‹ Les Médicis (volume 2)Chapitre 28 sur 167 · Mémoireê de Commines, liv. VII, chap. ii · texte numérisé non relu

Mémoireê de Commines, liv. VII, chap. ii

par la rivalité d'intérêts purement temporels. On retrouve là, comme dans le reste de cette histoire, la transition si complexe, si imprévue parfois, si pittoresque toujours, entre deux époques, qui donne tant d'intérêt aux œuvres comme aux faits de la Renaissance.

Ce qu'il y a de curieux, c'est que les Italiens, maîtres jusqu'alors reconnus dans les arts militaires, préoccupés du progrès de la tactique et de la fortification, reconnaissent avec stupeur la supériorité de l'organisation et de l'armement français. Les ressources financières de notre pays unifié, refait sous Charles VII et Louis XI, pourraient seules expliquer ces avantages reconnus avec un dépit bien naturel par ceux qui en souffraient le plus. C'est le cas de Guichardin. Mais il semble en outre, au moins pour la balistique , faire honneur à l'invention française de la science qui mit en œuvre ces ressources.

On sait les perfectionnements qu'allait apporter à l'artillerie l'intelligence guerrière des ducs de Ferrare de la maison d'Esté. Ils furent éclairés sans doute sur ce point par VAri de la guerre de Machiavel, tenu en si haute estime par le grand Frédéric.

L'ordre de combat du secrétaire florentin (bataillons de soutien sur les flancs de l'infanterie) a été — Algarotti l'assure * — employé à Molwics par les Prussiens. Les réflexions de Machiavel sur l'emploi des canons furent évidemment inspirées par ce qu'il avait vu ou

1. Algarotti, Correspondance; Crémone, 1778, t. V, lettre i, — cité par Artaud : Machiavel; Paris, Didot, 1827, t. U, p. 520.

entendu narrer des effets de cette arme formidable, re* lativement très allégée et mobilisée dans les troupes françaises à partir de Charles VIII *.

Les politiques et les stratégistes italiens avaient été particulièrement frappés de ces effets constatés avec humeur par Guichardin. Aux bombardes si lourdes au charroi, si longues à recharger, il oppose les canons de bronze des Français lançant des boulets de fer, au lieu de boulets de pierre, et traînés par des chevaux, non par des bœufs comme en Italie. Et il admire les divers calibres, la rapidité des 3ervants, la promptitude du tir, de 0 ces machines plus infernales qu'humaines ^ » .

Telle était la supériorité reconnue de la France dans les institutions militaires. L'étude des problèmes qu'elles comportent n'en était pas moins poussée très avant dans les centres intellectuels de l'Italie. L'encyclopédique, l'étonnant Léonard de Vinci, peintre, sculpteur, archi-

1. «Voi avetead intendere, chea volereche una artiglieria non ti offenda è necessario, o stare dov* elia non ti aggiunga, o mettersi dietro ad uno muro, 0 dietro ad uno argine. Aitra cosa non è che la ritenga ; ma bisogua ancora che l\ino e i*altro sia fortissimo.

» Non feci ritrarre l'artigiieria mia, per non dare tempo alla nemica ; perché e* non si poteva dare spazio a me, e torio ad altri. E per quella cagione che io non la feci trarre la seconda volta, fu per non la lasciare trarre la prima, acciocchè anche la prima volta la nemica potesse trarre ; perché a volere che l'artigiieria nemica sia inutile, non c* è altro rimedio che assaltarla; perché, se i nemici l'abbandonano, tu Toccupi, se la vogliono difendere, bisogna se la lascino dietro, in modo che, occupata da nemici e da amici, non puo* trarre.» (Maghiavelli, AHedeZ/a^uerra, lib. III, p. 394-396, Opère di Mach., in-32, Londra, 1768, t. V.

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