirai pas à moimême.
FESSENIO.
... La différence du vivant et du mort git en ce que le mort ne remue pas, le vivant se meut au contraire . . . Fais ce que je te dirai, tu ressusciteras.
CALANDRE
Dis.
FESSENIO.
Le visage haussé au ciel, on crache en l'air, puis de tout le corps on se donne une secousse, puis on ouvre les yeux, on parle, on agite ses membres : alors la mort s'en va, et l'homme redevient vivant *•