PoMPONAT., de Incantat, cap. n, p
des penseurs, il s'étonnera souvent de ce qu'il y a de légitime dans les conclusions qu'ils tirèrent avant l'heure de déductions sans bases pour nous. Ainsi, tout l'argu* ment de Pomponace pose sur le concept d'esprits non soumis aux conditions logiques de notre intelligence. Mais, l'expérience ne révélant pas de tels esprits, tous ces raisonnements sur les démons portent dans le vide. Dire qu'un démon ne peut « guérir un érysipèle parce qu'il n'est pas sujet à la loi du particulier i, voilà la chimère. Mais l'expérience reprend ses droits : il le faut. ..; ou plutôt, elle ne les perdit jamais. Llntuition du bon sens, qui se montre ici, soutenait, sans qu'il y parût, cette logique aérienne.
c Certains, Augustin entre autres, estiment que, dans ces guérisons opérées par les démons, les démons eux-mêmes n'apportent pas la santé par une altération immédiate (sanitatem non indticunt immédiate alterando), mais par une application d'activités à des passivités {applicando activa pa^sivis) Par l'ingé*
niosité de leur esprit et leur longue expérience, ils ont appris maintes choses que Tâme humaine ne peut connaître, à cause soit de l'hébétude de son intellect, soit de la brièveté de son expérience, puisqu'elle vit peu. En outre, les substances matérielles obéissent aux démons, selon leur mouvement local, tout autant que la divine vertu le permet ; aussi, connaissant les remèdes de cette espèce, les démons les apportent et les appliquent aux infirmités: d'où la santé peut suivre. Mais ces assertions paraissent incroyables : d'abord, parce que ces médicaments sont des corps. Ce sont, en effet, ou des herbes, ou des sucs, ou des pierres, ou quelque chose de cette espèce, qui sont visibles et pour la plupart odorables. Or, il semble étonnant qu'on ne les voie pas et que Ton ne les perçoive pas par le sens
olfactif; bien plus, que les plaies touchées ne sentent pas par le tact ce qui les touche. Car, si une mouche effleure notre chair, aussitôt nous le sentons. En outre, comment ces remèdes sont-ils si promptement au pouvoir des démons eux-mêmes, qu'ils soient transportés presque instantanément de l'extrôme orient dans l'occident e;[.trôme, et réciproquement? Ces démons portent-ils donc avec eux des boites, des besaces, ou des sacs pleins d'emplâtres ou de liquides, comme les chirurgiens et les apothicaires? S'il en est ainsi, il est surprenant qu'ils ne soient pas vus par tout le monde, et qu'on ne dise pas aussi que les démons fascinent nos sens ^ »
Enfin, conclusion décisive :
« Puisque, ajoute Pomponace, nous pouvons expliquer ces faits par des causes naturelles (qtwniam per causas naturales nos possumus hujusmodi expérimenta salvare), et qu'il n'y a pas de raison qui nous force à croire qu'ils s'opèrent par les démons, on suppose en vain les démons. Il est en effet ridicule et tout à fait insensé d'abandonner ce qui est manifesté et peut être prouvé par la raison naturelle, et de rechercher ce qui est immanifeste et ne peut être démontré avec aucune vraisemblance^. »
Aucun agent ne peut agir sans contact {neque sine contactu possit agere).
Nous voici en pleine physique métaphysique, s*il est permis d'associer les deux termes. Mais nous allons voir Pomponace, justifiant cette alliance de mots, déduire de quelques définitions, en dehors de l'observation et par la pure logique, la loi hypothétique des phénomènes natu-