‹ Les Médicis (volume 2)Chapitre 152 sur 167 · De Incantat.^ cap. x, p · texte numérisé non relu

De Incantat.^ cap. x, p

m LES MÉDIOIS.

examine, depuis les phénomènes de Thisloire naturelle jusqu'aux événements de Thistoire humaine. N'a-t-il pas entendu prédire par un vieillard de Bologne, pendant le conclave qui suivit la mort de Jules II, que Léon X succéderait à ce pape? Et rien, dit-il, ne l'indiquait.

Quant aux procédés de la magie amoureuse (philtres, aiguillettes nouées, verger de loup, rémora, etc.), il est difficile d'admettre ces pratiques occultes triomphant de la volonté, soit qu'on les attribue aux démons, soitqu'on les rapporte aux causes naturelles.

Comme aimer et haïr sont des actes de la volonté, si Ton veut que les démons y contraignent, le libre arbitre périt. Si Ton dit que la volonté n'est pas contrainte, mais poussée, la thèse est complètement modifiée, puisque alors les hommes ne sont pas liés, etc., etc.. De plus,

l'Hippomane et la Verge de loup étant des choses privées

de sentiment, on ne peut prétendre qu'elles agissent par la persuasion , etc. . .

C'est toujours, on le voit, la même argumentation, le même mélange de raison et de chimères. A travers ces répétitions, il y a de belles pensées, exprimées heureusement, entre autres sur la prière qui, ne pouvant, comme le croit le vulgaire, modifier l'ordre des choses, n'en est pas moins utile à l'homme, qu'elle élève à l'Idéal.

Je résume ainsi dans notre langue moderne de longues dissertations sur ce sujet, et que le Traité De rimmortalité de tâme aborde, — on l'a vu — : Le bien doit

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être cherché pour lui-même, et non pour gagner un prix ou éviter une peine.

Pomponace concentre à la fin de son traité ses plus grandes hardiesses.

11 reste à embrasser du regard Tensemble'de ce vaste système.

Nous avons beaucoup cité notre auteur. C'était le faire connaître, comme il mérite de l'être, submergé qu'il fut par un de ces naufrages intellectuels oïl sombrèrent tant de réputations moins justifiées que la sienne.

Fidèle à notre méthode d'assurer au lecteur le contrôle d'appréciations et d'analyses souvent bien délicates, laissons le philosophe, résumant lui-même ces longues déductions, dire sa pensée tout entière sur les sages qu'il oppose aux prêtres, sur les religions qu'il oppose à la philosophie :

( On a vu comment je réponds à chaque objection. Je conclus que, si l'on considère les œuvres merveilleuses et occultes de la nature, les vertus des corps célestes. Dieu et les intelligences veillant sur les choses humaines et tout ce qui est inférieur, on verra qu'il n'est aucun besoin des démons et des autres intelligences. On reconnaîtra en effet que toutes ces actions peuvent s'accomplir parfaitement par les moyens indiqués. C'est pourquoi il ne faut supposer ni génies ni gardiens particuliers des hommes. Car les génies ne sont autre chose que les génitubes {geniturœ) des hommes. Ceux qui ont de bonnes génitures ont de bons génies ; ceux qui ont de mauvaises génitures ont de mauvais génies ; telles furent celles de Brutus et de Cassius. Le

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génie d'Auguste était plus puissant que le génie de Marc-Ântoine, parce qu'Auguste eut une géniture meilleure que celle de Marc- Antoine, comme les devins le prédirent. Ces devins ou mathématiciens connurent cela d'après les astres qui présidèrent à leur naissance. Pareillement, les gardiens des hommes sont la raison et les sens, qui combattent continuellement entre eux. Pour ce qui est de la résurrection, si la réalité des résurrections peut être maintenue par des causes naturelles, il me paraît que, posant Tâme immortelle et multiple, la résurrection est naturelle et peut être procurée par l'art. D'où nous voyons que Platon, Zoroastre et tous les mages, ont posé la résurrection, comme le rapporte Marsile Ficin, au chapitre 2 du quatrième livre et au chapitre 12 du quinzième livre de sa Théologie de Platon, Aussi (d'après leurs principes), il n'y a pas d'inconséquence à ce qu'on puisse rappeler un homme du tombeau. Ainsi Philostrate^ dans sa vie d'Apollonius de Tyane, affirme que cet Apollonius, appelé le mage ou le sage, même par le divin Jérôme, a ressuscité quelques hommes. Mais, comme il est manifeste qu'Aristote a nié la résurrection, il est pour cela très certain que, d'après lui, l'âme humaine est mortelle ; à moins que nous ne partagions l'opinion fantastique d'Averroès, qui est la plus grande des illusions, à savoir, qu'il n'y a dans tous les hommes qu'une âme unique ; ce qui est inintelligible Peutêtre ces démons et ces anges ont-ils été introduits parce qu'un grand nombre des faits que nous avons rapportés, tels que les oracles, les augures appai'us dans l'air et les autres prodiges que nous avons racontés, ayant été vus, le vulgaire grossier n'en peut saisir les vraies causes ; car ces hommes non philosophes, et qui sont vraiment comme des bétes, ne peuvent concevoir que Dieu, les Cieux et la Nature opèrent ces choses. Et ils croient ainsi qu'il en est des intelligences comme des hommes (car ils ne peuvent comprendre que les choses corporelles) ; aussi les anges et les démons ont-ils été introduits à cause du vulgaire, bien que, en les inti*oduisant, ils sussent qu'ils ne pouvaient nullement exister, car dans Tancienne loi (l'Ancien Testament) sont rapportées beaucoup de choses qui ne peuvent être réellement

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comprises selon la teneur de la lettre ; comme quand on dit que Dieu a parlé et que sa face était portée sur les eaux. Mais il y a sous ces paroles un sens mystique, elles sont dites pour le faible

vulgaire qui ne peut comprendre les choses incorporelles *

Platon a introduit en réalité les anges et les démons^ non parce qu'il pensait qu'ils existaient, mais paixe que son but était d'instruire les hommes grossiers. Car, de même qu'Esculape fut le médecin des corps humains, ainsi Platon fut le médecin des âmes humaines. Et, comme les hommes grossiers ne peuvent être instruits autrement, pour ce motif, il procéda selon cette voie, puisque aucune autre ne paraissait meilleure...

» Mais pourquoi n'avons -nous d'Aristote sur ce point que peu ou point d'opinions déterminées?... Il est possible que, prévenu pai* la mort, il n'ait pu traiter plusieurs sujets ; il fut enlevé du nombre des vivants dans sa verte vieillesse, car, comme le rappoiie Diogène Laêrce, il mourut dans la soixante-deuxième année de sa vie. Je dis secondement qu'il est possible que ce soit avec intention qu'il n'ait pas écrit sur ces points, craignant pour sa vie. On raconte, en effet (et le môme Laêrce en témoigne), qu'Use rendit à Ghalcîs, et qu'il quitta Athènes, parce qu'il avait été accusé devant les magistrats d'avoir sur les Dieux des opinions mauvaises. Aussi raconte-t-on qu'il dit : Je ne veux pas que les Athéniens attentent deux fois à la philosophie. —On sait qu'ils avaient fait déjà mourir Socrate. — C'est pourquoi, comme, ainsi que nous l'avons vu, cette thèse éliminait tout à fait les Dieux, il ne Teût pas propagée en sûreté parmi les Grecs et les hommes vivant sous d'autres lois; car, par cette propagation, les républiques eussent été bouleversées, et les prêtres réduits à rien. Mais la puissance de ceux-ci fut toujours très grande ; car, comme la religion des philosophes fut toujours suspecte, ainsi que Platon l'assure dans l'Apologie de Socratey toujours ils furent un objet de dérision ou de haine... Dans les temps postérieurs, l'excellente opinion qui se répandit chez tous touchant Platon... dissipa toutes les calomnies contre la philosophie, et ce sage

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