De Immort, animœ, cap. xii, p. 90-*9i
Cependant ce pessimiste, ce sensualiste obstiné, connaît la vraie grandeur de l'homme. Il la met dans une région supérieure aux vulgaires instincts, dans le contentement désintéressé de la conscience, dans ce sentiment de résignation aux choses, d'harmonie avec elles et avec soi, qui mène à accomplir le Bien pour lui-même, sans désir d'une récompense, sans appréhension d'une peine extérieure.
« Sive anîmus mortalis sit, sive immortalis, nihilominus coD' temnenda est mors : neque aliquo pacto declinandum est a viitute quicquid accidat post mortem^ »
La conclusion du livre atteint des hauteurs morales et rationnelles que la conscience moderne n'a pas dépassées.
Notre auteur énumère les huit objections qui peuvent être opposées à la mortalité de Tâme. Avant de les réfuter successivement, il ne se dissimule pas le péril qu'il encourt.
« Il me paraît ardu et dangereux {onerosum) de répondre à ces divers arguments. Et cela surtout parce que c'est une opinion commune que l'âme demeure après la mort. Or, comme il est écrit au second livre de la Métaphysique, il est difficile de parler contre la coutume... Je tenterai pourtant de le faire, selon mes forces^. >
Première objection, — «Si l'âme humaine est mortelle, il n'y a point pour l'homme de terme final par
1. De Immort, animœ, cap. xiv, p. 119. % De Immort, animœ, cap. xiv, p. 104.
POMPONACE.i 417
lequel il soit homme, et ainsi il ne sera pas susceptible de félicité *. »
Chaque chose parfaite, répond Pomponace, a sa fin, qui est la raison de son bien propre {boni ratio). Il faut donc lui assigner pour fin, non ce qui en soi-même est un bien majeur, maïs ce qui par nature convient à cette chose même et lui est proportionné. Cela est proprement le bien de cette chose.
Sentir vaut mieux que ne pas sentir, et ne convient pourtant point à une pierre : cela ne peut être son bien. Car, ayant le sentiment, elle ne serait plus une pierre. De même, Thomme ne serait plus un homme, si on lui attribuait pour fin celle de Dieu et des intelligences supérieures ^
Le genre humain est comparé à un seul individu dont les membres, nécessaires les uns aux autres, ont chacun leur fonction ^
Cet homme collectif a comme Thomme individuel ses membres exerçant respectivement leur office pour Tutilité Commune, et se prêtant une assistance mutuelle sous la même loi de différence limitée {inœqualitas commensurata).
Ces membres ou organes sont, selon la division principale, les deux classes, spéculative (ou philosophique),
i. « Si anima humana est mortalis. . ., tune non dabitur ultimus finis hominis qua homo est, et sic non erit feligitàbilis. » De Immort, animœt cap. xiii, p. 96.