‹ Les Médicis (volume 2)Chapitre 45 sur 167 · Tacite, Annale lib. XV, cap. xxxvii · texte numérisé non relu

Tacite, Annale lib. XV, cap. xxxvii

ROME. — LES BORGIA. Ié5

« Le onze de novembre entra en ville... un paysan menant deux juments chargées de bois. Lorsqu'elles furent arrivées sur la place Saint-Pierre, des valets du pape accoururent, et, ayant coupé les sangles qui retenaient les bâts de ces botes de somme, ils firent tomber le bois à terre avec les bâts. Ensuite ils conduisirent les juments à cette cour qui, dans le palais, est près de la porte. On lâcha alors quatre étalons de sang, sans frein ni licou, qui, courant aux cavales, et, avec de furieux hennissements et des cris, se mordant entre eux et ruant,... ascenderunt equas et coierunt cum eis.

»... Le pape à la fenêtre de sa chambre, au-dessus de la porte du palais, et madame Lucrèce, riaient et se plaisaient à regarder... »

L'historien Gordon trouve dans cette anecdote un exemple de la débauche la plus abominable, et plus choquant que le précédent*. L'honnête anglican proportionne bizarrement ses réprobations.

Voltaire aussi, à Perney, contemplant les erotiques ébats de ses étalons : <i Mesdames, criait-il à quelques spectatrices, voilà la nature. »

Mièvrerie sensuelle, gaillardise titillant de sa pointe légère les nobles curiosités de Tintelligencel.. Vitam impendere vero,,. Prendre la nature sur le fait^I... Alexandre VI est loin de là. Mais, chez les sages des deux époques, il y a d'intimes affinités de sentiments, dans des situations générales analogues. Philosophie et galanterie, libertés de vie, libertés d'esprit, pactisent

1. Vie d'Alexandre VI et de César Borgia, par Gordon; 2 vol. in-18. Amsterdam, chez Pierre Mortier, 1751; 3* partie, t. lï, p. 41.

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