Ariosto Orlando fur., c. iv, st
romain, à ceux du dedans, à ceux du dehors, qu'ils procèdent de François d'Assise, de Janséûius, ou de Luther.
« Je vois un spectacle nouveau, ainsi fait parler saint Pierre à l'un de ses successeurs, Pasquin, Foracle du peuple de Rome, — nouveau, pour ne pas dire monstrueux... Je crois reconnaître cette clé d'argent... quoiqu'elle soit bien différente de celle que Jésus-Christ me remit autrefois. Mais comment pourrais-je reconnaître celte superbe couronne dont nul tyran ])arbare n'avait osé ceindre son front?... J'admire peu également ce splendide manteau ; car ni l'or, ni les pierreries n'ont un grand prix aux yeux de ceux habitués comme moi à fouler la terre pieds nus. Mais qu'est ceci ? Sur la clé et la couronne je vois le stigmate de cet infâme scélérat, Simon le magicien, qui porta jadis mon prénom et que je confondis avec l'aide du Christ*. »
Ce contraste, offensant pour la foi, ne choque notre pensée libre que dans la mesure de bien d'autres contrastes entre Tidéal et la réalité des pouvoirs sociaux, entre la mission de serviteurs de tous, que nous leur prêtons, selon la belle expression évangélique, et le fait
brutal qui les montre instruments de jouissance et d'orgueil.
L'autorité catholique partage, à cet égard, les imperfections des autres gouvernements. Aux yeux delà raison, n'étant qu'un de ces gouvernements, transformation de l'organe d'unification européenne, que Rome polythéiste représenta, l'Église romaine, durant le Moyen-
1. Cité par M. Mary Lafon dans sa traduction de Pasquin etMarforiOt (satires) ; Paris, Dentu, 1861, pages 35 et 36,
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Age, se justifie comme établissement politique, comme institutrice des Barbares, et dépositaire de ce gui restsdt de la tradition de l'Antiquité.
Ce n'est pas comme chrétienne (Auguste Comte le remarque avec profondeur), c'est comme catholique qu'elle a droit, jusqu'au treizième siècle, à notre reconnaissance. La distinction est capitale, et nous y insistons.
Les sectes déiste, protestante, et même janséniste, ne l'ont pas comprise, en jugeant la Papauté au nom d'un christianisme idéal, doctrine d'exception, apte à rallier des communautés monastiques ou une élite puritaine, mais qui ne pouvait être la base d'une discipline sociale, comme celle que l'Égliseexerça, que tournée, humanisée, ramenée plus ou moins à la morale positive et terrestre des grandes écoles de l'antiquité. Cette distinction faite, on est à l'aise pour condamner les vices, l'égoïsme, qui altèrent les saines tendances de ce pouvoir, ni meilleur ni pire que tous les pouvoirs pris dans leur ensemble. Ce qui doit frapper, c'est l'idée d'une discipline morale codifiée que les papes servirent, même en dépit d'eux, et qui, par eux, se réalisa dans le monde.
Le Peuple, animal d'habitude (et qui n'est pas un peu peuple en cela?), s'élevait par cette discipline, ce catéchisme, ces pratiques, qui manquèrent aux foules esclaves d'Athènes et de Rome païennes.
Et, qu'on le remarque, à un certain degré de civilisation, c'est moins par des considérations abstraites que
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par un régime d'hygiène et de labeur régulier, par un système de commémorations votives, de règlements sur l'habit et le vivre, que les populations dépouillent l'originelle sauvagerie.
Ce régime, l'Église l'institua et le fît observer au Moyen- Age. Une autre qu'elle l'eût-elle réalisé? Pouvait-elle mieux ? Non, ce semble. Cette réponse à ces deux questions justifie l'œuvre, sinon toujours les intentions etles mœurs de ses ministres.
On a trop déclamé contre des hommes qui ne valaient ni plus ni moins que la masse des individus en général, et parmi lesquels on ne compte ni plus ni moins de vicieux ou de scélérats exceptionnels. L'institution seule intéresse. Qu'importe aux libres-penseurs que cinquante ballerines, cortegianœ nuncupatx^ dansent nues devant le Père des chrétiens et sa fille Lucrèce I II y a bien d'autres détails qui rappellent les orgiaques priapées d'Héliogabale. Heureusement, avec son latin de cuisine, Burchard est là, le maître des cérémonies du pape, notant dans son Diarium^ imperturbablement respectueux, les faits et gestes du vicaire de Jésus.
« Dominica ultima mensis — dit ce Dangeau ncA'f, — in sero, fecerunt cœnam cum duce Valentiniensi in caméra sua, in palatio apostolico, quinquaginta meretrices honestse, cortegianoB nuncupatœ, quae post cœnam chorearunt cum servitoribus et alii? ibidem existentibus, primo in vestibus suis, deinde nudse.
> Post cœnam posita fuerunt candelabra communia mensse cum candelis ardentibus^ et projectse ante candelabra per terram castanese, quas cqeretrices ipsse, super manibus et pedi-
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bus nudoe candelabra pertranseuntes, colligebant : papa, duce et Lucretia sorore sua prœsentibus et aspicîentibus ; tandem exposita dona ultimo, diploides de serico, paria caligarum^ bi- Fela et alia pro illis qui plures dictas meretrices carnaliter agnoscerent, quœ fuerunt ibidem in aula publiée carnaliter tractatse arbitrio prsesentium, et dona distributa prœsentibus. >
Pareils tableaux s'étaient vus dans Rome, presque aux mêmes lieux, non loin de cette colline, théâtre des premiers martyrs chrétiens, devenu le siège du Pontificat de Rome chrétienne. La parité est étrange entre les plaisirs d'Alexandre Vlet ceux d'un autre Grand- Pontife, la Bête de l'Apocalypse, Néron. Le jeu des châtaignes du Vatican n'a guère à envier ces priapées de l'étang d'Agrippa, au milieu desquelles le César-artiste consomma publiquement son mariage avec l'affranchi Pythagore.
Le patois de Burchard et la langue colorée de Tacite immortalisent les mêmes exploits. — « Crepidinibus » stagni lupanaria adstabant^ illustribus feminis » compléta; et contra scorta visebantur^ nudis corpo- V ribus. Jam gestus motusque obsceni : et y postquam » tenebree incedebant, quantum juxta nemoris^ et cir^ )) cumjecta tecta^ consonare cantu et luminibus claf^es- » cere.^ .»
Tous les récits du bon Burchard ne sont pas également intraduisibles. Tel celui-ci, qui, à quelques expressions près, ne dépasse pas les limites de l'égrillard.