‹ Les Médicis (volume 2)Chapitre 29 sur 167 · Guichardin, liv. I, ch. m · texte numérisé non relu

Guichardin, liv. I, ch. m

88 L£S MÊDIGIS.

tecte, mathématicien, géologue, physicien^ poète, érudit, musicien, facteur d'instruments (il inventait une lyre nouvelle pour Ludovic Sforza), ingénieur mécanicien, maritime et hydraulique, agronome, fondeur, maître d'escrime et écuyer, offrait en ces termes au duc de Milan ses services d'ingénieur militaire : .

€ i<> J'ai un moyen de faire des pontons très légers, faciles à transporter, avec lesquels on peut poursuivre ou éviter l'ennemi. Je puis en construire aussi qui soient incombustibles, qui puissent résister à la bataille, et de plus faciles à jeter et à lever. En outre, j'ai un moyen pour brûler et détruire ceux des ennemis.

!► 2** Je sais de quelle manière, pendant le siège d'une place, ouv peut tarir l'eau des fossés et faire une grande quantité de ponts volants et à échelons, ainsi que d'autres instruments nécessaires pour faire réussir pareille opération.

» 3° Item, Si, à cause de la hauteur des bords et de la conformation naturelle du lieu, on ne pouvait faire usage de bombardes, je saurais détruire toute place forte si elle n'est pas bâtie sur le roc.

» li"^ Je possède encore le secret de faire des bombardes faciles à transporter, avec lesquelles on peut lancer en détail la tempête, et dont la fumée, en frappant les ennemis d'épouvante, les jette dans la confusion.

•» 5® Item. Au moyen de chemins creux, étroits et tracés en zigzag, j'ai le moyen de faire parvenir les troupes sans aucun

bruit jusqu'à un certain {lacune dans le manuscrit) dans le

cas où il faudrait passer sous des fossés ou quelques ruisseaux.

» 6* Item. Je fais des chariots couverts, que l'on ne saurait détruire, avec lesquels on pénètre dans les rangs de l'ennemi, et on détruit son artillerie. Il n'est si grande quantité de gens armés qu'on ne puisse rompre par ce moyen, et derrière ces chariots l'infanterie peut s'avancer sans obstacles et sans dangers.

> 7? Jt'em, Si le besoin Texige, je ferai des bombardes, des mortiers, des passe-volants tout à fait difl'érents de ceux dont on se sert.

> 8° Là où les bombardes ne pourraient produire leur effet, je composerai des catapultes, des balistes ou d'autres instruments dont Teifet est admirable et tout à fait inconnu. Enfin, selon le besoin, je puis inventer une foule de moyens oifensifs*. ï

Malgré ces ressources théoriques, le génie nailitaire des Italiens les laissa désarmés devant les troupes de Charles VIII, dont l'organisation perfectionnée et les meurtriers engins paralysaient complètement les forces des confédérés.

Le triomphe si rapide des Français concorde avec la chute des Médicis, qui, appelés aux plus brillantes des* tinées, et même à reprendre leur haute domination sur la République, en furent chassés par une révolution et restèrent plusieurs années dans l'exil.

Laurent est mort en 1492. Pierre, son fils, a succédé à sa puissance : il la compromet par la violence de son caractère et la légèreté de ses mœurs. Cardinal dès Tâge de treize ans, son frère Jean partage ses disgrâces, ainsi que Julien, le troisième fils du Magnifique.

Ce changement fut an apparence un coup de théâtre,, mais en réalité Teflet du mouvement de réforme imprimé

1. Lettre^ de^ Léonard de Vinci à Louis le Maure, conservée à la bibliothèque Ambrosienne de Milan, et publiée par Amoretli (Memortc, p. 24- 26.) •— Michel'Ange, Léonard, Raphaël, par Charles Clément ; Paris, MichelLévy, 1861, p. 186-187.

90 LES MÉDIGIS.

par Savonarole. La situation de la République b l'égard de la France favorisa cette révolution. Fidèles aux traditions florentines, les piagnoni^ parti du tribun-propbète» inclinaient à une alliance avec le monarque très chrétien, proclamé par l'apôtre de Saint-Marc le fléau de Dieu pour châtier l'Italie, son envoyé pour la régé* nérer.

Lié par un traité au roi de Naples, Pierre, d'un autre côté, hésita, n'osant rompre ce pacte; et finalement il fournit une raison plausible à l'expulsion de sa famille. Car il céda tout à coup à Charles VIII, lui remettant les trois forteresses de Serezana, de Serezanello et de Pietra- Santa, < qui étaient les clefs de l'État ^ » Il promit de lui livrer Pise et Livourne.

Ce refus de s'allier avec la France, comme le demandaient le&piagnoniy aboutissait ainsi à une soumission absolue, blessante pour l'amour-propre , hostile aux intérêts des Florentins,

La ruine momentanée de la famille dominante devait être la conséquence de cette fausse politique.

Comme on le voit fréquemment dans les dynasties (à certains égards, les descendants de Pierre P', fils du grand Gosme, en formaient une) , les haines publiques accumulées contre Pierre II, et, par contre coup, contre ses frères, se compliquaient d'une compétition de cadets. Dès ce moment, la branche puînée des Médicis, issue

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