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Acte III, scène vi

152 LES MËDIGIS.

homme. — Et un marchand de sucre y laissa jusqu'à ses caisses, en sorte que, durant un certain temps dans ma maison, tout s'assaisonnait au sucre. Il me vint ensuite une maladie dont on ne sut jamais le nom. Cependant, nous la traitâmes comme mal français, et je devins vieille par l'effet de tant de drogues, et je commençai à tenir des chambres garnies, vendant d'abord anneaux^ habits, et tous les affiquets de la jeunesse ; après cela, je me vis réduite à laver des chemises plissées. Et puis je me suis adonnée à conseiller les jeunes filles... »

« Le fogge, le maschere^ le belle case, Vammazzar dé' tori^ il cavalcar i cavalliy i zibellini col capo d'oro^ i pappagalli, le scimie, e le decine de lecamerieree de le fantesche erano unaciancia al fatto mio; e signoriy e monsignori, e imbasciadori a josa, ah! ah!.,. E poi mi son data a consigliar le giovane accio chc non sien st pazze,,, »

Le critique de mœurs doit tout lire de ce qui ies regarde, et citer tout ce qui se peut, même des œuvres qu'il ne peut nommer. Un dialogue obscène de l'Arétin est, sur la vie des courtisanes, une monographie rédigée avec une compétence spéciale. Pour toute époque il doit faire autorité, particulièrement pour la période qui nous occupe, si voisine de celle dont le cynique écrivain peignait avec amour les débauches.

Deux filles de Rome, Julie et Madeleine, s'entretiennent d'une de leurs compagnes :

MADELEINE

As-tu VU, Julie, ce matin la Tortora, comme elle était richement vêtue? Certes, quand elle est enti'ée à Saint-Augustin, je ne l'ai pas reconnue ; je croyais que c'était quelque bai*onne, car elle avait devant deux laquais, un page, et un jeune homme habillé de velours qui l'accompagnait en causant.

JUUE.

Je Fai bien vue, Madeleine, et juste au pied de l'escalier je la rencontrai et la saluai, et à peine si elle daigna me regarder.

MADELEINE

As-tu Yu quelle hemia ^ elle avait sur le dos, d'or frisé sur frisé (d'oro ncctosopra riccio)'i Et cette simarre de velours noir avec or tailladé sur le velours, et le velours sur Tor,... que la seule façon doit coûter un monde ?

Peut-être sur ces indications une lectrice reconstruira le costume envié par cette pécheresse. Avec un fémur ou un tibia, Cuvîer ne rétablit-il pas un type d'animal disparu ? Le seul document trouvé par moi pour aider à une enquête plus difficile que celle de la paléontologie, e le dois au peintre Cesare Veccellio dans ses Habiti antichi e modemi di tutto il mondo. C'est une figure gravée de courtisane romaine portant effectivement une simarre et une sorte de manteau qui rappelle assez la hemia décrite par Madeleine.

( Les modernes courtisanes, dit la légende, s'habillent avec tant d'élégance que peu de personnes les distinguent des nobles dames de Rome. Par-dessus leurs robes de satin ou de moire, longues jusqu'à terre, elles portent des simarres de velours tout ornées de boutons, et si décolletées qu'elles laissent voir toute la poitrine. Leur cou est orné de belles perles, de colliers d'or, et de belles fraises à tuyaux en toile blanche. Le vêtement de

i. Vesta da donna a foggia di mantellOy habillement de femme en manière de manteau (Dictionnaire d'ALBERTi).

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dessus a des manches étroites et longues, mais ouvertes ; par cette ouverture sortent les bras avec les manches de la robe. Elles ont coutume de donner à leurs cheveux une teinte blonde artificielle, de les boucler et de les enfermer, attachés avec des cordonnets en soie, dans un filet d'or orné de perles et de bijoux ^. Usano far si i capegli biondi artifieialmente, e riccù »

Les deux ribaudes continuent à inventorier les splendeurs de leur camarade, — une étoile... arrivée au zénith et qui fait bien des jalouses.

JULIE

J'observai toute chose attentivement, et, tandis que je la vis venir, je m'arrêtai, et je ne levai plus les yeux de derrière elle jusqu'à ce que son enti'ée à l'église l'enlevât à ma vue.

MADELEINE

Que te semble ensuite de la bague, des perles, du collier et des autres belles choses qu'elle avait ?

JULIE

Chaque chose était très belle, et en moi-même je m'émerveillais beaucoup de tant de fortune, parce que je me rappeUe l'avoir vue à Venise avec une vilaine robe de toile à sac sur le dos et sans souliers aux pieds, et les mains sales et fendillées, et qu'elle n'avait quasiment pas de quoi vivre.

MADELEINE

Tu t'émerveillerais bien plus si tu l'avais vue quand elle vint à Rome.

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