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CHAPITRE XXXII

POMPONACE.

DE NATURALIUM EFFECTDUM CAUSIS, SIVE DE INGANTATIONIBUS*.

Sur ces sommets ardus, Alpes glacées de l'Abstrait, les fleurs sont rares, séchées par Tâpre caresse d'un air qui se raréfie.

La vie nous appelle en bas : j'entends monter des voix joyeuses. A l'éclat resplendissant d'une aube, je vois s'iriser à nos pieds les beaux pays où nous redescen-

i. p£TRi POMPONATii, philosophi et iheologi doctrina et ingenio prœs^ tantissimif opéra.

De naturalium effectuum admirandorum causis,

Seu de Incantationibus Liber.

Item de Fato :

Libero arbitrio :

Proedestinalione :

Providentia Dei, Libri V-

In quibus difficillima capîta et quaestiones Theologicae et Philosophicse ex sana orthodoxes fidei doctrina explicantur, et multis raris historiis passini illustrantur, per autorem, qui se in omnibus Ganonicae scripturae sanctorumque doctorum judicio submittit.

Cum Gaes. Majestatis Gratia et privilegio. Basileœ, ex officina Hcnricpetrina.

Anno MDLiXVII mense martio (m-18).

436 LES MËDIGIS.

drons, Theureuse vallée pleine de mou vement et de fêtes, toute retentissante des triomphes de la poésie et de Fart.

Il faut poursuivre pourtant, atteindre la cime.

Nous redescendrons.

Après tout, sur ces hauteurs de la métaphysique, il est des voluptés réservées. De ces sommités, le regard embrasse les rapports généraux. En jouissant de la conception qu'il se forme sur Tensemble des phénomènes, le penseur, assez fort pour s'isoler de toute contemplation directe du concret, s'enivre d'une poésie sereine ou formidable. 11 écoute avec Pythagore tourner l'harmonie des sphères. Comme Hegel, il assiste au drame muet de l'Être. La Pensée s'enfante, la Nature se dévore. L'Éternelle Unité se poursuit impassible dans l'infini des îUusions vitales.

Métaphysique, Théologie, Poésie! Trois formes d'un même concept, trois cordes d'une même lyre, l'Ame humaine intuitive et plus ou moins passionnée.

Soit que le mètre sonore de Valmiky, d'Homère, retentisse à la parole des Dévas ou des Dieux ;

Soit que la strophe d'Isaïe ou de Dante vibre à l'écho du Verbe unique;

Ou que Platon abstraye en poète la formule déiste, Spinoza déduise en géomètre le théorème du Dieu- Tout;

Les foules et l'élite intellectuelle s'enchantent également de leur rêve, projection du réel sur l'idéal, réflexion dans l'infini de l'humanité, telle qu'elle se conçoit à un

moment défini du temps, dans un coin lîrailé de l'espace.

Théologiens ou poètes/avec plus ou moins de sincérité, traduisent dans une incarnation, métaphysiciens, avec plus ou moins de profondeur, expriment par une abstraction les mêmes hypothèses.

, La monade de Leibniz est un Dieu {polythéisme).

Le Dieu-Tout de Spinoza n'est que le Svayambou de rinde {monothéisme panthéistique) ,

Le Dieu de Socrate, c'est Jéhova (monothéisme pur).

Le Logos idéal de Platon devient le Verbe incarné de saint Jean.

Ce que Pomponace appelle « intellect séparé », est-il ce qu'Homère nomme ^aî^zova, ecov, ce que saint Paul invoque sous le terme d'Ange et de Chérubin, ou dont, sous celui de diables, il reconnaît l'existence malfai-^ santé?

S'il admet dans le ciel des entités métaphysiques influant sur les phénomènes généraux de l'Univers, le livre de Pomponace, qu'il nous reste à analyser, refuse à ces intelligences toute action individuelle analogue à celle des esprits de lumière ou de ténèbres.

Sa pensée critique s'accentuera dans ce traité : De Incantationibus. Aussi se précautionne-t-il dès la première page : € Il se soumet en tout à l'autorité des Écrîj> tures canoniques, au jugement des saints docteurs. »

Génuflexion de mauvais augure pour le dogme qui la provoque et sur la vérité duquel il s'expliquera, mais avec circonspection !

438 LES MÉDIGiS.

Le secret du sage est dangereux.

a 11 ne doit pas être livré au vulgaire, car celui-ci n'est pas capable de comprendre ces arcanes. Il ne croit que ce qu'il voit, ou ce qu'il est accoutumé à voir. Il faut se garder aussi de parler de ces secrets avec les prêtres ignorants. Le motif patent en est, que bien souvent des philosophes furent expulsés des villes, emprisonnés, lapidés et livrés au dernier supplice, et, de la sorte, pour leurs bienfaits, endurèrent un pareil traitement *. j

Ainsi, dès le début du seizième siècle, le Miracle est en butte, soit à la raillerie (témoin les jovialités antibibliques de notre Rabelais *), soit à rexplication rationaliste.

Je dis rationaliste, mais en principe seulement, — par opposition aux théories de l'arbitraire divin; car l'explication de Pomponace, par exemple, repose sur la prétendue loi naturelle exploitée par les charlatans modernes sous le nom de magnétisme animal.

Un médecin, ami de notre auteur, raconte trois guérisons extraordinaires, et un prodige non moins étonnant : — deux enfants, qu'il soignait, guéris, l'un, d'un érysipèle, l'autre, d'une grave brûlure, une pointe de fer arrachée d'une plaie, un tamis auquel le mouvement est imprimé, — tout cela par les chants et les paroles d'un individu.

On demande si de tels faits sont surnaturels (prêter

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