‹ Les Médicis (volume 2)Chapitre 138 sur 167 · P. PoMPONÀT., Deincaniatt cap. i, p · texte numérisé non relu

P. PoMPONÀT., Deincaniatt cap. i, p

4M LES MÉDlGiS.

rels. Pour fantastique que cette méthode aous paraisse, il faut tenir compte à celui qui l'emploie de ses divinations rationnelles, de toutes les erreurs qu'il ne partage pas avec les prétendus physiciens de son temps.

Écoutons une de ces théories... Aussi bien, outre l'intérêt spécial qu'elle offre pour saisir l'enchaînement d*un système, cette citation donne une idée des exercices dialectiques qui, dans l'enseignement des écoles, représentaient notre physique expérimentale.

« Les herbes, les pierres, les minéraux, les extraits de divers animaux, et universellement tout ce qui concourt à Tart médical, et, bien plus, à presque toutes les opérations humaines, altèrent les corps, ou immédiatement, altérant manifestement par des qualités manifestes les corps sur lesquels ils agissent, ou médiatement, parce qu'ils sont convertis en vapeur, et, ainsi convertis, ils altèrent ensuite les corps, ou quelquefois ils les altèrent par une altération occulte et invisible. Comme exemple de la première altération, on trouve le feu qui échauffe, Teau qui refroidit, et semblablement agissent beaucoup de composés des éléments, soit qu'ils soient des médicaments simples, soit qu'ils soient composés^ selon la manière de parler des médecins. L'exemple de seconde altération est la rhubarbe, qui ne purge la bile que si elle a été activée par la chaleur naturelle et convertie en vapeur.

» Exemple de la troisième altération : l'aimant. Il n'attire le fer ni par une qualité de la première espèce {telle que celle du feu), ni par une qualité de la seconde espèce (telle que celle de Veau), ni parce que l'aimant est changé en vapeur, mais par une qualité insensible qui est ignorée, ainsi que l'enseigne l'expérience quotidienne : des faits semblables apparaissent

presque à l'infini On suppose que les choses opérées selon le

troisième mode n'appartiennent pas à un seul genre, mais

POMPONACK. Ul

qu'elles tiennent à des genres presque infinis. Car Taimant attire le fer : le diamant résiste à son opération. Le saphir fuit les charbons, échauffe les yeux ; et il y a presque une infinité de vertus occultes, desquelles Albert, dans son second traité des minéraux (chap. prem., 11, 17 et ailleurs), dit beaucoup de choses et admirables. Beaucoup d'autres choses sur ce sujet sont énumérées par Marsile Ficin, au chapitre premier du livre quatrième de sa Théologie de Platon *. »

Voilà Marsile invoqué comme autorité par le disciple • d'Aristote. Mais les actions occultes qu'il cite sont bien autrement prestigieuses que celles qu'énumère Pomponace.

« L'herbe hiérobotanon favorise le pronostic médical;

La cornaline arrête le flux du sang ;

L'onyx allume la colère;

Le corail dissipe les vaines terreurs, repousse la foudre et la grêle, etc. ^ j>

On se rappelle les théories de la Théologie platonique. Mais il est curieux de vérifier à leur source les croyances communes aux chefs des deux écoles adverses.

Toutefois, par la tendance plus positive de son esprit, par un plus fréquent recours à l'expérience, dont il méconnaît moins la vraie portée, l'aristotélicien Pomponace se rapproche bien plus que Marsile des conditions de la science, telle que nous la comprenons. Il doit cette supériorité au msdtre qu'il continue, aussi bien qu'à son bon sens sagace, dont les divinations sont d'autant plus

L De Incantat., cap. m, p. 21*23.

2 Marsile Ficin, t. I, p* 124.

m LES NËDIGIS.

remarquables que la base de ses connaissances naturelles est incomplète ou chimérique. Il n'en tire pas moins parti pour réduire bien en deçà de ce que supportait l'orthodoxie de son temps Taction des forces divines, angéliques ou démoniaques.

Sous sa terminologie archaïque de l'homme microcosme et de l'univers macrocosme agissant sur lui, se retrouve notre notion de la connexité des phénomènes. Il y a bien entre les deux philosophies, quant à la dépendance de ces phénomènes, des différences capitales; mais, en fin de compte, la même loi est reconnue par l'intuition vague et par l'observation. Le fait biologique ou social, par exemple, dépend du fait astronomique, mais par des intermédiaires dont la méconnaissance fut la cause des erreurs astrologiques.

Sous cette réserve, il est vrai de dire avec Pomponace que tout genre d'action s'exerçant dans un ordre de phénomènes influe directement ou indirectement sur tous les autres ordres.

Notre auteur croit du reste, avec Pline et Albert le Grand, qu'il y a des herbes et des pierres qui attirent ou repoussent la grêle et la pluie S

Mais ces erreurs, si étranges pour nous, n'altèrent pas le fond du système dirigé avec une remarquable vigueur logique contre la notion des causes surnaturelles. Sur cette conception du Microcosme reproduisant en soi

Page 1