Saint Augustin, Contre JuUeny liv. V, chap. iv
qui ait trois faces en représentation de la Sainte Trinité, de laquelle procède une admirable splendeur qui illumine son humanité avec toute l'Église. Que dans la main gauche du Christ soit la croix avec tous les autres instruments de sa passion, et dans la droite l'Écriture du Vieux et du Nouveau Testament. Ensuite, place à ses pieds le calice avec Fhostie, et d'autres vases d'huile et de baume avec les autres signes des sacrements de TÉglise. Sous ce premier degré où est le Christ, soit la très pieuse Mère de Dieu, la Vierge Marie, sous le degré de laquelle on dispose tout à l'entour des vases d'or et d'argent, et de pierres précieuses, pleins de cendres et d'os de morts. Que devant le char soient les Apôtres et les Prédicateurs, si bien qu'ils paraissent traîner le char. Qu'ils soient précédés par les Patriarches et les Prophètes avec une innombrable multitude d'hommes et de femmes du Vieux Testament. Autour du char, comme une couronne, soit une très-grande multitude de martyrs, près desquels il y ait les docteurs de TÉglise avec des livres ouverts entre leurs mains, et avec eux une innombrable multitude d'hommes et de filles vierges, ornés de lis. Ensuite, que derrière le char suive une foule immense d'hommes et de femmes de toute condition, savoir : Juifs, Grecs, Latins, Barbares, riches, pauvres, doctes, ignorants, petits, grands, vieux et jeunes, lesquels tous d'un seul cœur louent Christ. Et autour de toute cette multitude, ainsi composée, du Vieux et du Nouveau Testament, plaçons d'innombrables troupes des ennemis et contradicteurs du Christ, assavoir : empereurs, rois, princes, puissants, sages, philosophes, hérétiques, esclaves, libres, hommes, femmes, et gens de toute langue et de toute nation. Après eux soient figurées les idoles renversées et détruites, et les livres des hérétiques brûlés, et toutes les sectes contraires au Christ confondues, et toute autre religion abattue et réprouvée. Ce char ainsi représenté et ordonné devant nos yeux sera comme un nouveau moyen par lequel nous acquerrons une nouvelle philosophie*. »
1. Lihro primo deUa verita deUa Fedesopra el triumpho délia Croce di
120 LES MÉDIGIS.
Savonarole ne fut donc pas un hérétique. La lutte en treprise par lui, remarque bien M. Perrens, dans Texcellente n\onographie qu'il a consacrée au prédicateur ferrarais, « c'est celle des vrais chrétiens contre le pape, )) représentant incontesté, mais infidèle, des antiques » traditions de l'Église » *. Mais, où il est en connexîté avec le protestantisme, c'est dans son hostilité contre la Renaissance. Dans les arrabbiati^ parti de l'aristocratie, dans les Bigi^ ou Gris^ amis des Médicis, le prophète des piagnoni combattit, non moins que l'épicuréisme des mœurs florentines, l'idéal platonicien de Gémiste, que Ficin et son école, — on Ta vu, — essayèrent de concilier avec le christianisme.
Dans la mission qu'il s'est donnée, et qui comprend cette opposition systématique au mouvement d'idées décrit dans ces études, il poursuit en outre deux tâches : la victoire d'une démocratie modérée sur l'aristocratie et sur la dictature des Médicis, la transformation de la société florentine en une sorte de communauté chré* tienne, de couvent séculier, et, pour ainsi parler, de tiers-ordre affilié au monastère de Saint-Marc.
Résumons sous ce triple aspect la rénovation tentée par le prophète, — comme apôtre de la grâce divine, comme législateur politique, comme réformateur social.
Au premier point de vue, ses sermons sont une objur-
CristOy composto da Frate Hieronymo Sayonarola da Ferrara del ordine de Frali predicatori, cap. ii.